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Les grands mots

Couverture du livre Les grands mots

Auteur : Franz Innerhofer

Traducteur : Evelyne Jacquelin

Date de saisie : 22/08/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : L. Teper, Paris, France

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-9520442-7-1

GENCOD : 9782952044271


  • La dédicace de l'auteur

Ce qui me semble marquant dans les deux derniers romans de la trilogie autobiographique écrite par Franz Innerhofer que j'ai récemment traduits, c'est à l'évidence leur radicalité. L'absence de toute concession dans la critique sociale donne aux phrases un élan particulier : rythme haletant dans «Côté ombre», où le personnage central, Franz Holl, alter ego de l'écrivain, est aux prises avec un monde du travail qui absorbe l'individu sans lui laisser d'autre horizon ; diction plus austère, porteuse d'une rage qui se fait cérébrale, dans «Les grands mots» où Holl affronte le «monde de la parole» pour y retrouver finalement, loin de ses rêves d'émancipation, les mêmes rapports de force qu'à l'usine où à la ferme.
En entrant à l'université, le personnage acquiert un bagage intellectuel qui lui permet de prolonger par une réflexion politique les constats accusateurs établis de manière plus descriptive dans les deux premiers volets de la trilogie. La question de l'utopie, contre-partie de la critique sociale, se trouve dès lors au coeur des «Grands mots», récit désespéré d'une quête au cours de laquelle les voies pouvant mener à des «lendemains qui chantent» se révèlent être autant de fausses routes.
Le roman se clôt sur deux dialogues tournant à la farce noire, dans lesquels le communisme «réel» se trouve soumis à une critique humaniste mêlée de parodie féroce. Dans ce final furioso en forme de jeu de massacre, l'utopie se désagrège à mesure qu'on tente de la saisir et de fixer par des mots le chemin à suivre. Le discours se désintègre alors lui aussi et dans le chaos verbal marquant l'implosion du projet utopique, le lecteur ballotté, ébahi, croit voir se jouer en filigrane la mort même de l'utopiste.

Evelyne Jacquelin, traductrice de l'ouvrage, Vienne, le 14/2/2005



  • La présentation de l'éditeur

Salzbourg, vers le milieu des années soixante. Ouvrier soudeur le jour, Holl passe ses soirées et une partie de ses nuits à étudier, en quête d'un savoir qu'il avait rêvé libérateur. Mais ce qu'il va découvrir, dans la confrontation avec une institution scolaire aussi obtuse que l'usine est brutale, c'est que ces "grands mots" tant désirés sont aussi des instruments de pouvoir. Fasciné par la puissance de suggestion et le pouvoir de vérité des mots, Holl prend douloureusement conscience du fossé qui existe à jamais entre le monde de la parole et celui du travail, entre ceux pour qui l'aliénation est un discours théorique et ceux qui la vivent jour après jour dans les fatigues du corps. Avec une ironie rageuse mais aussi un sens aigu de la farce, dans un style vif et acerbe, lnnerhofer incarne par l'écriture le monde du travail privé de parole et signe avec Les grands mots le roman de formation d'un écrivain révolté en quête d'une introuvable utopie. "La trilogie autobiographique d'Innerhofer qui paraît durant les mêmes années que L'origine et La cave de Bernhard est animée d'un même mouvement d'individuation : se libérer de toutes les formes [...] d'appropriation de la personne". Christine Lecerf, La Quinzaine littéraire, 1er mai 2004. "Un grand d'Autriche. Moins connu ici que Thomas Bernhard et Elfriede Jelinek, Franz lnnerhofer forme cependant avec eux une manière de trio de la radicalité autrichienne." Jean-Claude Lebrun, L'Humanité, 6 mai 2004. "Une trilogie romanesque critique dans la grande tradition des littératures autrichienne et allemande." Dominique Dussidour, Remue.net, octobre 2004.

Né en 1944 dans un village de la région de Salzbourg, Franz lnnerhofer, qui s'est suicidé en 2002, est une figure exemplaire de la littérature autrichienne contemporaine. Son premier roman, De si belles années, a été publié chez Gallimard en 1977, sa pièce de théâtre, Brouette, Histoire d'Hanna K. chez Agone en 2000 et Côté ombre aux Editions Laurence Teper en 2004. Son oeuvre a été récompensée en Autriche par plusieurs prix littéraires.



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  • La revue de presse Clémence Boulouqe - Le Figaro du 19 mai 2005

C'est le drame d'une impossible double vie. Le jour, Holl travaille dans une fonderie. Le soir tombé, il gagne les bancs de l'«école moyenne pour ouvriers», et étudie avec l'ardeur de qui veut échapper à son sort. Fils de métayers, dévoré par la fièvre d'apprendre, il vit, à Salzbourg, dans un foyer catholique pour hommes, et c'est aux autres qu'il laisse les femmes et les distractions qui le détourneraient de sa voie. Dans son usine, les accidents se multiplient...

