Auteur : Anatol Lieven
Préface : Emmanuel Todd
Traducteur : François Boisivon | Vincent Raynaud
Date de saisie : 22/08/2006
Genre : Politique
Editeur : Lattès, Paris, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-7096-2522-7
GENCOD : 9782709625227
Longtemps, l'Amérique a représenté le futur de l'Europe ; aujourd'hui, elle risque de devenir son passé. Telle est l'analyse d'Anatol Lieven, historien et journaliste britannique qui vit à Washington, où il dirige une célèbre fondation. Remontant aux origines du «credo» - cet ensemble d'idées généreuses sur la liberté et la démocratie qui, au fil du temps, a constitué l'identité américaine - Lieven montre que, dès le début, des courants contraires ont perturbé cet idéalisme : les menées nationalistes du démocrate Jackson, le comportement des cow-boys de la «Frontière» à l'égard des Indiens, le Ku Klux Klan raciste, la posture de victime vertueuse du Sud confédéré.
Sans surprise, il revient aussi sur le renouveau religieux évangéliste des années 1960, avec ses prédicateurs millénaristes et ses télévangélistes, et sur la paranoïa collective du maccarthysme... Mais Lieven devient plus intéressant lorsqu'il aborde «l'amertume de l'Amérique profonde», avec ses fermiers ruinés du Midwest, ces petits Blancs des suburbs au nationalisme blessé et ces Américains du Sud cultivant une mentalité d'assiégés. On comprend alors que le militarisme de George W. Bush et son «antidiplomatie» ne sont pas simplement les produits d'une élite capitaliste et républicaine, mais prennent leur source dans les frustrations de la classe moyenne blanche...
D'où vient ce mélange d'arrogance, de brutalité, de mépris des autres, ou ce qui a été perçu comme tel, dans le comportement des Etats-Unis avant et pendant leur guerre contre l'Irak de Saddam Hussein ? Pourquoi cet exposé des motifs complexe, qui peine toujours à convaincre, où se conjuguaient la menace brandie d'armes qui n'existaient pas, la volonté d'en finir avec un tyran monstrueux mais étranger aux attentats du 11 septembre 2001, enfin le projet d'étendre par la force la démocratie dans un Proche-Orient autocratique mais peuplé de régimes amis ? Comment comprendre la banalisation d'Abou Ghraïb et du système Guantanamo ? Qu'est-il arrivé à ce grand pays démocratique, au moins autant porté au repli sur soi qu'aux aventures impérialistes ? Une crispation passagère, consécutive au choc d'une agression sans précédent ? Ou quelque chose de plus profond, la manifestation d'une pathologie inhérente à la culture politique américaine, mais la plupart du temps tenue en respect, occultée, contrôlée, et qui refait surface en temps de crise aiguë : un démon habituellement souterrain et soudain libéré ? C'est l'hypothèse qu'avance Anatol Lieven, journaliste et historien britannique, dans un livre tout à la fois salué (The New York Review of Books) et critiqué (The New York Times Book Review) aux Etats-Unis... Lieven sait que le profil sombre de l'Amérique qu'il décrit n'est pas né avec George W. Bush. Autant que le Credo, mais en sens inverse, il a été façonné par l'histoire de la République américaine : épopée de la Frontière et guerres génocidaires contre les Indiens, esclavagisme, saignée de la guerre de Sécession, culture du Sud et de l'Ouest contre celle de l'Est, sophistication anglo contre brutalité des traditions scot-irish (ces Ecossais venus d'Irlande), etc. L'historien fouille les tréfonds d'une société pour, dit-il, en extirper certains des "mythes sous-jacents", ceux qui peuvent expliquer la récurrence de comportements relevant d'un "nationalisme radical"...
Lieven est "dans" son sujet : il vit à Washington, où il codirige un centre de recherche, la Carnegie Endowment for International Peace. Mais, d'origine britannico-lituanienne, il apporte le regard de l'étranger. Portraitiste pointant le profil ingrat de son modèle, il a parfois été durement critiqué aux Etats-Unis, qualifié d'antiaméricain ou d'"antisémite" (pour une critique féroce de la politique américaine au Proche-Orient).
L'ouvrage est trop riche pour être ainsi catalogué. S'il oppose une Amérique à une autre, il évite le simplisme : il en multiplie les angles d'analyse et de prise de vue...
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