Auteur : George Steiner
Traducteur : Pierre-Emmanuel Dauzat
Date de saisie : 21/08/2006
Genre : Essais littéraires
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Bibliothèque Albin Michel des idées
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-226-15562-7
GENCOD : 9782226155627
«Si nos processus de pensée étaient moins pressants, moins crus, moins hypnotiques, nos déceptions constantes, la masse grise de la nausée nichée au coeur de l'être, nous désempareraient moins. Les effondrements mentaux, les fuites pathologiques dans l'irréalité, l'inertie du cerveau malade peuvent, au fond, être une tactique contre la déception, contre l'acide de l'espoir frustré. Les corrélations manquées entre pensée et réalisation, entre le conçu et les réalités de l'expérience, sont telles que nous ne saurions vivre sans espoir. 'Espérer contre tout espoir' est une formulation forte, mais en définitive accablante de la brunissure que la pensée jette sur la conséquence.»
George Steiner
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D'une minceur tranchant avec les essais antérieurs, le nouveau livre de George Steiner, professeur émérite de Cambridge, n'a qu'un seul et unique objet: la pensée. Qu'est-ce que penser ? Interrogation heideggérienne s'il en est. Mais le professeur émérite de Cambridge n'est pas l'ancien maître de Fribourg, loin s'en faut. Pontifiera sur «la tristesse de la pensée» qui voudra. Quel sens peut revêtir, cependant, deux siècles après Schopenhauer, le pessimisme en philo-sophie ? Le lecteur erre de truismes en approximations, jusqu'au moment où Diafoirus tombe le masque, déplorant le fait que de grandes idées aient pu, selon lui, «venir à des hommes ou des femmes illettrés ou incultes, au sourd-muet ou au débile mental». Plus loin, persistant dans son aristocratisme nombriliste, l'auteur s'inquiète que des «idées inventives» aient pu «effleurer des incultes, des infirmes, voire des handicapés mentaux». L'immodeste essayiste, autrement dit, se désespère de ce dont Borges s'enchantait...
Le roseau pensant n'est pas promis à la félicité. Dans un petit livre dense, publié en français et en anglais, le philosophe George Steiner, grand lecteur de classiques, montre comment les lumières de la réflexion peuvent assombrir l'âme. L'être humain est condamné à la pensée, impossible à retenir aussi aisément que sa respiration. L'auteur distingue «dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée». Le lecteur risque d'être gagné par la mélancolie, tant ces raisons, pour fondamentales qu'elles soient, prennent un relief particulier à l'époque actuelle... Si encore l'effort de se hisser sur les sommets de la pensée était assuré d'être récompensé ! L'auteur montre qu'il n'en est rien. La discipline intellectuelle la plus rude se heurte généralement au mur des affects : «Combien de Spinoza, combien de Frege, combien de Wittgenstein ? Et dans quelle mesure ces ascètes de la vérité ont-ils eu gain de cause ? Au crépuscule, Socrate chanta.» Il y a plus grave. La «question de Dieu», qui paraît à l'auteur «le propre de l'espèce humaine», pourrait bien en venir à «perdre son sens»...
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