Auteur : Galsan Tschinag
Traducteur : Dominique Petit | Françoise Toraille
Date de saisie : 24/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Esprit des péninsules, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84636-075-3
GENCOD : 9782846360753
"Claire et solitaire, la voix de la fillette s'élevait, déchirante. Mais la mère, la jument gris bleuté, gardait la posture qui était la sienne depuis la veille : tête baissée, yeux clos ; sa lèvre inférieure touchait presque le poulain mort étendu, rigide, pattes dressées vers le ciel comme les branches d'un arbre mort. L'autre, le poulain vivant, semblait découragé, il n'osait plus s'approcher des mamelles de la mère étrangère." Des chevaux et des hommes. Sous le ciel de l'Altaï, au milieu des immenses steppes de Mongolie, Galsan Tschinag plante le somptueux et désormais familier décor d'une double tragédie : la disparition d'une mère, qui laisse trois enfants et un époux qui avait appris à l'aimer ; le refus d'une jument, en deuil de son petit, de nourrir un poulain orphelin. Chez les humains comme chez les animaux, il s'agit que la vie l'emporte sur la mort, il s'agit de retrouver le chemin de la source d'amour. En contrepoint de ces drames, l'auteur révèle un autre aspect de son exceptionnel talent de conteur en s'attachant aux luttes des nomades contre les envahisseurs venus de tous les horizons. Galsan Tschinag au sommet de son art.
Né en 1944 en Mongolie, romancier, chaman, et ardent défenseur des coutumes de son peuple face aux dangers de la civilisation moderne, Galsan Tschinag a fait paraître chez le même éditeur Belek, une chasse dans le Haut-Altaï et Dojnaa.
Désirs et folies, lyrismes et sauvageries sous le ciel de cristal du Haut Altaï, quelque part dans les lointaines steppes d'Asie centrale... La Fin du chant déroule des images d'une beauté et d'une cruauté insensées : des plaines infinies et silencieuses ; une jument prostrée devant son poulain mort-né ; des peuples nomades - Touvas et Kazakhs - qui se massacrent pour un bout de vallée où dresser les yourtes ; des hommes, ténébreux, un peu bandits ; des femmes fières, solides comme des pierres sans âge ; et cette gamine hardie, qui défie l'hostilité des lieux, commande bêtes et gens pour la survie de tous ; et puis encore, ces cadavres d'enfants abandonnés à la terre au gré des lentes migrations...
La Fin du chant pourrait être un roman d'aventures nerveux, époustouflant d'inattendus. C'est surtout un hymne à la fugacité du temps, à la fragilité d'une culture, un livre-frontière entre un monde qui se meurt et un autre qui s'en vient... Tschinag le conteur agit en écrivain chevronné. Il campe avec ardeur ses personnages (tous bien réels) et construit sa narration au rythme d'un cheval fougueux. Le galop accroché à la liberté.
Dans ce pays-là, si loin de chez nous qu'il semble situé aux confins du rêve, on abandonne aux vautours le corps de la femme aimée ; on dépose sur un rocher le crâne du cheval auquel on veut exprimer sa gratitude et rendre les honneurs ; on brûle au fer rouge le cul des chiens afin qu'ils cessent d'aboyer ; on nettoie les blessures avec de la poudre à fusil dissoute dans de l'urine ; et on boit, pour s'endormir, du lait fermenté de yak.
Tout est beau, d'une beauté sauvage, dans ce livre âpre venu de Mongolie et porté par le grand vent de la steppe. Le style d'abord, aride jusqu'au dénuement... il chasse le virus du paraître, de la fioriture inutile, il résiste à la maladie de l'occidentalisation. On a l'impression de lire un conte, d'écouter une complainte. Une prose orale, jaillie de la nuit des temps... Dans la magnifique scène d'ouverture, une fillette qui a perdu sa mère chante à y perdre sa voix pour supplier une jument rétive dont le petit est mort d'accepter qu'un autre poulain, orphelin celui-là et assoiffé, boive son lait. La jument se cabre, la fillette hurle, elle essaie de faire entrer la queue du poulain dans le vagin de la mère adoptive pour que leurs odeurs se mêlent - tout un symbole, qui court, obsédant, le long du livre. On n'en dira pas davantage. Chez les Touvas, en effet, on prétend qu'il ne faut raconter à personne les rêves heureux qu'on a faits, et «la Fin du chant» est l'un des plus beaux rêves que la littérature d'aujourd'hui nous offre de vivre...
Splendeur et majesté de la nature sauvage. A l'extrême sud de la Sibérie, près de l'Altaï à l'ouest et de la Mongolie au sud, s'étend la république Touva : une république autonome de la Fédération de Russie. Là vivent les nomades, là sont encore plantées les yourtes, et la pureté du ciel y fait encore jaillir les complaintes des chamans. Dépaysement garanti ? Oui, et bien plus. Car La fin du chant n'est pas un «eastern», une visite au pays des steppes commentée et guidée. C'est un cri, poignant, pur, douloureux, pour la survie d'une culture en train de disparaître, mangée par la vie moderne. Comment rester insensible à cette scène où une jeune fille tente l'impossible : faire accepter, grâce au chant, un poulain orphelin à une jument qui vient de perdre son petit ?... ce n'est pas tous les jours que l'on croise un auteur mongol de langue allemande, traduit en français grâce à l'inlassable curiosité de l'Esprit des péninsules. Laissez-vous donc emporter...
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