Auteur : Thomas Hobbes | Introduction de Martine Pécharman
Traducteur : François Tricaud
Date de saisie : 02/04/2005
Genre : Philosophie
Editeur : Dalloz, Paris, France
Collection : La bibliothèque Dalloz
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-7116-1744-9
GENCOD : 9782711617449
Il avait toujours quelques livres de chant sur sa table. Il en prenait un le soir en allant se coucher, fermait portes et fenêtres, pour être sûr que personne ne l'entende, et se mettait à chanter à tue-tête. Il n'avait pas une très jolie voix, mais pensait que l'exercice faisait du bien à ses poumons et prolongeait sa vie. Il menait une existence très sobre... Thomas Hobbes est l'un des plus grands philosophes de tous les temps. Il fut à la science politique, dit-on parfois, ce que Galilée fut aux sciences de la nature, et le Léviathan, son oeuvre la plus célèbre, n'aurait d'égal que la République de Platon. C'était un homme tranquille, tempéré et quelque peu craintif, mais sa pensée suscita bien des tempêtes, engouements et haines. Quand il fit paraître le Léviathan, il fut immédiatement accusé dans certains milieux politiques et religieux d'être un thuriféraire de la monarchie que le Parlement venait de défaire, et, dans d'autres, de miner au contraire le pouvoir du roi en lui ôtant tout droit divin, sinon de céder opportunément aux sirènes du nouveau leader de la scène politique anglaise, Olivier Cromwell. Mais, aux yeux de beaucoup, il demeura longtemps après l'«horrible Monsieur Hobbes», pour des raisons diamétralement opposées : de «gauche», on le perçut comme le théoricien de l'absolutisme et du pouvoir sans partage, sacrifiant liberté et justice sur l'autel de la sécurité, de «droite», on le vit comme un matérialiste athée, qui soumet le pouvoir religieux au pouvoir politique, et donne une force telle à l'Etat qu'elle empêche tout «libéralisme».../... Hobbes tient à publier un Léviathan en latin : il s'agit, comme l'attestent les trois chapitres de l'Appendice au Léviathan qui ne sont pas dans la version anglaise, de préciser la doctrine des relations entre le pouvoir du souverain civil et l'Eglise, de façon à éviter l'accusation d'irreligion et le procès pour hérésie. On avait reproché au Léviathan anglais son «érastianisme», c'est-à-dire la thèse selon laquelle le pouvoir ecclésiastique doit être subordonné au pouvoir politique, y voyant le présupposé d'une destruction de la religion : grâce au Léviathan latin, Hobbes (en songeant aussi à une diffusion correcte de ses thèses dans les universités européennes où le texte anglais n'avait pas été lu) peut donc contrer de manière précise cette accusation, en montrant, comme l'écrit Martine Pécharman, que «la protection due par le souverain civil à ses sujets s'étend à la liberté de pensée» et que, par conséquent, la prééminence du pouvoir politique sur le pouvoir religieux non seulement garantit la paix civile mais assure aussi la paix des consciences...
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