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Couverture du livre Entretiens

Auteur : Carl-Gustav Jung

Traducteur : Monique Bacchetta | Jeanne Kohli-Dangel | Ariane Pedroli

Date de saisie : 24/05/2010

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : la Fontaine de Pierre, Paris, France

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782902707522

GENCOD : 9782902707522

Sorti le : 05/05/2010

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  • La présentation de l'éditeur

Dans Entretiens, C.G. Jung approfondir des points essentiels de sa psychologie comme le sentiment, l'ombre, la projection, le Soi. Et il aborde des thèmes ayant plus particulièrement trait à la pratique de l'analyse, notamment le lien entre l'analysant et l'analyste. Quelle est l'histoire de ces Entretiens, dont l'édition originale est de 1999-2004 et la traduction en langue française inédite ? Dans les années 1957-1959, C.G. Jung a participé à des rencontres qui se sont déroulées dans deux cadres distincts. Les premières réunissaient un cercle d'amis et de connaissances dans une maison privée de Winterthour, alors que les secondes avaient pour participants des professeurs et des étudiants de l'Institut C.G. Jung de Zurich. Toutes sortes de questions étaient soumises à C.G. Jung qui, dans un climat de grande liberté, répondait à ses interlocuteurs. Ces rencontres étaient enregistrées, et de là est né ce livre, Entretiens. Dans l'édition originale, on peut entendre Jung s'exprimer en suisse allemand, en allemand et en anglais. La traduction française s'est faite à partir de ces trois langues et elle garde le caractère oral des questions-réponses. Elle s'efforce aussi de transmettre l'atmosphère souvent informelle et rieuse qui prévalait dans ces rencontres malgré la gravité de certains sujets traités.

Tout en apportant un éclairage précieux sur la psychologie des profondeurs, Entretiens permet d'entrer directement en contact avec la personne même de C.G. Jung, avec sa grande vitalité, sa simplicité, avec sa nature.

Des photos de C.G. Jung ont été prises lors des entretiens de Winterthour. Grâce à Monsieur Christian Tauber qui en détient le Copyright, elles paraissent pour la première fois dans cet ouvrage, à côté de photos, elles aussi inédites, prises à Bollingen.





  • Les premières lignes

LES PROJECTIONS

IGNAZ TAUBER : Monsieur le Professeur, permettez-nous de vous poser encore une question. En fait il s'agit de deux questions liées, qui sont les suivantes : Qu'avez-vous fait quand l'élan vital se tarissait parfois en vous, quand vous aviez trop de travail, une dépression, ou un coup dur ? Vous nous avez déjà partiellement répondu en parlant de ces pierres d'âmes. Et la dernière question, qui est en fait du même ordre : Comment avez-vous pu procéder au retrait de vos projections ?

