Auteur : Emmanuel Venet
Date de saisie : 27/08/2006
Genre : Essais littéraires
Editeur : Verdier, Lagrasse, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-86432-440-9
GENCOD : 9782864324409
Ma mère et celle de mon ami Bonnardier partageaient une même passion pour les maladies mortelles et la médecine domestique. Elles aimaient échanger des vues sur ces questions au marché ou à la boulangerie. Deux têtes en dessous d'elles, je cherchais à comprendre comment le plaisir de leur dialogue se nouait aux horreurs qu'elles évoquaient, autrement dit comment Eros, inlassablement, tentait de regagner le terrain perdu sur Thanatos.
En lançant des filets vers cette mémoire intime, je me suis rendu compte qu'ils ramenaient à la surface une question universelle : celle des théories qu'on forge, gamin, pour apprivoiser son corps et celui des autres, le mal et la douleur, le temps et la mort qui viendra. Théories qui fournissent un contrepoint farfelu ou cocasse aux certitudes vacillantes du savoir médical.
Le «Précis de médecine imaginaire» évoque le maelström des maladies, vécues ou racontées, par lesquelles on s'entraîne à mourir ; et celui des remèdes par quoi on espère prolonger l'entraînement. Le sujet s'est révélé trop léger pour être frivole, et trop sérieux pour être académique. Tous ces thèmes sont donc soigneusement classés sans aucun ordre.
Emmanuel Venet
Notre rapport à la médecine dépasse la réalité car cette science nous semble détenir une part de notre destin. De ce diagnostic découle l'évidence d'une «médecine imaginaire».
Si la pratique de cet art, la maladie et ses thérapeutiques cristallisent l'imaginaire de chacun, ces images sont étonnamment hétérogènes : la connaissance s'y mêle avec l'obscur, la raison à la folie. Chacun des noms qu'elles portent appelle ce cortège étrange aussi prompt à provoquer la gravité que le rire d'autant plus juste qu'il est grave.
La voix d'Emmanuel Venet prend en charge cet hétéroclite par quoi nous assumons notre sort, et «s'impose la nécessité de rendre à la médecine la part de poésie qu'elle rechigne à assumer». Alors sa langue résonne comme une évidence.
On habite sa fiction comme une réalité qui nous appartient.
Il n'est pas question ici de la vérité, mais des vérités de la médecine que ce texte fait vivre en creux, avec jubilation, pour notre grande guérison.
Emmanuel Venet est psychiatre, il vit à Lyon où il est né en 1959.
Qui dira le plaisir de ces courtes proses qui flirtent avec la chronique, la poésie, le voir et le savoir, l'humour, l'art de la chute et de la pirouette, l'art d'écrire, en somme ? Le Précis de médecine imaginaire d'Emmanuel Venet est de cette eau. Entre maux et mots, il compose une série très blues de brefs récits sur ces maladies qui habitent nos corps et hantent nos imaginaires. La plupart nous renvoient à l'univers de l'enfance... Revisitant en praticien de la médecine et de l'écriture ce monde de la maladie et du soin, Emmanuel Venet se raconte discrètement. Portrait éclaté, exploration du temps passé, ressouvenance de cet hier dont nous sommes pétris, ce Précis peut aussi se lire comme une partition musicale sans cesse à redéchiffrer, à réinterpréter selon l'humeur...
Le livre s'appelle Précis de médecine imaginaire pour la bonne raison que la médecine imaginaire est une affaire précise... Le livre est si précis qu'il se décompose (non, il ne se décompose pas si vite, on a largement le temps de le lire) en quatre parties inégales, la première, «Vademecum de sémiologie médicale», recense trente-trois maladies... dans un ordre insoupçonné. La deuxième, «Premières esquisses d'un traité des ondes», expose en dix exemples cliniques les désordres de la raison engendrés par trop d'attention aux ondes maléfiques, qu'elles vous ordonnent de sauver la planète, qu'elles vous lèchent le clitoris avec une langue de dentiste ou vous conduisent à gifler toute personne responsable d'une faute de français. La troisième, «Névrose pianistique, quelques précisions», traite (si l'on peut dire, aucune guérison ne point à l'horizon) en dix chapitres de l'apprentissage du piano envisagé comme une corrida entre un matador pusillanime et un taureau laqué noir de plusieurs centaines de kilos, éructant et fumant, au pas de charge... Le docteur Venet se fait de la médecine une idée bien plus humaine que scientifique, bien plus nostalgique qu'efficace, plus rigolote que dramatique et bien désabusée pour un homme de l'art. Et, à la fin, on meurt, comme tout un chacun... Emmanuel Venet prend son temps, son Précis de médecine imaginaire est son deuxième livre, le premier avait paru chez Gallimard en 1991, Portrait de fleuve. Un livre tous les quatorze ans, voilà un toubib qui n'abuse pas des ordonnances, qui va piano, c'est sa névrose et notre régal.
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