Auteur : André Derval
Date de saisie : 21/08/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : 10-18, Paris, France | IMEC, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, France
Collection : Dossier de presse, n° 3759
Prix : 8.00 € / 52.48 F
ISBN : 978-2-264-04168-5
GENCOD : 9782264041685
Cet ouvrage présente soixante-dix articles parus entre 1932 et 1935 et consacrés tout ou partie au premier roman de Louis-Ferdinand Céline. Parmi les signatures : Georges Altman, André Maurois, Ramon Fernandez, Armand Guibert, André Chamson, Paul Nizan, Edmond Jaloux, Eugène Montfort, Georges Bernanos, Lucien Descaves, François Mauriac, Marcel Arland, Maxime Gorki, Eugène Dabit, Léon Daudet, Georges Bataille, Claude Lévi-Strauss, André Billy, Henry de Régnier, Élie Faure, Léon Trotsky... Cet ensemble, exceptionnel par la qualité des critiques et par les rebondissements sensationnels de l'affaire du Prix Goncourt 1932, présente également la particularité de faire éclater les clivages esthétiques et idéologiques de la presse littéraire de l'époque - au point que plusieurs publications accueillirent successivement dans leurs colonnes des analyses antagonistes sur ce texte, considéré désormais comme l'un des romans majeurs du siècle.
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Quel casting ! Maurois, Chamson, Nizan, Bernanos, Gorki, Daudet, Bataille, Lévi-Strauss, Trotski... figurent parmi les signataires des 70 articles consacrés, entre 1932 et 1935, au Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline, réunis par l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (Imec) et 10/18. S'il donne une idée de la vitalité de la critique de l'époque, ce travail remarquable révèle surtout la mesure du tremblement de terre provoqué par le roman de ce médecin inconnu à qui l'on promet d'emblée le Goncourt...
Parfois les chefs-d'oeuvre paraissent dans l'indifférence générale, parfois non. Pour Voyage au bout de la nuit, en octobre 1932, ce fut un sacré barouf, renforcé par le fait qu'il n'obtint pas le prix Goncourt qu'un premier vote lui avait attribué, un second offrant la récompense aux Loups de Guy Mazeline (c'est le prix Renaudot qu'on donna alors à Céline). 10/18 republie le dossier de presse du roman déjà édité en 1993 par l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (et annonce, suivant le même principe, les dossiers d'En attendant Godot, de Samuel Beckett, des Paravents, de Jean Genet et des Gommes, d'Alain Robbe-Grillet). Voyage au bout de la nuit fut immédiatement porté aux nues ou éreinté, du moins se rendit-on compte que «c'est rare, un livre qui ne ressemble pas aux autres livres...»... La plus belle défense du livre est celle de Bernanos dans le Figaro, le 13 décembre 1932. «M. Céline a raté le prix Goncourt. Tant mieux pour M. Céline. (...) Pour nous, la question n'est pas de savoir si la peinture de M. Céline est atroce, nous demandons si elle est vraie. Elle l'est. Et plus vrai encore que la peinture ce langage inouï, comble du naturel et de l'artifice, inventé, créé de toutes pièces à l'exemple de celui de la tragédie, aussi loin que possible d'une reproduction servile du langage des misérables, mais fait justement pour exprimer ce que le langage des misérables ne saura jamais exprimer, leur âme puérile et sombre, la sombre enfance des misérables. (...) Nous plaignons ceux que le spectacle de la solitude du pauvre, de son effrayant exil, incite au désespoir plus qu'à la compassion nous voulons dire à toutes les audaces, à toutes les colères, à toutes les fureurs de la compassion. Car enfin, même sous la bannière de l'Ordre, il s'agit de s'entendre ! Veut-on sauver les Misérables, ou veut-on seulement les réduire ?»
Novembre 1932 : la bombe est amorcée. L'académie Goncourt est sur le point de sacrer Voyage au bout de la nuit (624 pages), le roman d'un obscur médecin de dispensaire, âgé de 38 ans, Louis-Ferdinand Destouches dit Céline. Après une ultime et inélégante volte-face, le jury couronne Guy Mazeline, le champion de Gallimard, aujourd'hui totalement oublié, pour Les loups, la saga bien ficelée d'une dynastie d'industriels. Céline, publié par Denoël et Steele, remporte le Renaudot. Aussitôt, l'onde de choc se propage : la critique littéraire, tous bords confondus, déploie ses étendards pour se répandre, en articles d'une véhémence rare, sur ce pavé sacrilège. Le spectre est large, de l'extrême gauche à l'extrême droite, des jeunes aux vieux, de l'Académie française aux anarchistes, des catholiques aux sans-foi. Très vite, les camps se forment, irréductibles. On crie au génie, on hurle à l'ordure et à la fange... La critique affolée cherche, parmi ses références, des prédécesseurs. Rabelais et surtout Zola sont convoqués pour assurer une paternité naturaliste, voire prolétarienne, à cet objet littéraire non identifié. Rien n'y fait, Céline est une météorite inclassable et foudroyante, fracassant les habitudes de lecture et de style... Le grand critique Albert Thibaudet invente le sigle mystérieux : D.O.P., «dont on parle», pour désigner l'incroyable bouche à oreille qui s'est propagé dans le Paris littéraire... Le Voyage fut accueilli dans une pagaille dont cette réédition en poche du livre d'André Derval (Imec éditions, 1993) donne le ton: de la confrontation de ces 70 articles parus entre 1932 et 1935 surgissent les clivages esthétiques et idéologiques de l'époque...
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