C.G. JUNG : Oui, ces deux questions sont complètement liées l'une à l'autre. Quand on perd l'élan vital, c'est-à-dire le goût de vivre, l'intérêt, l'énergie, c'est comme un accablement. Que fait-on lorsqu'on est accablé ? On s'enroule sur soi-même comme un chien sur un canapé, n'est-ce pas, et l'on reste avec soi-même, on se recompose, on se rétablit. Et, lorsqu'on est psychiquement en désordre, on se recompose psychiquement aussi, en prêtant attention à soi-même, en réfléchissant aux choses et en se confrontant à elles, en prenant conscience de ce qu'elles sont et, surtout, de tout ce qui nous concerne personnellement. Chaque être en souffrance devient égoïste, égocentrique. C'est absolument nécessaire pour qu'il puisse se reconstituer. C'est donc bien comme l'Australien qui va chercher et frotter ses churingas. Nous aussi, nous cherchons un lieu tranquille, le calme, la concentration, pour nous aider à sortir de la difficulté. C'est à encourager. En Inde, ces pratiques sont connues et joliment expliquées. Vous pouvez, si vous le voulez, vous «ré-inspirer». Ou vous pouvez vous mettre dans une position particulière, celle du lotus, ce qui vous ramène à votre propre posture, à votre corps. Restez assis deux heures durant en position du lotus et vous sentirez où vous êtes, ne serait-ce qu'en raison de la réalité physiologique.
Ou bien on réalise n'importe quel désir réalisable. J'avais par exemple une patiente qui souffrait de graves dépressions et qui, dans ces moments-là, voulait se suicider. Elle avait remarqué que, lorsqu'elle passait devant un magasin de chaussures et s'achetait une nouvelle paire, elle se sentait à nouveau mieux. C'est ainsi qu'elle a soigné ses dépressions, simplement en s'occupant d'elle-même. On peut s'aider à plus d'un titre quand on s'occupe de soi, et cela même si une part d'égoïsme est peut-être en jeu.
Il y a des hommes qui, dans ce but, s'offrent le luxe de s'enivrer. Et c'est peut-être ce qui est juste, puisqu'il est effectivement juste de prêter attention à soi-même, à ce dont on a objectivement besoin. C'est aussi ainsi qu'on peut se dégager des projections. Que signifie une projection ? Une projection signifie, par exemple, que je projette certaines particularités sur quelqu'un, ou que je crois reconnaître en lui des particularités qui, en fait, n'y sont pas du tout, qui viennent d'ailleurs, par exemple de moi-même. C'est la raison pour laquelle je ne suis pas sûr de mon opinion sur cette personne. Que faire alors ? On se renseigne pour savoir qui est réellement cette personne. On écoute ce que d'autres disent d'elle. Ou alors, on observe les gens pour découvrir qui ils sont réellement, et l'on voit alors avec étonnement qu'on s'est peut-être fait une opinion toute fausse. On peut ensuite en comprendre la raison. On a par exemple un sentiment de méfiance injustifié envers quelqu'un et l'on découvre que, vraiment, c'est injustifié. Que fait-on alors ? Comment peut-on corriger cela ? Après s'être objectivement renseigné, on voit donc que, en fin de compte, ce sentiment de méfiance est injustifié et que cette personne mérite notre confiance. Mais pourquoi donc suis-je en train de projeter la méfiance sur cette personne ? C'est tout simple : quelque chose en moi n'est pas en place. Peut-être que je suis moi-même de nature méfiante, que je me sens personnellement indigne de confiance - ce qu'il m'est évidemment difficile de reconnaître. Je préférerais dire : «Non ! je suis tout à fait digne de confiance.» Évidemment, nous n'apprécions pas que d'autres pensent que nous ne sommes pas dignes de confiance : voilà pourquoi nous croyons l'être. Et, secrètement, nous en doutons. Ou nous avons fait quelque chose qui nous montre que nous ne méritons pas du tout cette confiance. Alors, nous sommes rongés par une mystérieuse mauvaise conscience, nous cherchons partout d'où elle vient, et nous découvrons une bête noire*. Oui, nous découvrons quelqu'un et pensons : «C'est lui qui n'est pas digne de confiance», et la projection est créée, elle est là. Lorsqu'on devient attentif à ce processus en méditant sur soi, en se recueillant, en apprenant à mieux se connaître, on développe des critères d'appréciation plus sûrs, on sait alors : «Qu'ai-je à l'injurier et à crier qu'il n'est pas fiable ? Toi non plus tu ne l'es pas, tu le sais bien.» Peu de gens font cependant cette démarche. Il s'agit pourtant de choses toutes simples. Oui, on dit que chacun a sa bête noire. Il y a toujours dans l'entourage quelqu'un dont on pense qu'il est abominable, qu'il est ceci ou cela. Puis on reconnaît que c'est une projection et que, de surcroît, elle peut venir de soi. Quand on sait cela, on arrête avec toutes ces bêtises.
Il y a par exemple des hommes qui projettent l'innocence par excellence sur toutes les jeunes filles. Elles sont les «innocentes», les «éternelles innocentes», les «merveilleuses», elles n'ont absolument aucun défaut. De tels hommes sont évidemment totalement aveugles ou, plutôt, pour tout ce qui a trait à leur propre vie affective, ils sont complètement aveugles. Ils ne savent pas qu'ils sont vraiment égoïstes, imbus d'eux-mêmes, en supposant que l'autre est parfait. Ainsi, la jeune fille qu'on aimerait épouser doit évidemment être parfaite, car on est soi-même tellement hors du commun qu'on ne peut épouser qu'une femme parfaite. Évidemment, c'est une exigence folle à l'égard des autres, puisqu'on exige d'eux ce qu'on ne fait pas soi-même. C'est également une projection. Quand on prend quelqu'un pour un fainéant et qu'on n'est pas si sûr qu'il le soit véritablement - peut-être a-t-on même des preuves qu'il ne l'est pas - alors, on doit aller voir à l'intérieur de soi si l'on n'est pas soi-même fainéant. C'est ainsi que ça fonctionne.

