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Notre coeur tend vers le Sud : correspondance de voyage, 1895-1923

Couverture du livre Notre coeur tend vers le Sud : correspondance de voyage, 1895-1923

Auteur : Sigmund Freud

Préface : Elisabeth Roudinesco

Traducteur : Jean-Claude Capèle

Date de saisie : 27/08/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Fayard, Paris, France

Collection : Histoire de la pensée

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-213-62318-4

GENCOD : 9782213623184

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  • La revue de presse Michel Schneider - Le Point du 5 mai 2005

... On voit dans ces pages un passionné de l'Antiquité et des antiquités ; un bourgeois cultivé - un pléonasme à son époque -, qui met sa plus belle chemise pour gravir l'Acropole. Loin de nos touristes contemporains en tongs et Bikini, un homme qui ne «fait» pas la Sicile ou la Grèce, mais les regarde avec les yeux de la mythologie et les mots des poètes. Un Freud intime, touchant, monstrueux d'égoïsme, qui part avec des disciples (surtout Ferenczi), des amis, son frère Alexander, sa belle-soeur, Minna, sa fille Anna. Après 1900, jamais avec sa femme, Martha, bien pesant bagage, qu'il appelle pourtant son «cher trésor» avant de préférer «ma chère vieille». Mais ses vrais compagnons de voyage sont Virgile ou Hannibal.

Freud aime comparer son cheminement de pensée à un voyage, l'inconscient à une terre étrangère, le psychanalyste à un explorateur. Sa géographie est faite de mémoire stratifiée, comme ses souvenirs sont des lieux et des scènes retrouvés. La psychanalyse est un voyage, mais l'inverse est aussi vrai. L'âme est une ville que le temps construit avec les matériaux des premiers âges : Rome, qu'il visite sept fois, l'attire plus que tout par son emmêlement de temps et de lieux, ses musées, ses ruelles, sa sensualité légère. Il rêve de cette ville comme d'une femme à conquérir, d'un savoir à découvrir. La Ville éternelle est aussi comme un cauchemar violent, dans d'autres rêveries. Freud craint d'y rencontrer la mère interdite (qu'il se souvient avoir vue nue lors d'un voyage en train à l'âge de 3 ans et dont il évoque l'ombre par les mots latins matrem nudam)... Voyager avec Freud n'est jamais lassant, mais les pays où il nous entraîne le plus loin, le soir quand il écrit, ne sont pas sur la carte.


  • La revue de presse Raphaël Enthoven - Lire de mai 2005

«J'ai mis ma plus belle chemise pour la visite de l'Acropole sur laquelle nous crapahutons depuis deux heures...» raconte Freud à Martha - sa femme ou sa «chère vieille» - dans une carte postale envoyée d'Athènes le 4 septembre 1904. Et ce n'est pas sans une joyeuse surprise que le lecteur découvre, grâce à ce recueil de lettres, le père de la psychanalyse en voyageur insouciant qui, du Grand Canal aux gorges du Liechtenstein, en passant par la Grèce ou la Sicile, arpente l'Europe avec la gaieté d'un enfant... Son programme est simple : «Admirer, manger et boire...» L'heure est aux cigares, à l'archéologie, aux figues et aux bons vins... Il y a, pour tout dire, plusieurs façons de parcourir ce recueil d'anecdotes. On peut le feuilleter, aller de lettres en cartes postales, flâner comme Freud... Qui le lira comme ça n'y verra rien de plus que la face cachée du père de l'inconscient, ses petites habitudes, son goût pour les statues, son souci du confort et ses mécontentements. Soit. Mais ce livre est à lire également comme les tribulations mentales d'un homme que son métier ne sort pas de chez lui et qui prolonge son autoanalyse (entamée en 1897) en faisant provision d'altérité : «On se délecte de cette beauté étrangère et de cet immense élan créateur, dit-il parlant de Venise, ce faisant, mon penchant pour le grotesque, pour la perversion psychique, y trouve aussi son compte.» Comme dit Elisabeth Roudinesco, dans une préface remarquable : «On voyage autant parce que l'on sait ce que l'on fuit, sans savoir ce que l'on cherche, que pour l'amer savoir que l'on tire du voyage.»...


  • La revue de presse François Lelord - Le Figaro du 10 mars 2005

La lecture de la correspondance de voyage d'un homme illustre apporte différentes sortes de plaisirs. Le réconfort d'observer le génie dans sa vie quotidienne, soumis aux aléas que connaissons nous-mêmes en voyage : coups de chaleur, indigestion, ennui, fatigue, difficulté d'avoir toujours du linge propre d'avance. Plaisir aussi de découvrir son point de vue sur des lieux que nous avons parfois visités, avec, à l'esprit, cette immodeste question : a-t-il mieux vu que nous ?... Freud, grand voyageur, était aussi un bon mari et un bon père. Presque chaque jour, il écrivait des lettres et des cartes pour rendre compte de son itinéraire à sa famille. Les voici publiées aujourd'hui sous un beau titre, Notre coeur tend vers le Sud, phrase extraite de l'une de ses missives écrites de Lavarone, dans le Tyrol italien, à l'époque où Freud n'ose encore pas «descendre» plus loin que la Toscane. L'avant-propos de Chistfried Tögel, historienne de la psychanalyse, nous apprend qu'après les vacances d'août, qu'il passait toujours en famille, Freud consacrait les mois de septembre à un voyage d'agrément, sans la compagnie de son épouse que sa santé - et peut-être ses goûts - retenait à Vienne... Dans toute cette correspondance destinée à la famille, on retrouve, par instant, le don de l'image et l'humour parfois féroce de Freud. Et l'on se prend à regretter qu'il n'ait pas écrit un journal où il aurait été plus libre de les laisser s'exprimer. «La mer est pleine de bateaux, on dirait une soupe en conserve», écrit-il en traversant la Manche... Fêté par les Américains bien avant de l'être en Europe, il fut, par la suite, déçu par l'évolution de la psychanalyse aux Etats-Unis, car, nous dit Elisabeth Roudinesceo dans son excellente préface, «elle fut accueillie pour ce qu'elle n'est pas, une promesse de bonheur, d'épanouissement de soi et d'éradication définitive des conflits psychiques»...


