Auteur : Wystan Hugh Auden
Préface : Guy Goffette
Traducteur : Jean Lambert
Date de saisie : 18/08/2006
Genre : Poésie
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Poésie, n° 401
Prix : 5.00 € / 32.80 F
ISBN : 978-2-07-031737-0
GENCOD : 9782070317370
Le poète que célèbre Guy Goffette, avec admiration et compassion, sympathie et lyrisme, ce poète qu'il raconte en reprenant son souffle à chaque début de court chapitre comme s'il fallait toujours recommencer à trier une masse d'informations contradictoires, ce poète, donc, Wystan Hugh Auden, avait deux titres de gloire : avoir été librettiste de Stravinsky, de Britten, et aussi être cité dans le film «Quatre Mariages et un enterrement». C'est peu. Mais qui s'intéresse à la poésie anglaise ?... Auden est une fleur fragile et capricieuse. Il a poussé sur la religion, la poésie médiévale anglaise, les civilisations finissantes, la géologie, la psychanalyse. Quel terreau bizarre ! Il se convertit à la poésie brutalement, comme Claudel à Notre-Dame...
La célébrité, comme la cuisine, se transporte mal. W. H. Auden est un des plus illustres poètes de langue anglaise du XXe siècle, et il suffit de cinquante kilomètres de Manche pour que la France n'en sache rien. Il est non seulement célèbre dans ces contrées, mais lu. Aussitôt après les attentats de septembre 2001 aux États-Unis, tout Internet s'envoyait son poème 1er septembre 1939. «L'innommable odeur de la mort/ Offense la nuit de septembre [...] Dans cet air neutre/ Où d'aveugles gratte-ciel/ Proclament de toute leur hauteur/ La force de l'homme collectif.»... Et voici En mémoire de W. B. Yeats, qui contient le célèbre vers et si difficile à traduire : «Mad Ireland hurt you into poetry», bien rendu par : «L'Irlande folle en vous blessant vous fit poète.» Il enterre également Sigmund Freud, Ernst Toller, le dramaturge allemand, et un personnage inventé, fiction qui fait de Funeral Blues sa plus belle oraison funèbre. «Nouez du crêpe au cou blanc des pigeons,/ Gantez de coton noir les agents de police.» Puisqu'il aimait tant les choses romaines, je finirai à la romaine, par sa description. Auden était grand, avait une bonne tête de vieux chien flapi, n'aimait pas la reine Élisabeth, les romanciers policiers américains et les Français, aimait Blaise Pascal, fumer des cigarettes et son chat siamois. Et, comme il est encore plus agréable d'être courtois que romain, je lui laisserai la parole pour un bref poème inédit : «Les conversations des oiseaux/ en disent très peu,/ mais signifient beaucoup.»...
Comparés à une figure comme celle de l'Anglais Wystan Hugh Auden, la plupart des poètes français du XXe siècle semblent cantonnés dans un étroit territoire historique et géographique. Entre la vieille Europe à laquelle il appartenait, mais avec l'écart de l'insulaire, et l'Amérique qui ne lui était pas étrangère, Auden porte d'emblée son regard plus loin, respire un air plus riche et divers... W. H. Auden, malgré un réel effort d'édition, est encore mal connu en France, comme d'ailleurs la plupart des grands poètes anglo-saxons. Difficile à ranger dans une catégorie poétique donnée, il aggrava pour ainsi dire son cas en pensant, et pas seulement à la poésie. L'anthologie qui reparaît aujourd'hui en édition de poche avait d'abord été publiée chez Gallimard, avec une éclairante introduction de Claude Guillot, en 1976. Elle est, pour l'essentiel, la reprise des Selected Poems préparés par Auden lui-même en 1968. On regrettera simplement qu'aucune précision de date ni aucune note n'accompagne les poèmes de ce volume. Les "circonstances", comme cela est visible, jouent pourtant un rôle important dans l'inspiration et la thématique de cette oeuvre. Mais même frustré de ces indications, on reste frappé par la puissance et la liberté de celle-ci...
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