Auteur : François-Xavier Nérard
Date de saisie : 27/02/2007
Genre : Histoire, Géographie
Editeur : Tallandier, Paris, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-84734-129-4
GENCOD : 9782847341294
A l'été 1928, alors qu'il s'apprête à engager le tournant de la collectivisation, Staline lance, sous le nom d'autocritique, une vaste campagne de dénonciations. " Bien sûr, affirme-t-il, nous ne pouvons exiger que la critique soit exacte à 100 %. Si elle vient d'en bas, nous ne devons même pas négliger une critique qui ne serait exacte qu'à 5 ou 10 %. " Au nom de la lutte contre le bureaucratisme, les citoyens sont invités à adresser aux autorités leurs motifs de mécontentement, à " révéler " les abus et à " démasquer " leurs auteurs. Cette pratique va prendre une place grandissante tout au long des années trente.
Fondée sur des archives difficilement accessibles, cette étude analyse finement le fonctionnement du pouvoir stalinien et aborde la dénonciation dans toute sa complexité. Elle n'est pas qu'un instrument de répression ou un moyen pour certains d'assouvir leurs vengeances ou de manifester leur haine.
Elle est aussi, pour les citoyens soviétiques interdits de grève ou d'opposition, un moyen de dire leur mal-être, leurs frustrations. Le mécontentement populaire emprunte cependant une forme soigneusement canalisée par le pouvoir et donc politiquement inoffensive. Ces " signaux " sont ainsi des descriptions terribles, directes de la vie quotidienne des Soviétiques, de la violence et de la pénurie qui résonnent comme autant de " voix dans le désert ". La délation abjecte y côtoie des plaintes déchirantes, mais aussi des attaques violentes, fruits d'une colère franche : " Le camarade Staline...
est une arme puissante entre les mains de nos ennemis. Cela veut dire que, à la tête du parti communiste, il y a peut-être, à l'insu de la population, le chef des éléments koulaks. Il me semble que tout citoyen consciencieux de notre Union, celui qui a porté sur ses épaules le poids de la Révolution ne laissera aucun Staline lui fermer la bouche... "
URSS, 1928 : alors que Staline lance la «campagne d'autocritique», la délation devient un sport national. Des milliers de lettres sont envoyées aux journaux, à la police du Parti, ou encore aux «bureaux de plaintes» créés à cet effet. On y dénonce voisins, parents ou collègues, les exposant à de terribles conséquences. Dans «5 % de vérité, la dénonciation dans l'URSS de Staline», François-Xavier Nérard, agrégé d'histoire, cherche à expliquer ce paradoxe : pourquoi les Russes, sous le joug d'un régime très dur, manifestent-ils si peu de solidarité entre eux ? Si d'autres historiens s'étaient penchés sur le sujet, aucun n'avait pu réellement se départir du prisme moral. C'est là tout l'intérêt de cette étude qui n'entend pas juger mais comprendre... Travail de recherche certes très pointu, «5 % de vérité» permet plus largement de comprendre l'importance du contexte social dans les dérives d'un peuple.
Dénoncer ? Non, voilà un mot à proscrire du vocabulaire bolchevique, mais envoyer des «signaux» à la direction du Parti pour l'alerter sur des pratiques et des comportements pouvant porter atteinte à son autorité, ça, oui... En fouillant dans les archives de Moscou, de Nijni Novgorod et de Saratov, François-Xavier Nérard a soulevé non pas tant des histoires de jalousies et de médiocres secrets d'alcôve, qui trahissent le petit-bourgeois, que la poussière d'un monde aux aguets sur lui-même, s'épiant et se pistant en toute bonne conscience... Dans un jeu de déballage, ceux qui avaient des comptes personnels à régler s'en sont donné à coeur joie et il y eut même des héros de la dénonciation, à l'image du jeune Pavel Morozov qui livra père et mère au NKVD...
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