Auteur : Arturo Pérez-Reverte
Traducteur : François Maspero
Date de saisie : 18/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-02-067985-5
GENCOD : 9782020679855
Exercice périlleux pour un écrivain consacré que de remettre en selle un premier roman, mal diffusé en Espagne et tout juste traduit en France ! L'auteur à succès de tant d'oeuvres plus élaborées que ce «Hussard» n'a pourtant pas à rougir de ce court récit qui galope dramatiquement vers une fin sordide, fangeuse, privée des promesses de toute gloire. L'Espagne envahie par les troupes de Napoléon,... En bref, les horreurs d'une guerre patriotique totale à laquelle n'étaient certes pas préparés les deux jeunes et sympathiques héros de cette triste histoire...
Quand il arrive, des rives du lac de Côme, pour participer à la geste napoléonienne, dont le retour de l'île d'Elbe ouvre l'ultime chapitre, Fabrice del Dongo a plus d'enthousiasme que de discernement. Du combat qui se déroule sous ses yeux, dans la plaine de Waterloo, il ne saisit pas grand-chose. D'autres gloires attendent ailleurs le héros de La Chartreuse de Parme... Ce n'est pas le cas pour le jeune sous-lieutenant au 4e hussards Frédéric Glüntz, qui a quitté Strasbourg et la gracieuse Claire Zimmermann dont le souvenir l'accompagne dans une Espagne aride, pour le service de l'empereur, quelques années plus tôt.
1808. Maladroit par méconnaissance d'un peuple qu'il pense aussi souple que ses souverains sont inconsistants, Napoléon doit s'assurer par la force des armes un royaume qui refuse en bloc toutes les innovations, dynastiques ou philosophiques... Dans Le Hussard, son premier roman la version originale date de 1983, mais l'écrivain, qui vient de récupérer les droits d'un texte dont l'édition l'avait laissé insatisfait, l'a repris , Arturo Pérez-Reverte s'attache à éradiquer le germe romantique de l'héroïsme. Reporter de guerre, il n'a pas encore choisi de se consacrer à la littérature, mais, recru d'horreurs, il entend pulvériser le fallacieux idéalisme d'une jeunesse aveuglée par la gloriole. Foin des uniformes rutilants, des charges caracolantes et des nimbes solaires... Avec une science consommée, Pérez-Reverte compose un lamento déchirant sur la nocive illusion qui alimente les festins du Moloch moderne. Naguère choléra métaphorique pour un autre hussard (l'Angelo de Giono), la guerre est ici peinte en pleine gloire. Vaine et terrible. Toile de maître pour la Galerie des batailles.
L'insolence, la jeunesse, la gloire, la bravoure, la désinvolture, la séduction - toutes ces qualités nous viennent à l'esprit quand il s'agit de définir ces hommes au galop sur les champs de bataille de l'Europe napoléonienne (ou traqués sur les toits de Manosque une vingtaine d'années plus tard, Giono oblige !). Clichés ? Sans doute, mais parlons plutôt de chromos à propos des hussards qui ont accompagné nos rêveries d'adolescent... Evidemment, ce n'est pas à Pérez-Reverte que l'on en remontrera en matière de jubilation romanesque, lui qui n'est jamais aussi à l'aise, aussi libéré que lorsqu'il s'abandonne à toutes les conventions du récit d'aventures... toutefois : Arturo Pérez-Reverte est espagnol, et il n'est pas certain que les Espagnols gardent une tendresse particulière pour les troupes napoléoniennes, qui eurent la funeste idée de les envahir en 1808 pour une guerre qui ne fut pas de panache mais de guet-apens, d'exécutions, de représailles et autres joyeusetés très relatives. Et un autre détail aussi : un pur romancier comme Pérez-Reverte se doit de prendre ses lecteurs par surprise. Autrement dit, là où on l'attendait dans la gloire solaire et clinquante de la cavalerie légère, il nous propose de l'horreur, de la pluie, de la boue, dans laquelle s'engluent les sabots des chevaux, et une traversée des enfers, tout au bout de la vie, de la nuit... Pauvre petit hussard que ce Frédéric Gluntz qui rêve d'introduire les idées nouvelles dans un pays arriéré, assujetti à une Eglise rétrograde et à une monarchie vermoulue ! Mais que sait-il de l'orgueil espagnol, ce jeune homme ?... Pérez-Reverte a réussi, avec son «Hussard», un magnifique exercice de style, en suivant son héros un jour durant (le dernier ?) dans la campagne andalouse au cours d'un affrontement sans pardon. Un exercice ou un chant funèbre, une plainte chatoyante et tragique sur la mort des idéaux et de la jeunesse...
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