Auteur : Agota Kristof
Date de saisie : 18/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-02-078764-2
GENCOD : 9782020787642
Agota Kristof avait fait une entrée remarquable dans la littérature, il y a vingt ans. Son premier livre, Le Grand Cahier, outre la singularité du thème (tout en concernant des jumeaux), avait un attrait pour tous ceux qui aiment qu'on parle notre langue : hongroise, Agota Kristof a écrit directement en français. Et elle continue depuis, puisqu'elle en est à son septième né. Sombre et cruelle est l'histoire des jumeaux, pendant l'occupation d'un pays imaginaire mais qui ressemble à beaucoup. Ils sont mis à l'abri par leur mère, chez leur grand-mère, à la campagne. Ils consignent dans un cahier leurs faits et gestes de dévoyés à mauvaise école. Cruauté, amoralité, hypocrisie, tout leur est bon. L'auteur de ces monstres «charmants» a choisi pour écrire l'économie des mots, ce qui donne une force déchirante à tous ses paragraphes. Impitoyable dans la parcimonie des phrases. On peut parler de style lapidaire, car on le reçoit comme une volée de cailloux lancés à coeur ouvert et saignant.
Aujourd'hui, C'est égal est aussi étique pour le style et le nombre de pages. Et il fait mal, immuablement. C'est une série de nouvelles, aussi brèves presque que celles que préférait Félix Fénéon. Et le demi-deuil (ainsi appelait-on le gris, naguère) en est la couleur dominante. On lit des fables qui font mal, comme en écho au mal profond qu'on prête à l'auteur...
Il y a dix ans, à la parution d'Hier, Agota Kristof, résolument hors des modes littéraires égocentriques, nous confiait : «C'est en devenant rien du tout qu'on devient écrivain.»... Fidèle à son écriture dépouillée, tranchante, Agota Kristof ne situe ses récits ni dans le temps ni dans l'espace. On ne sait d'où viennent les personnages des nouvelles aujourd'hui publiées sous un titre glaçant, C'est égal... Chez Agota Kristof, la désespérance, «c'est égal», et c'est extraordinaire.
Ces vingt-cinq nouvelles de C'est égal datent d'il y a quinze ans. Elles ne font souvent qu'une page ou deux, on les parcourt comme un chemin jonché de morts, petites stèles qui semblent indiquer une direction mystérieuse. Des morts réelles, ou alors des sortes de : séparations, attentes devant le téléphone ou la boîte aux lettres, personnes jamais revenues. Des petits morceaux défaits un peu tristes, partout le même paysage : «des champs morts et boueux», des maisons vides, des villes et rues désertées. Ce n'est pas dramatique, bien sûr, c'est égal, comme l'indique le titre. Et parfois c'est même assez joyeux, car si mourir n'est rien (philosophie), tuer n'est pas grand-chose (humour noir). Le premier texte ouvre cette voie...
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