Soigner la surdité ou faire taire les sourds : essai sur la médicalisation du sourd et de sa parole / Passion du livre

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.. Soigner la surdité ou faire taire les sourds : essai sur la médicalisation du sourd et de sa parole

Couverture du livre Soigner la surdité ou faire taire les sourds : essai sur la médicalisation du sourd et de sa parole

Auteur : André Meynard

Date de saisie : 25/09/2010

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Erès, Toulouse, France

Collection : Reliance

Prix : 25.00 €

ISBN : 9782749212715

GENCOD : 9782749212715

Sorti le : 13/09/2010

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  • La présentation de l'éditeur

Par l'emploi d'une majuscule, l'auteur marque sa volonté de distinguer une marque de déficit (sourd) et une personne (Sourd) dont le potentiel d'entendement et de parole existe, même s'il ne passe pas par les registres audiophonatoires habituels. Son objectif est de faire surgir, avec la typographie, l'instance du sujet, la dimension d'être parlant, qui demeure en dépit d'une surdité physiologique ; de dénoncer la stigmatisation à l'oeuvre sous le vocable «sourd» et d'engager un processus de reconnaissance, une nomination plutôt qu'un étiquetage réducteur.

Car bien évidemment, les Sourds parlent. Ils disent et se disent au travers de langues gestuelles. Cette prise de parole éclaire l'importance de l'insu, de la trace, de ce qui, dans la transmission inconsciente, inscrit ces sujets en langage au sein de la vie familiale.

Paradoxalement, les dispositifs d'accueil et d'éducation des tout jeunes enfants font barrage à une telle modalité de dire. Pourquoi persistent-ils à les considérer sans langage ? Comment en est-on arrivé à construire une véritable filière de soin par le son dans laquelle dépistage à deux jours, implants cochléaires et intégration individuelle en milieu ordinaire contribuent à faire taire les mains ? Bien au-delà des Sourds, l'auteur nous invite à interroger les traitements modernes que notre société sanitaire et utilitariste réserve à l'altérité et à ceux qui l'incarnent.

André Meynard est psychanalyste, membre de la Lettre lacanienne, une école de la psychanalyse Docteur en psychologie, il fait partie du laboratoire de recherche en psychopathologie clinique et psychanalyse de l'université Aix-Marseille I.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction

Quel avenir notre espace sociétal va-t-il donc pouvoir réserver à la différence, à l'altérité, à ceux qui l'incarnent ? Les humains qui diffèrent de la moyenne statistique, qui introduisent une rupture avec les normes dominantes, ont-ils encore un avenir dans nos modernes sociétés préoccupées plus que jamais d'éradiquer socialement toute anomalie au point de flirter désormais ouvertement avec les idéaux eugénistes ? Non seulement les politiques de santé se heurtent à des difficultés financières toujours croissantes mais encore la passion pour le même, pour l'identique, pousse à ne plus penser l'accueil et l'humanisation de tous ceux qui, à leur insu, font de l'ombre à nos images narcissiquement rassurantes. La question du handicap se trouve ainsi au carrefour des déterminants économiques, éducatifs, médicaux et culturels de nos sociétés. Elle éclaire en creux ce que nous pensons de «l'homme normal» dès lors que nous nous penchons sur les discours et pratiques qu'elle autorise et met en place pour ceux qui, pour de multiples raisons, présentent des particularités. Elle jette quelques lumières sur la fragilité des marges que toute société consent pour penser et accueillir le différent. A une époque où notamment les logiques comptables des budgets de santé ne parviennent plus à s'équiibrer, la question des orientations et choix décisionnels se pose et va se poser avec toujours plus d'acuité.
À sans cesse investir dans des stratégies d'éradication sociale d'anomalies jugées contrarier les normes, une certaine pente des politiques de santé ne favorise-t-elle pas, de dépistage en dépistage, l'élimination de la diversité ? Comment dès lors pourra-t-on conserver les moyens de penser, de construire des dispositifs d'accueil humanisants, d'inclure dans notre espace sociétal celles et ceux qui continueront cependant à incarner ce point d'altérité structurellement ineffaçable ? Affecté par de telles tendances, le regard des familles et de tous les citoyens ne sera-t-il pas aussi de plus en plus contraint et norme par un effet retour des restrictions budgétaires drastiques touchant les politiques d'accueil et d'éducation de ces sujets ? Si, en effet, l'ensemble des efforts est laissé de plus en plus aux familles par désengagement des politiques publiques, comment cela n'affecterait-il pas les manières de penser une possible parentalité dans l'éventualité d'anomalie d'un fils ou d'une fille ? N'est-il pas à redouter que la demande de conformité se fasse de plus en plus pressante ? De nombreux auteurs ont attiré l'attention sur de telles dérives. Sur le mouvement général qui se dessine au croisement des contraintes budgétaires, des nouvelles technologies de dépistage et des pressions sanitaires rendant de plus en plus délicat l'accueil de ceux qui ne correspondront plus aux critères socialement recherchés et valorisés. Afin d'aborder ces délicates questions nous avons à tenir compte de ce que déjà «la reconnaissance d'un droit à un enfant de qualité transparaît au travers de certaines règles juridiques». Désormais «une demande d'enfant normal se dégage petit à petit de la jurisprudence». Voici pourquoi ces interrogations nous concernent tous puisqu'elles touchent les rapports entre l'altérité et la passion du même au sein de ce nouvel «eugénisme de marché».


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