Auteur : Harry Mathews
Traducteur : Harry Mathews
Date de saisie : 18/03/2005
Genre : Policiers
Editeur : POL, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-84682-068-4
GENCOD : 9782846820684
... Poète et romancier, membre de l'Ouvroir de littérature potentielle (l'Oulipo, groupe avant-gardiste de recherche littéraire auquel appartiennent Queneau ou Perec), Harry Mathews, américain, célibataire séduisant et fortuné, fréquente en dilettante le Tout-Paris artistique des années 1960-1970 quand une désagréable petite musique parvient à ses oreilles : on le dit agent de la CIA... Jusqu'au moment où il décide, par défi, de se comporter en véritable agent secret... L'espion en herbe se sait suivi : il commence par se comporter bizarrement, saute des autobus au moment de la fermeture des portes, dessine de mystérieux hiéroglyphes à la craie sur les murs de Paris, dépose ostensiblement des lettres absconses dans des endroits publics... D'évidence, la plaisanterie a été trop loin, d'autant que, avec le putsch monté par la CIA contre Allende, la honte le submerge : «Mon jeu devait cesser. Je redeviendrais l'idiot qui sans cesse niait être celui qu'on pensait. Mieux valait passer pour idiot que complice. J'étais en tout cas idiot de penser que je pouvais jouer à l'espion sans en payer le prix.» Mais Mathews va réaliser qu'il est plus facile de se faire passer pour ce que l'on n'est pas que de redevenir ce que l'on est...
Un jour de 1973, Harry Mathews en eut marre qu'on le suspectât d'être un agent de la CIA au prétexte qu'il était américain, célibataire, fortuné, avait le physique de Sean Connery, vivait entre Paris (où il participa en Mai-68 à l'occupation de l'hôtel de Massa) et le Vercors (où il possédait une ferme isolée à flanc de colline) et il était membre de l'Oulipo, l'Ouvroir de Littérature potentielle, fondé en 1960 par Queneau et LeLionnais. Conspirateur poétique, volontiers, mais barbouze, sûrement pas.
Romancier et poète, ami très proche de Georges Perec (dont il fut le traducteur aux Etats-Unis et qui fut son traducteur en France), l'auteur de «Conversions» (1969) avait bien tenté de plaider l'innocence et même d'en rire, mais c'était en vain. Plus il niait être un espion, moins on le croyait... Pour faire taire les soupçons, il décida d'aller dans leur sens. «Dites que vous êtes un agent, lui conseilla une amie, et on saura que vous ne l'êtes pas. L'agent secret est utile tant qu'il reste secret.»... Bref, Harry Mathews déploya une telle énergie pour laisser accroire qu'il était un espion qu'il finit par être interrogé par les services secrets de l'ambassade soviétique à Paris, accusé d'être lié à l'extrême-droite et même d'avoir tué une gauchiste à Milan. Mais le jeu cessa brutalement lorsqu'il apprit par les journaux le rôle de la CIA dans la chute d'Allende... Dans ce livre brillantissime, souvent hilarant, parfois torride, toujours passionnant, où l'on croise Perec, Barbara, Maurice Roche, la belle et «hautaine» Marie Chaix (future femme de l'auteur), quelques lambertistes et une poignée de lepénistes, Harry Mathews n'a jamais été plus oulipien...
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