Auteur : Carlos Liscano
Traducteur : Jean-Marie Saint-Lu
Date de saisie : 23/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7144-4011-2
GENCOD : 9782714440112
Vladimir, le héros de cette Odyssée des bas-fonds, finira-t-il par trouver son port du salut dans les bras de la blonde Suédoise qu'il a délaissée après lui avoir fait un enfant ? C'est ce que suggère le début de ce roman de l'Uruguayen Carlos Liscano... Ecrit d'une plume sobre et précise, avec une belle justesse de ton...
Belle révélation que celle de Carlos Liscano, écrivain uruguayen, auteur de théâtre joué en Europe mais dont l'oeuvre romanesque restait à découvrir. Pour rattraper ce retard, un roman et un recueil de nouvelles paraissent simultanément chez deux éditeurs, mais sous la plume du même et excellent traducteur, Jean-Marie Saint-Lu... La Route d'Ithaque, qui raconte l'histoire d'un homme contraint de quitter son pays pour la Suède, où il rencontre toutes les épaves d'un monde où vivre est un combat ? Rédigé à la première personne, ce livre, écrit deux ans avant son retour en Uruguay, est d'une facture plus immédiate que les nouvelles troublantes et baroques du Rapporteur. Même s'il y développe une même thématique : la quête d'un lieu, d'une Ithaque où poser ses bagages et ses peines sans pour autant y laisser son coeur... Liscano est de ces écrivains qui racontent des choses banales, mais entraînent subrepticement dans un univers où tout est mouvant. Derrière l'apparente normalité se bousculent des univers de folies, de conflits, de haines, de mensonges...
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage... mais le voyage n'est plus si beau. Les Ulysse sont nombreux et fatigués. Ce sont les immigrants du Sud au Nord. Prenez Vladimir. Ce n'est pas un réfugié latino-américain «noble», autrement dit politique : il a fui l'Uruguay parce qu'il y vendait de la drogue. Il est passé par le Brésil ; de là, en Suède, où l'attendait une Suédoise avec qui il a eu un enfant malgré lui ; enfin, pour échapper à tout, Barcelone.
En deux ans, Vladimir a tout fait toujours exploité, toujours au noir... l'écrivain Carlos Liscano ne cache pas que la Route d'Ithaque, son troisième roman et le premier publié en France, est un dialogue avec le Céline du Voyage au bout de la nuit. Bien des tirades de Ferdinand pourraient figurer dans la bouche de Vladimir dont celle-ci : «C'est cela, l'exil, l'étranger, cette inexorable observation de l'existence telle qu'elle est vraiment pendant ces longues heures lucides, exceptionnelles dans la trame du temps humain, où les habitudes du pays précédent vous abandonnent, sans que les autres, les nouvelles, vous aient encore suffisamment abruti.»...
A l'époque où la dictature écrasait l'Uruguay sous sa botte, Carlos Liscano - né en 1949 à Montevideo - avait un peu plus de 20 ans. Un bel âge pour lever le poing, résister aux militaires, en appeler à la rébellion... Résultat: en 1971, ce mouton noir fut jeté en prison, d'où il ne sortit que treize ans plus tard. A sa libération, il s'empressa de plier bagage et se réfugia en Suède, les poches vides et avec quelques rêves meurtris au fond du coeur. S'il est devenu écrivain, c'est peut-être pour que ces rêves-là ne restent pas prisonniers des ombres.
Avec La Route d'Ithaque - son premier roman traduit en français - on découvre un vagabond de l'esprit qui, pour avoir moisi longtemps derrière les barreaux, aime l'air du large... Malgré les ténèbres qui la bordent, La Route d'Ithaque n'est jamais misérabiliste : c'est un roman plein de compassion sur les petites gens et les petites âmes qui gardent leur dignité en pataugeant dans la boue. Liscano y ajoute sa tendresse, et un humour à la Buster Keaton.
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