Auteur : Marie-Louise von Franz
Traducteur : Marie-Martine Louzier | Étienne Perrot
Date de saisie : 05/07/2006
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : la Fontaine de Pierre, Paris, France
Collection : Psychologie
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 978-2-902707-14-0
GENCOD : 9782902707140
Aurora consurgens est à l'origine le titre d'un traité alchimique attribué à St Thomas d'Aquin et redécouvert par C.G. Jung. La qualité exceptionnelle de cet ouvrage décidé Jung à en faire en quelque sorte le couronnement de son oeuvre alchimique : il demanda à Marie-Louise von Franz d'en préparer la publication, avec une traduction et un ample commentaire. L'ensemble est devenu, dans l'édition originale, le tome III du Mysterium conjunctionis de C.G. Jung.
L'alchimie est ici présentée dans sa véritable nature, comme la réalisation d'une conscience supérieure (du Soi), comme l'Aurore, connaissance et sagesse mettant fin aux ténèbres (de l'inconscience). Cette oeuvre est le fruit des noces intérieures, d'où la large place donnée à l'amour, en des termes empruntés le plus souvent au Cantique des cantiques. Grâce aux éclaircissements magistraux de M.-L. von Franz, les découvertes de Jung sont ainsi mises en plein relief, comme la réouverture du «chemin occidental» menant au secret intemporel de l'individu. L'aventure alchimique de C.G. Jung et de sa collaboratrice se clôt ainsi, au déclin de l'ère de la raison limitée à elle-même, par la résurrection et l'élucidation d'un ouvrage animé d'un puissant souffle lyrique et prophétique, placé sous le nom d'un des fondateurs du rationalisme moderne.
Marie-Louise von Franz a été la plus proche collaboratrice de C.G. Jung et la plus représentative.
PRÉLIMINAIRES.
Comme C.G. Jung l'a exposé dans Psychologie et Alchimie, les anciens textes alchimiques latins et les oeuvres arabes et grecques encore plus anciennes ont été écrits dans un état d'esprit où l'alchimiste, cherchant le secret de la matière, projette son propre inconscient dans l'essence de celle-ci, qui lui demeure inconnue. Ces écrits sont donc pour nous des documents précieux éclairant la formation des symboles en général et celle du processus d'individuation en particulier, alors que leur contenu chimique n'a plus qu'une valeur historique. Déjà, au sein de ces ouvrages écrits avant la scission de l'alchimie en chimie d'une part et en hermétisme de l'autre, il en est dans lesquels l'accent est mis sur l'aspect physique ou chimique de l'opus (...) tandis que dans d'autres, c'est plutôt l'aspect «mystique» (...) qui, domine, leur conférant une signification plus «psychologique» C'est à cette dernière catégorie qu'appartient le traité que nous publions : Aurora consurgens. Celui-ci représente en outre, par son contenu comme par son style, un fait unique dans la littérature alchimique de son époque. Jung a le premier découvert l'importance de ce traité et en parle brièvement dans Psychologie et Alchimie. Alors que d'autres textes ne citent qu'occasionnellement des passages conventionnels de l'Ecriture Sainte, notre traité est presque intégralement composé de citations bibliques dont le sens «alchimique» est évoqué par des sentences extraites d'alchimistes classiques qui y sont entremêlées. On doit vraisemblablement en conclure que, quelle que soit la signification attachée par l'auteur au terme d'«alchimie», il a entendu décrire ou donner forme à une expérience religieuse ou - pour employer le langage psychologique - une expérience directe de l'inconscient. L'oeuvre fut jugée blasphématoire par le siècle «éclairé» qui succéda au Moyen Age. Il me semble toutefois hors de doute que l'auteur était passionnément sérieux et tentait d'exprimer un mysterium ineffabile.
Ce n'est sans doute pas un hasard si les ouvrages et les passages de l'Ancien Testament les plus fréquemment cités sont ceux où la mystérieuse figure féminine de la Sapientia Dei - la Sagesse de Dieu - joue un rôle central. Cette figure gnostique est identifiée à Marie et à «l'âme dans la matière». L'anima joue le rôle de médiatrice dans toute expérience de l'inconscient ; elle est le premier élément à franchir le seuil et elle transmet à la conscience les images de l'inconscient qui compensent les images religieuses et chrétiennes gouvernant notre vision consciente du monde 6. Si l'on se réfère à la récente proclamation du dogme de l'Assomption de la Vierge, on ne peut pas s'empêcher de regarder aussi cette glorification d'une figure féminine divine comme une intuition prophétique d'un développement à venir. Mais derrière cette image féminine s'ouvre, par allusion, dans notre texte, l'abîme de la nigredo, c'est-à-dire de l'ombre et de l'homme chthonien, dont l'intégration commence à poser des problèmes inquiétants à l'éthique de notre époque. Toutefois, comme le montreront le texte et le commentaire, la question de l'obscurité est abordée dans l'Aurore, mais non résolue.
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