Auteur : Jean-Noël Jeanneney
Date de saisie : 18/08/2006
Genre : Histoire
Editeur : Seuil, Paris, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-02-065383-1
GENCOD : 9782020653831
Le duel, rajeunissant un rituel de l'Ancien Régime, s'est perpétué en France, sans fléchir, de la Révolution française jusqu'à la guerre de 1914. À l'épée ou au pistolet, tout au long du XIXe siècle, parlementaires, journalistes, écrivains et artistes n'ont cessé de s'affronter passionnément sur le terrain, selon des règles codifiées et en courant de grands risques. Ni le bon sens ni la dérision ne parvinrent à y mettre un terme ; les pouvoirs publics demeurèrent impuissants ; la Justice détourna les yeux.
Prenant appui sur une multitude d'épisodes parfois grotesques, souvent dramatiques, toujours pittoresques, Jean-Noël Jeanneney s'interroge sur les motifs d'une pareille pérennité. Et c'est toute une société en quête d'équilibres nouveaux qui s'en trouve, chemin faisant, éclairée.
Comment le duel a-t-il pu survivre, jusqu'en 1914, à la révolution des Lumières ? Pleine d'exemples, la passionnante analyse de Jean-Noël Jeanneney. Il faut imaginer, par exemple, Bernard-Henri Lévy en garde dans quelque jardin secret du VIe arrondissement, prêt à croiser le fer avec Pierre Jourde, qui justement vient de l'offenser dans son dernier pamphlet. Ou encore Edwy Plenel, patron du Monde, échangeant à vingt pas, par un petit matin brumeux, quatre coups de feu avec Pierre Péan. Ou, mieux, Maurice Druon et Valéry Giscard d'Estaing dégainant, passerelle des Arts, pour vider leurs querelles d'académiciens jusqu'au premier sang. Impensable ? Certes. Et pourtant, jusqu'en 1914, le duel restait en France le moyen le plus courant chez les écrivains, les journalistes ou les politiques pour régler un «point d'honneur». Comment cette passion française, héritée de l'Ancien Régime, a-t-elle pu défier si longtemps la justice et les préceptes des Lumières ? Pourquoi des personnalités aussi en vue que Lamartine, Thiers, Hugo, Dumas, Gambetta, mais aussi Jules Ferry, Marcel Proust, Aristide Briand, Léon Blum, Jean Jaurès, ont-elles toutes, à un moment ou à un autre, fait le choix des armes ? Ce sont les questions auxquelles Jean-Noël Jeanneney répond, exemples à l'appui, dans cette éclairante histoire du duel entre 1789 et 1914, qui devrait faire rêver Dominique Perben, si désireux de désengorger sans trop de façons les tribunaux...
... Clemenceau, Rochefort, Boulanger, Drumont, Jaurès et même - qui l'eût cru ? - Léon Blum ont vidé leurs querelles à l'épée ou au pistolet sans trop risquer leur vie car, surtout après 1870, on faisait en sorte de s'esquinter le moins possible, quitte à sombrer dans le ridicule. On n'était plus au temps où un Evariste Galois et un Armand Carrel expiraient sous les yeux de leurs témoins... Au fait, pourquoi cette singularité française, puisque le duel, qu'aucune loi ne réussit à interdire chez nous, était proscrit ailleurs ? Jean-Noël Jeanneney pointe un certain nombre d'explications, toutes vraisemblables...
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