François Depeaux (1853-1920) le charbonnier et les impressionnistes. / Passion du livre

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.. François Depeaux (1853-1920) le charbonnier et les impressionnistes.

Couverture du livre François Depeaux (1853-1920) le charbonnier et les impressionnistes.

Auteur : Marc-Henri Tellier

Date de saisie : 29/11/2010

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Marc-Henri Tellier, Quincampoix, France

Prix : 99.00 €

ISBN : 9782746605152

GENCOD : 9782746605152

Sorti le : 02/06/2010

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

L'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen a décerné le Prix Gossier 2010 pour cet ouvrage.

Industriel et philanthrope, armateur et régatier, vivant entre Rouen, son port d'attache, Paris et Swansea, au pays de Galles, où il possédait une mine d'anthracite, celui que la «bonne bourgeoisie» rouennaise appelait le «charbonnier» fut aussi un inventeur prolifique, obtenant plusieurs brevets d'invention pour ses machines et un auteur.

Amateur éclairé, collectionneur passionné, il posséda entre 1880 et 1920 près de six cents tableaux, de Courbet à Dufy en passant par les impressionnistes qui avaient sa faveur. Les noms, entre autres, de Sisley, Monet, Pissarro, Guillaumin, Renoir, Lebourg, Caillebotte, Morisot, Toulouse-Lautrec et Gauguin figuraient au sein de sa collection. Il fut aussi l'ardent défenseur de l'École de Rouen, soutenant notamment Delattre et Pinchon en organisant des expositions à Paris afin de les faire mieux connaître.

Comment est-il possible d'imaginer aujourd'hui que les officiels de l'époque refusèrent une première fois la donation de sa collection de tableaux au Musée de Rouen ? Il était alors hors de question de faire entrer au musée, de leur vivant, les auteurs d'une peinture «dégénérée».

La dissolution d'un mariage fait sous le régime de la communauté entraîna des ventes aux enchères successives de ses collections. Là, sous son nom ou par l'intermédiaire de marchands - Durand-Ruel, Bernheim, Rosenberg,... - il racheta quelques-unes de ses propres toiles et regrettait les autres qu'il voyait s'envoler à des prix élevés. L'histoire était en marche, la reconnaissance des impressionnistes se faisait de jour en jour.

Puis, vint l'époque où les autorités acceptèrent sa donation, pâle reflet de ce qu'elles avaient laissé passer. Malgré tout, le musée des Beaux-Arts de Rouen peut aujourd'hui s'enorgueillir de posséder quelques pièces maîtresses.

Le temps passant, le nom de Depeaux tomba dans l'oubli mais ses tableaux continuaient de vivre, changeant de mains, passant de collectionneurs en marchands, et pour beaucoup ayant les honneurs de la cimaise dans les plus grands musées du monde, de Paris à Washington, de Berlin à Saint-Pétersbourg, de Zürich à Tokyo.

Marc-Henri Tellier, Rouennais et diplômé d'histoire de l'art de l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne, nous fait revivre l'histoire de ce collectionneur et mécène, gardien, le temps d'une vie, de chefs-d'oeuvre pour les générations futures.





  • Les premières lignes

Introduction

L'impressionnisme, courant artistique né officiellement en 1874, se caractérise par le fait que ses représentants peignaient leurs oeuvres sur le motif et y exprimaient les impressions que suscitent les objets et la lumière. Il se développa en marge des musées et des commandes officielles qui favorisaient les artistes académiques.

L'Art Gallery of New South Wales de Sydney en Australie conserve actuellement une oeuvre de Claude Monet intitulée Port Goulphar, Belle Île. Elle fut, entre autres, la propriété de François Depeaux (1853-1920). C'est dire si à l'autre bout de la terre, le nom est connu. Pourtant aucune étude approfondie n'a jamais été consacrée à la vie et à l'activité de collectionneur et de mécène de cette personnalité. Par rapport à ce qui a été écrit précédemment, le présent livre, bien que non exhaustif, brosse un tableau plus complet de ce qu'il fut.