Cependant, face à cette violence quotidienne, aucune révolte ne se dessine. Où est la solidarité des travailleurs ? Un fantasme ? Holl parvient à quitter cet enfer... Si Franz Innerhofer emprunte certains traits à un répertoire classique de la littérature viennoise du début du XXe siècle (notamment avec le personnage du concierge en tyran et en délateur, que l'on retrouve chez Schnitzler ou Canetti), son timbre est tout à fait singulier. L'écriture, dépolie, âpre, rappelle parfois celle d'Anna Seghers lorsqu'elle décrit l'Allemagne ouvrière de l'entre-deux guerres... Né en 1944, près de Salzbourg, double de son héros, Franz Innerhofer a sans doute connu une semblable désespérance. Il met fin à ses jours en 2002, et laisse un oeuvre faite de pointes sèches comme écrites au burin. C'est aux éditions Laurence Teper que les lecteurs français doivent sa redécouverte... La parution de Côté Ombre, en 2004, et des Grands Mots, aujourd'hui, donnent aussi l'occasion de saluer le travail d'une jeune maison d'édition et son catalogue exigeant et prometteur, où figurent déjà, notamment, les Poèmes fluviaux, d'Hölderlin, un essai de Michèle Desbordes sur le poète allemand, ainsi que les mémoires du père de Giacomo Leopardi.


  • La revue de presse Joëlle Stolz - Le Monde du 14 avril 2005

En janvier 2002, l'écrivain Franz Innerhofer est retrouvé pendu à son domicile de Graz, en Styrie autrichienne. Depuis longtemps il se battait contre la désespérance, l'alcool, et pis, contre l'impuissance à écrire, lui que l'on avait comparé à Kafka et à Büchner après son premier roman, De si belles années, paru en 1974 (il avait 30 ans) et traduit presque aussitôt chez Gallimard.

Il a fallu attendre 2004 pour pouvoir lire en français le deuxième volume de sa trilogie autobiographique, Côté ombre, publié par Laurence Teper, chez qui vient de sortir le dernier volet, Les Grands Mots. C'est le mérite de cette jeune maison d'édition ­ et de sa traductrice Evelyne Jacquelin ­ d'avoir perçu ce que ces textes ont à nous dire sur les impasses de nos sociétés actuelles, sur leur prodigieuse capacité à reproduire l'exclusion. La trajectoire ascendante amorcée avec De si belles années mène à un "gigantesque trou", il n'y aura pas de rédemption sociale par les mots : telle est la leçon, très pessimiste, de Franz Innerhofer... Dans Les Grands Mots, paru en 1977... Holl pénètre l'univers urbain. Logé au "foyer catholique pour hommes" de Salzbourg, il s'est fait embaucher comme soudeur, tout en préparant son baccalauréat : "Sans doute, il fallait beaucoup d'entêtement et de folie pour s'asseoir quatre heures durant dans une salle de cours, après une journée de travail de neuf heures, et faire provision, soir après soir, de sentiments d'infériorité." Ses espoirs de prise de conscience collective sont vite déçus : les ouvriers se contentent de discuter bagnoles au café du coin, et se moquent au fond "de ce que l'entreprise pouvait faire subir à un autre". La fin du roman prend la forme d'un long monologue de Stürzl... C'est un règlement de comptes avec l'idéologie communiste, auquel Stürzl oppose l'utopie introuvable du "manifeste de Summerau", un village proche du rideau de fer... A partir des Grands Mots, Innerhofer s'est senti rejeté par l'establishment culturel. Il avait voulu écrire un roman marxiste, mais l'audace de son propos ­ le regard ironique d'un travailleur manuel sur le "monde de la parole", et surtout l'abstraction de son style rebutent ses admirateurs...


  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 10 février 2005

Avec les Grands Mots se termine la trilogie d'Innerhofer, parue en Autriche entre 1974 et 1977, et traduite en France sur un laps de temps tellement long que l'auteur est mort en cours de route. Gallimard a traduit le premier volet, De si belles années, en 1977, puis s'est arrêté. Les toutes nouvelles éditions Laurence Teper ont pris la suite en 2004, avec Côté ombre, judicieusement postfacé par la traductrice, Evelyne Jacquelin, et fêtent leur premier anniversaire avec l'entrée de Holl (le double romanesque de l'auteur) dans «le monde de la parole». Franz Innerhofer, né en 1944 dans le monde de l'esclavage agricole, s'est suicidé en 2002, ce qui n'était pas une brusque impulsion si on en croit les Grands Mots, où le jeune Holl, dans un rare moment de confidence à la première personne, se dit «rassuré par la pensée de pouvoir me suicider à tout moment»... Comment une ascension sociale devient simultanément une descente au tréfonds du désespoir, tel est l'étrange sujet de ce roman de formation en trois étapes, où la lucidité intellectuelle ne s'aiguise que pour se retourner contre elle-même... Holl a beau essayer de se dégager de la gangue de son passé, celui-ci ne se laisse pas oublier. Le monde mutique du travail manuel reste le plus fort. C'est le socle de ses valeurs : «Dans le monde du travail, un homme ne peut se donner pour menuisier s'il n'est pas menuisier.» Holl finit par trouver dérisoires les efforts héroïques qu'il faut accomplir pour s'accrocher aux cours du soir : les paysans des montagnes ne sont-ils pas tout aussi endurants et admirables ? A présent que, diplôme en poche, Holl entre à l'université, «il avait tout simplement peur de n'avoir un jour plus rien au monde à quoi il pût acquiescer». Et bien sûr, cela arrive.


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