  • La revue de presse Natalie Levisalles - Libération du 10 mars 2005

La psychanalyse n'était pas la seule passion de Freud. Il en avait au moins deux autres, l'archéologie, et les voyages, on le comprend en lisant ce livre. On comprend aussi que l'apport de Freud à la psychanalyse n'aurait pas été le même, il n'aurait sans doute pas été du tout, s'il n'y avait eu ces deux autres passions. Dans «Notre coeur tend vers le Sud», Christfried Tögel a réuni, préfacé et commenté la correspondance de voyage de Sigmund Freud. Tögel, qui est historien de la psychanalyse et directeur du Sigmund-Freud-Center à Magdeburg en Allemagne, affirme (dans une interview par e-mail) que ces lettres et cartes envoyées entre 1895 et 1923, ne nous apprennent «presque rien sur Freud en tant que fondateur de la psychanalyse». En revanche, elles nous apprennent presque tout sur la personne privée, sur l'homme Freud : son amour des voyages, du bon vin, de la bonne chère, du soleil et des bains de mer, le temps qu'il passe à faire des emplettes (coupelles de marbre et chapeaux de paille) et à chercher des bons restaurants... Grâce à lui, on comprend à quel point Freud était un stakhanoviste du tourisme culturel, indiquant dans ses lettres de manière maniaquement exhaustive le programme des visites effectuées. «Arrivés à 3h 1/2, nous avons vu des monuments, des églises et le palmier de Goethe, le cercueil d'un Troyen, une place ornée de 82 statues d'auditeurs célèbres de l'Université.» Mais, surtout, on découvre que ces voyages de l'été sont véritablement le grand moment de l'année, on a presque envie de dire la grande affaire de la vie de Freud, il passait littéralement des mois à les préparer. Il fallait d'abord choisir un compagnon. Sur près de trente ans, les quatre principaux ont été sa femme Martha, sa belle-soeur Minna, son frère Alexander et son disciple Ferenczi. De ce dernier, il dit en 1910 dans une lettre à Jung : «Mon compagnon de voyage est un homme que j'aime beaucoup, mais un peu maladroitement rêveur, et il a une attitude infantile à mon égard. Il m'admire sans discontinuer, ce que je n'aime pas. (...) Il s'est comporté de façon trop réceptive et passive, a tout laissé faire pour lui comme une femme, et mon homosexualité ne va pas jusqu'à l'accepter comme tel.» Il conclut : «La nostalgie d'une vraie femme augmente considérablement dans de tels voyages.»... Cette correspondance de voyage fait donc voir au lecteur un Freud hédoniste, pas si connu. Plus étonnant peut-être, on apprend qu'il tient Martha informée, quasi quotidiennement, de l'état de son tube digestif : «Compte tenu du trajet, mes intestins ne se portent pas trop mal, mais bien sûr, pas encore de façon idéale.» Comme le dit Tögel, «cela contraste avec l'approche qu'il avait avec ses patients, où il interprétait les symptômes comme l'expression de conflits internes. Mais il appliquait très rarement ses théories à lui-même et à sa famille...


  • La revue de presse Philippe Sollers - Le Monde du 4 mars 2005

... Et puis, à partir de sa quarantième année, Sigmund, en automne, s'échappe. Il voyage, il file vers l'Italie... L'Italie est magique et d'une "harmonie grandiose". Il est à Padoue, à Bologne, à Ravenne, à Florence, et commence même à être dépassé et écrasé par "une volupté constante". Dans une cathédrale, il observe plusieurs centaines des plus jolies filles du Frioul pour une messe d'un jour de fête : "La splendeur de l'antique basilique romaine m'a fait du bien au milieu de l'indigence de l'ère moderne." En pleine descente aux enfers de son propre inconscient (par l'autoanalyse), il croise Dante près d'une forêt de pins ou en visitant des grottes, se laisse imprégner par des fresques... Le voici au bord du lac de Garde, d'une "beauté paradisiaque", et enfin à Rome, en septembre 1901. "C'est incroyable que nous ne soyons pas venus ici pendant des années."...

Il envoie des cartes postales soigneusement choisies, écrit des lettres, poursuit ses découvertes intérieures sans en dire un mot... Il sera de nouveau à Rome en 1923 avec sa fille cadette Anna, mais là, déjà malade de son cancer à la mâchoire. Au total, il sera venu sept fois dans cette ville, la sienne, finalement, puisqu'il confie alors à Ernest Jones que Rome lui plaît chaque année un peu plus. A vrai dire, il faut prendre tout à fait au sérieux sa lettre de septembre 1910, depuis Palerme, "lieu de délices inouïes". Il s'excuse auprès de Martha et de sa famille de ne pas leur faire partager ses joies faute de moyens, et ajoute : "Il n'aurait pas fallu devenir psychiatre et prétendu fondateur d'une nouvelle tendance en psychologie, mais fabricant de quelque objet de genre courant comme du papier hygiénique, des allumettes ou des boutons de bottines. Il est beaucoup trop tard maintenant pour changer de profession, si bien que je continue - égoïstement mais en principe avec regrets - à jouir seul de tout."...


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