Auteur : Guillaume Apollinaire
Date de saisie : 11/09/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-07-077260-5
GENCOD : 9782070772605
C'est le 2 janvier 1915, après une brève permission, que Guillaume Apollinaire rencontre Madeleine Pagès, qui, par hasard, partage son compartiment dans le train Nice-Marseille. Le poète s'en retourne alors vers Nîmes, au 38e régiment d'artillerie, où il fait ses classes ; la jeune fille doit prendre le bateau qui la ramènera en Algérie. Ils se parlent, se plaisent, se troublent, puis se séparent pudiquement. Une folle et sublime correspondance s'ensuit aussitôt : des centaines de lettres, un festin de vers, du sexe métaphorique ou explicite, des considérations littéraires et militaires - avec, en épilogue, cet éclat d'obus qui fracasse la tempe si noble de celui qui composa «Alcools» et «L'enchanteur pourrissant». Les deux amants ne se sont revus qu'une fois, un an plus tard. Mais c'est en amont de ces retrouvailles que l'imagination du cher Guillaume s'ébroue avec le plus de fougue. Après - furent-ils amants ? -, le réel prend la place du fantasme, les mots glissent vers les choses, et tout s'épuise comme un crépuscule trop rapide. De ces «Lettres à Madeleine», qui circulaient plus ou moins depuis un demi-siècle, on disposait à ce jour de versions expurgées et érotiquement correctes. Cette fois, avec l'indécence qu'autorise le temps, tout est montré, et glorieusement : l'obscène, le calligramme, le désir nu, la folie du poilu qui, dans sa tranchée, convoque d'impossibles caresses. Ce volume - sous-titré, tel un roman-photo, «Tendre comme le souvenir» - est un document majeur sur la passion en temps de guerre. C'est, aussi, une archive de première importance sur la façon, toute idéale, dont les poètes consentent à l'incendie de leur coeur...
Marie-Christine Barrault lira des lettres de Guillaume Apollinaire, adressées à Madeleine, le jeudi 16 juin en Arles (durant une semaine les Lectures en Arles sont «délocalisées» dans le magnifique cloître Saint-Trophîme).
Ces lectures ont été initiées par Claude Santelli en 1998 et pérennisées maintenant sous la direction artistique d'Hubert Nyssen.
Nous remercions vivement Marie-Christine Barrault de nous offrir quelques lignes de cette correspondance.
«2 décembre au soir [1915]
Mon amour dans l'horreur mystérieuse métallique muette mais non silencieuse à cause des bruits épouvantables des engins qui sifflent geignent éclatent formidablement notre amour est la seule étoile, un ange parfumé qui flotte plus haut que la fumée noire ou jaune des bombes qui explosent.
Écris-moi de l'amour, sois-moi ma panthère pour me remettre dans la vie de notre cher amour.
Je pense à ton corps exquis, divinement toisonné, et je prends mille fois ta bouche et ta langue.»
Le 2 janvier 1915, Guillaume Apollinaire prend le train en gare de Nice après une permission de quarante-huit heures. Il retourne au 38e régiment d'artillerie de campagne de Nîmes où il fait ses classes. Dans son compartiment, il rencontre une jeune femme, Madeleine Pagès, qui doit embarquer à Marseille. Les deux voyageurs se plaisent, parlent de poésie, échangent leurs adresses.
Trois mois plus tard, Apollinaire envoie du front de Champagne sa première carte postale à Mlle Pagès. Très vite, leurs lettres prennent un tour badin puis fort tendre. Pendant plusieurs semaines, le poète encourage sa «petite fée» à se déclarer : «écrivez-les ces mots qui font que l'on vit», l'implore-t-il. Après les aveux, se développe une relation épistolaire d'une liberté inouïe, fondée sur le mythe du coup de foudre et de l'amour idéal.
Comblant toutes les distances, unissant la grave dignité du combattant à la sensualité lyrique de l'amoureux, les lettres d'Apollinaire défendent sans trêve la poésie, la beauté et la vie.
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