Peu d'ouvrages ont été consacrés aux amateurs de l'impressionnisme. Un des premiers est vraisemblablement celui de Raymond Koechlin sur Etienne Moreau-Nélaton à la fin des années 1920. Plus près de nous, dans son livre Les collectionneurs des impressionnistes paru en 1989, Anne Distel classe avec raison François Depeaux comme faisant partie de la seconde génération de ces derniers. Il n'est donc pas l'objet de son étude, l'auteur n'évoquant que ceux ayant débuté leurs collections entre 1874 et 1886, dates extrêmes correspondant aux expositions collectives organisées par les impressionnistes.

Dans son discours du 13 novembre 1909 au musée de Rouen, François Depeaux s'exprimait ainsi : «[...] telle qu'elle est, cette collection me paraît donner encore une juste idée de ce qui a été appelé l'Impressionnisme, mais qui serait plus justement désigné sous le titre d'école du plein air. En offrant cette collection à la ville de Rouen, mon but est de contribuer à la réputation artistique de notre vieille et chère cité, en même temps que de rendre hommage à un Art et à des artistes qui, en m'apprenant à mieux voir la nature, - cette grande et admirable consolatrice, - m'ont, en même temps, appris à la mieux aimer. En outre, j'estime que tout homme, lorsqu'il le peut, doit une partie du fruit de son travail aux lieux qui l'ont vu naître, où il a vécu et progressé [...]». Il venait de donner cinquante-trois oeuvres rachetées en 1906 lors de la vente de sa propre collection consécutive à son divorce.

Tout l'aspect paradoxal de cet homme ressort dans ce propos. Il fut à la fois un homme de la ville moderne mais attaché à son passé, à ses racines et un amoureux de la nature. Il fut un riche industriel soucieux du rang qu'il tenait dans la société mais aussi un esthète au jugement perspicace, puisque nous admirons encore actuellement les oeuvres qu'il eût en sa possession.

François Depeaux est né le 13 juillet 1853 à Bois-Guillaume, une commune de la Seine-Inférieure (actuelle Seine-Maritime), dans la proche banlieue de Rouen. Issu d'un milieu aisé, il reprit à l'âge de vingt-sept ans l'affaire de négoce de charbon fondée par ses père et oncle. Il la développera de façon considérable en exploitant une mine d'anthracite, située à Abercrave, dans le comté du Breconshire, au nord-est de Swansea, au pays de Galles.

Dans une lettre adressée à son épouse Alice le 12 février 1892, Monet écrivait : «(...) Ce soir, grand dîner chez le charbonnier (...)». C'est ainsi qu'il qualifiait François Depeaux.

Rien ne semblait le prédisposer à la passion de l'art. Pourtant vers 1887, peut-être plus tôt mais aucune source ne le prouve à notre connaissance, il entreprit une collection de peintures impressionnistes, même si ce terme est réducteur comme nous le verrons par rapport à l'ensemble de celle-ci. En parallèle, il s'attacha aussi aux oeuvres des artistes de sa région, que le critique d'art Arsène Alexandre, à la demande de François Depeaux d'ailleurs, nomma en 1902 «École de Rouen».

L'intérêt artistique de François Depeaux ne se limita pas à la peinture. Il apprécia également l'architecture médiévale, le mobilier contemporain, la ferronnerie d'art et les arts d'Asie.

En outre, il eut des préoccupations sociales. Il vint en aide non seulement aux artistes - il fut notamment un des mécènes d'Alfred Sisley, celui de Joseph Delattre et de Robert-Antoine Pinchon - mais aussi aux ouvriers et se soucia d'améliorer leurs conditions matérielles. Par contre, en matière d'éducation, son soutien fut réservé à l'élite bourgeoise.

Souhaitant que l'art moderne prenne place au sein des musées, il fit des donations à certains d'entre eux en France et au Royaume-Uni, s'inspirant du modèle de Caillebotte.

Nous allons voir en quoi la collection constituée par François Depeaux, tout comme son mécénat, sont le reflet de ses centres d'intérêt et en font une personnalité paradoxale, à la fois conservatrice et novatrice. Nous finirons par une sélection d'oeuvres possédées par cet amateur éclairé.


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