Auteur : Verena Hanf
Date de saisie : 04/09/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Bord du Lot, Villeneuve-sur-Lot, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 9782352080411
GENCOD : 9782352080411
Sorti le : 04/08/2010
Nora est une jeune femme d'origine marocaine, fille modèle, qui habite encore chez ses parents et travaille comme aide-ménagère à Bruxelles. Elle tombe amoureuse d'un de ses clients, Vincent. Ses parents ne veulent pas en entendre parler. Ce sont en général des gens ouverts et tolérants, mais de là à accepter un Belge non-musulman pour leur fille : non. Ils lui présentent un jeune homme venu du Maroc en vue d'un mariage convenable. Partagée entre son amour filial, sa religion et son amour pour Vincent, Nora devra prendre une décision difficile...
Verena Hanf, née en Allemagne de père allemand et de mère égypto-libanaise a fait ses études (sociologie, politique et journalisme) en Belgique, Allemagne, Angleterre. Premier emploi à Bucarest à la TV roumaine. Mariée, mère de deux enfants elle est rédactrice auprès d'une ONG allemande qui soutient des projets en Amérique latine. Joyeuse navetteuse entre Allemagne (travail), Belgique (famille), Alsace et Amérique latine, elle trouve encore le temps d'écrire. «Les vendredis de Vincent» : son premier roman.
Je n'aime pas aller chez de nouveaux clients. Je ne sais pas ce qui m'attend. Peut être qu'ils ont un chien. J'ai peur des chiens. Ils aboient, ils puent. Ils tournent autour de moi. J'ai dit à Bernard, mon chef, que je n'irai pas chez des gens qui ont des chiens. Les chats je n'adore pas non plus d'ailleurs, mais bon, je les supporte. Mieux que les chiens, même mieux que les gens bizarres. Comme cette femme qui me suivait dans tout son appartement rempli de bibelots, de miettes et de drôles d'odeurs acres. Elle me suivait de trop près, je n'arrivais pas bien à manier l'aspirateur. Elle se collait à moi et me montrait les dessins qu'elle avait fait : des grandes fleurs rouges et oranges et des bonhommes avec des visages surdimensionnés. «Regarde fifille», me disait-elle, «c'est beau, hein.»
Le pire, c'est quand elle essayait de me prendre dans ses bras. «Tu es gentille, fifille, viens me faire un câlin.» Moi, je ne voulais pas être méchante, la repousser, mais ça me gêne de prendre dans les bras des gens que je ne connais pas. J'ai fait semblant d'avoir un problème avec l'aspirateur, je lui ai vite tourné le dos. «Du calme», Nora, je me disais, «du calme, encore deux heures et tu es partie.» La femme avait peut-être soixante ans, mais son mari la grondait comme une petite fille. «Laisse-la tranquille enfin». Sa voix était étrangement aiguë. «Viens prendre tes médicaments, sinon pas de biscuits après.» Il avait des grandes mains pleines de fissures, avec des ongles pas très propres. Elle portait un pull-over sans forme, les cheveux gris repris dans une fine natte qui tombait dans son dos courbé. Je ne savais pas si c'était lui qui me faisait plus peur avec son agressivité à peine refoulée dans la voix ou elle, qui paraissait si triste, si perturbée, en manque d'attention, la pauvre, qu'Allah la protège.
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