On voit cela partout dans la société. Des femmes se font des idées les unes sur les autres et se révèlent être elles-mêmes ce qu'elles voient dans les autres. Et de même pour les hommes. Les hommes ne sont pas meilleurs que les femmes à cet égard. Seulement ils ciblent leurs projections différemment. Regardez par exemple dans la vie active : vous tomberez toujours sur des histoires de bête noire. Dans les familles aussi, il arrive qu'un frère projette sur un autre, sans voir que le plus gros reproche qu'il lui fait est justement ce qu'il y a de plus détestable en lui-même.
Ce sont des choses courantes. Et l'on peut naturellement se corriger en s'intériorisant et en se disant : «Maintenant, ouvrons tous les tiroirs et voyons comment c'est chez moi !» Et, ce faisant, on détecte toutes sortes de choses et l'on remarque qu'on n'a plus besoin des projections, qu'il n'est pas nécessaire de projeter ainsi sur d'autres personnes. De cette manière, on se libère tout naturellement des projections. Mais ce n'est pas toujours un processus agréable. On reçoit des coups. On remarque qu'on n'est pas à cent pour cent parfait ! Voilà pourquoi les deux questions n'en font véritablement qu'une.
On ne peut se renouveler que si l'on se prend en main. Mais les êtres qui ont pris l'habitude de projeter veulent toujours rendre les autres responsables. Comme si les autres pouvaient être responsables de nos propres bêtises ! On a par exemple le sentiment qu'on devrait être traité différemment par sa femme... mais, en fait, on se traite soi-même si stupidement... oui mais, quand même, sa femme devrait agir de manière plus juste... etc.
J'ai connu le cas d'une femme qui faisait des scènes à son mari et allait même jusqu'à l'agresser physiquement, parce que l'orage grondait. Il y a le tonnerre et les éclairs, elle reçoit des éclairs dans les yeux, et c'est la faute de son mari ! Elle le rend responsable, comme s'il était Zeus en personne. Si je vous présentais cette femme, jamais vous ne croiriez qu'elle est folle, non, vraiment jamais. Tout au contraire, c'est une femme plus que raisonnable. Mais elle projette beaucoup et c'est toujours la faute des autres. «Ah, si tel ou tel (ou ceci ou cela) était différent, je serais évidemment différente moi aussi.» Ou alors : «Mon Dieu, des éclairs, des éclairs qui m'aveuglent !» L'orage qui gronde vient la viser elle, justement elle, parce qu'elle est tellement importante ! et que, depuis longtemps déjà, Zeus l'a inscrite sur la liste de ses conquêtes, car elle est une Sémélé hors pair... ou quelque chose du genre ! Il en irait bien sûr tout autrement si son mari n'était pas coupable ! Je lui ai alors demandé comment son mari pouvait être coupable et pour quelle raison elle le rendait responsable.


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