Auteur : Umberto Eco
Traducteur : Jean-Noël Schifano
Date de saisie : 21/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-246-67081-0
GENCOD : 9782246670810
Yambo sort d'un coma en n'ayant plus aucune mémoire affective. Qui est-il ? Il a tout oublié de sa famille, son métier, son passé, ses amis, son enfance, des femmes qu'il a aimées... Par Gratarolo, son médecin traitant, Paola, son épouse, Gianni, son ami, Amalia, gardienne d'une maison de campagne immense au grenier chargé de secrets, il apprendra qu'il vit en 1991, qu'il a presque soixante ans, qu'il a enfants et petits-enfants, que son sourire a été irrésistible auprès du beau sexe et qu'il est libraire antiquaire mondialement connu sous son patronyme prémonitoire de Bodoni...
Comme dans un jeu de piste, la mémoire de Yambo n'est d'abord que le souvenir des choses lues. Il retrouve ensuite, grâce à une mystérieuse flamme qui le parcourt quand il touche au plus profond de sa vie passée, quelques étapes de son itinéraire de jeune garçon à l'époque de Mussolini. Un deuxième accident dû à une trop forte émotion le replonge dans le coma. Et là, à l'insu de tous, Yambo se souvient : de son rôle tragique dans la Résistance italienne, de la vengeance mythique de son grand-père adoré, de Gragnola, l'anar diabolique et tendre, et par-dessus tout, de l'inoubliable amour de sa jeunesse, Lilla.
A travers la recherche de la jeune fille aimée, ce roman restitue par les yeux d'un enfant la chronique familiale et politique des vingt années du fascisme italien. Une fresque intime et historique, pleine de la fureur des livres, de bulles de BD, de dessins et de photos de revues, de chansons et de musique, comme seul Umberto Eco pouvait nous la peindre, avec sa science joueuse et son humour, ses larmes et ses éclats de rire. Entre l'enfer de l'Histoire, le purgatoire de l'enfance et le paradis de l'amour, jusqu'à la dansante apocalypse finale.
Umberto Eco, né à Alexandrie dans le Piémont en 1932, professeur de sémiotique et directeur de l'Ecole Supérieure des Etudes Littéraires à l'Université de Bologne, est l'auteur de nombreux essais et recueils. En 1980, il a fait ses débuts dans la fiction avec Le Nom de la rose. La Mystérieuse flamme de la reine Loana est son cinquième grand roman.
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Cet homme sait tout, semble avoir tout lu et tout compris. C'est un Gengis Khan culturel, capable d'écraser sous le poids de son érudition et de son appétit intellectuel une armée de scientifiques, de chercheurs, de philosophes, de linguistes, ou d'épistémologues du monde entier. Umberto Eco poursuit le rêve, cher aux encyclopédistes, d'écrire le livre total qui cernerait l'absolu des choses, des êtres et des idées... «Le devoir d'un roman est d'enseigner tout en divertissant et ce qu'il enseigne c'est reconnaître les embûches du monde.» Dont acte ! Umberto Eco a toujours construit ses romans sur ce précepte et La mystérieuse flamme de la reine Loana, son nouveau grand livre, ne déroge pas à la règle. Fantaisie narrative, mise en abyme romanesque, explications scientifiques... Umberto Eco mélange les genres et transforme ses personnages en porte-paroles de sa pensée. Certains pourront trouver ces «mises en bouche» philosophiques fort nourrissantes et trop copieuses, d'autres crieront au système. Mais les fans, eux, applaudiront. Pourtant, il faut avouer que durant au moins la moitié du roman l'émotion n'est guère invitée à ce festin de mots et d'assertions épistémologiques. (Nous sommes loin du Korsakov de Fottorino, beaucoup plus poignant sur le même sujet.) Force ou faiblesse du livre ? En tout cas la cohérence est ici exemplaire : aucun chapitre n'est plaqué de manière artificielle, ni ne vient ralentir le rythme effréné de cette belle histoire de renaissance à soi-même.
Quand on s'appelle Eco, on est forcément né sous la bonne étoile. Car ce nom est l'acronyme d'une formule latine, Ex coelis oblatus, qui signifie «tombé du ciel». Ce n'est pas une blague ! Le romancier italien aime en effet expliquer que son grand-père était un enfant trouvé et qu'on le nomma «Eco» parce qu'il venait de nulle part, comme un ange surgi de l'au-delà. Son petit-fils ne pouvait donc être que divin. Et multiplier les miracles, en se flattant de jouer gagnant sur tous les tableaux : pas facile d'être à la fois un érudit brillantissime et un trousseur de best-sellers. C'est pourtant le cas du célèbre Transalpin, qui, trois ans après le lumineux Baudolino, attise les feux de La Mystérieuse Flamme de la reine Loana. Du boulot d'artificier, pour un nouveau succès annoncé où «il Dottore» se démasque dans le miroir - à peine - déformant de la fiction... C'est l'histoire de ce voyageur sans bagage que raconte l'auteur du Nom de la rose : Yambo est un Thésée qui a perdu son Ariane et qui la cherche désespérément dans les labyrinthes d'une mémoire chaotique. Pourra-t-il retrouver le fil ? Renouer avec son passé ? On le suit dans ses tragiques tâtonnements... Il y a du Proust dans cette odyssée psychanalytique qui est, tour à tour, la confession d'un revenant, le musée imaginaire d'Eco - reproductions à l'appui - une parabole sur la fuite du temps, un catalogue nostalgique des mythologies des années 1930, un pèlerinage sentimental, un éloge de la paralittérature, mais aussi une plongée dans le passé d'une génération qui fut déchirée entre les paradis de l'enfance et les enfers de la guerre. Autant de pistes mêlées, dans le plus autobiographique des romans d'Eco...
Depuis «Le nom de la rose», on sait que le très éminent professeur de sémiotique Umberto Eco est aussi un romancier mirobolant qui, périodiquement, invite ses lecteurs à le suivre dans une fête de l'intelligence bourrée d'énigmes, de révélations, de science et d'humour... Aujourd'hui, il revient avec un «roman illustré» au titre énigmatique, «La mystérieuse flamme de la reine Loana», sans doute l'oeuvre la plus personnelle de cet homme disert et secret, sa «Recherche» à lui. C'est l'histoire de Giambattista Bodoni, dit Yambo, un sexagénaire qui, à la suite d'une attaque, a partiellement perdu la mémoire et va la recouvrer d'abord avec les siens, puis dans une maison d'enfance où sont conservés livres... La force de ce roman novateur vient de ce que l'auteur joue avec art sur tous les registres, de la nostalgie à la dérision. De ce que les nombreuses images nous «parlent». Et puis de ce que l'objet livre est magnifique (l'auteur a collaboré à la mise en pages). Il ne faut pas rater cette nouvelle réussite d'Eco.
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