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Les derniers jours de l'humanité

Couverture du livre Les derniers jours de l'humanité

Auteur : Karl Kraus

Traducteur : Jean-Louis Besson | Henri Christophe

Date de saisie : 23/08/2006

Genre : Théâtre

Editeur : Agone éditeur, Marseille, France

Collection : Marginales

Prix : 30.00 € / 196.79 F

ISBN : 978-2-910846-88-6

GENCOD : 9782910846886

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Les faits mis en scène ici par Karl Kraus se sont réellement produits ; les conversations les plus invraisemblables ont été tenues mot pour mot ; les inventions les plus criardes sont des citations ; les récits prennent vie sous forme de personnages, les personnages dépérissent sous forme d'éditorial ; la chronique a reçu une bouche qui la profère en monologues, de grandes phrases sont plantées sur deux jambes - bien des hommes n'en ont plus qu'une. Quiconque a les nerfs fragiles, bien qu'assez solides pour endurer cette époque, qu'il se retire du spectacle.
La vie de l'écrivain et journaliste viennois Karl Kraus (1874-1936) se confond avec l'infatigable bataille qu'il mena dans sa revue Die Fackel (Le Flambeau) contre la corruption de la langue et donc de la morale.

«Au secours, les tués ! Assistez-moi, que je ne sois pas obligé de vivre parmi des hommes qui, par ambition démesurée, ont ordonné que des coeurs cessent de battre, que des mères aient des cheveux blancs ! Revenez ! Demandez-leur ce qu'ils ont fait de vous ! Ce qu'ils ont fait quand vous souffriez par leur faute avant de mourir par leur faute ! Cadavres en armes, formez les rangs et hantez leur sommeil. Avancez ! Avance, cher partisan de l'esprit, et réclame-leur ta chère tête ! Avance pour leur dire où tu es et comment c'est là-bas, dis-leur que tu ne voulais plus jamais te laisser utiliser pour ça ! Et toi là-bas, avec ce visage défiguré à ton dernier instant, lorsque sur ordre la bête sauvage, l'écume aux lèvres, se précipita sur toi - avance ! Ce n'est pas votre mort - c'est votre vie que je veux venger sur ceux qui vous l'ont infligée ! J'ai dessiné les ombres qu'ils sont et qu'ils voulaient par esprit de mensonge transformer en apparence ! Je les ai dépecés de leur chair ! Mais les pensées nées de leur bêtise, les sentiments nés de leur malignité, l'effroyable rythme de leur inexistence, je les ai affublés de corps et je les laisse se mouvoir ! Si on avait conservé les voix de cette époque, la vérité extérieure aurait démenti la vérité intérieure, et l'oreille n'aurait reconnu ni l'une ni l'autre. J'ai sauvegardé la substance, et mon oreille a découvert la résonance des actes, mon oeil le geste des discours, et ma voix, chaque fois qu'elle citait, a retenu la note fondamentale, jusqu'à la fin des jours.»





  • La revue de presse Clémence Boulouque - Le Figaro du 2 juin 2005

Il aura régné sans partage sur la vie intellectuelle viennoise pendant plus de trois décennies. Du début du XXe siècle à l'entre-deux guerres. Pourtant, il aura raté son rendez-vous avec l'Histoire. Lorsque Karl Kraus meurt, en 1936, c'est une hostile indifférence qui le porte en terre. Ses plus fervents admirateurs ont été déçus par sa prise de position en faveur du réactionnaire Dolfuss, en 1934, au cours des violents affrontements qui opposent les conservateurs aux socialistes.

Nombre de ses disciples, Canetti en tête, ne voient plus alors, en lui, qu'un tyran de l'esprit, susceptible de justifier toutes les déviations autoritaires d'un régime, et rares sont ceux qui ne se détournent pas de leur messie d'un temps... Pourtant, malgré sa pensée hautaine, l'humanité du polémiste est indubitable : en témoigne sa pièce de théâtre fleuve, Les Derniers Jours de l'humanité, constituée d'une centaine de tableaux, dont il admet, dans son introduction, qu'il faudrait dix soirées pour les jouer dans leur intégralité.

Il y a là, comme unique intrigue, celle de l'Histoire ainsi que le projet de retracer la vie viennoise pendant la guerre de 1914-18. Tous les protagonistes, tous les acteurs ont existé, et l'art de Kraus de les faire entrer en scène est d'une virtuosité qui émerveille... Non, Kraus n'a peut-être pas été un homme aveugle devant cette ère meurtrière et ses hérauts aboyeurs. Parce qu'il avait clamé une radicalité sourcilleuse, s'était porté aux confins de l'intolérance, il a été mal entendu, mal compris, à l'heure même où il eût été urgent d'entendre sa parole. Urgent et, qui sait, peut-être salvateur....


  • La revue de presse Jean Blain - Lire de février 2005

... Cette pièce méconnue, écrite en 1919,... est à mille lieues de l'esthétisation de l'horreur à la Jünger. La Guerre de 14 y est ici un «carnaval tragique». Dans ce drame - dont «le contenu, nous dit Karl Kraus, est arraché à ces années irréelles, impensables, inimaginables pour un esprit éveillé... Les propos grotesques que Kraus met dans la bouche de ses personnages, généraux, hommes politiques, journalistes ou banquiers, sont ceux qu'ils ont réellement prononcés ou écrits mais se sont empressés d'oublier... L'efficacité du procédé, servi par une écriture qui évoque Shakespeare et Brecht, fait de ce texte d'une beauté tragique la plus implacable dénonciation qui soit de l'ivresse nationaliste et guerrière.


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