Auteur : Nicolas Bouvier
Date de saisie : 24/08/2006
Genre : Récits de Voyages
Editeur : Hoëbeke, Paris, France
Collection : Etonnants voyageurs
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84230-176-7
GENCOD : 9782842301767
... A 8 ans, déjà, il traçait les méandres du Yukon sur le beurre de ses tartines, pour se persuader qu'il deviendrait un citoyen du monde. Il ne s'en est pas privé et il n'a cessé de jouer les Sindbad, sac au dos, sur des sentiers qui sont désormais les chemins de nos rêves. Sa morale ? «J'aime que la route me plume et me dépouille», répondait-il, lui qui partait pour se perdre, et qui se perdait pour ne jamais se retrouver... Les éditions Hoëbeke publient un inédit précieux, Le Vide et le plein, qui rassemble les notes et le journal intime que Bouvier écrivit pendant son second périple au Japon, entre 1964 et 1966 : du travail de calligraphe, des ciselures de miniaturiste, des haïkus de l'âme, où le voyageur butine la fleur nipponne en se fondant dans les paysages, avec son flair pour seule boussole... Précis et léger comme une séance d'acupuncture, son récit est un enchantement. Et une magistrale leçon d'ethnographie baladeuse. Avec cette maxime en guise de mode d'emploi : «Le voyage ne vous apprendra rien si vous ne lui laissez pas aussi le droit de vous détruire. C'est comme un naufrage, et ceux dont le bateau n'a pas coulé ne sauront jamais rien de la mer. Le reste, c'est du patinage ou du tourisme.»
Il faut sans doute accepter l'idée de miracle permanent en littérature. De temps à autre, des manuscrits remontent à la surface comme par enchantement. On ne saura jamais (vraiment) qui actionne ces poulies de la mémoire, qui va chercher dans les abscisses et les ordonnées, ces carnets, ces liasses de feuilles qui somnolaient dans une incompréhensible retraite. Lorsqu'on lit (lorsqu'on écoute, la musique nous habitue aussi à ses inédits miraculeusement treuillés de l'oubli), on se dit que la mémoire est une bonne fille, pleine de mansuétude. On avait oublié ces textes. Parfois sinon souvent, on avait eu bien raison. Mais là ! Des inédits de Nicolas Bouvier (1929-1998), un des plus grands écrivains voyageurs de ce temps... Faut-il le rappeler que ces ouvrages ne tiennent en rien du récit touristique et les amateurs du genre n'en glaneront que quelques miettes éparses : des sarongs carmin, des autobus peints, de mignonnes bougies, un petit portail de bambou. Non, il s'agit ici du vrai voyage, celui qui vous éventre, vous jette pêle-mêle. «Le voyage, écrit Nicolas Bouvier, ne vous apprendra rien si vous ne lui laissez pas aussi le droit de vous détruire. C'est une règle vieille comme le monde. Un voyage est comme un naufrage, et ceux dont le bateau n'a pas coulé ne sauront jamais rien de la mer. Le reste c'est du patinage ou du tourisme.» Bouvier se sert du voyage, il le fait rentrer dans le texte «comme dans un laminoir»... Voici donc Le Vide et le Plein, la suite des carnets du Japon. Ils nous offrent une vision unique de cette île. Loin des exquises considérations d'ambassade d'un Paul Morand, des récits truculents d'un Lawrence Durrell, Nicolas Bouvier passe sa vie dans les petites rues, les bordels, les temples ou dans ce «train glacial bondé de fantômes qui dormaient noués dans des postures incroyables (...) j'avais l'impression que pour s'endormir de la sorte, dans ces agencements si compliqués, il fallait une candeur et une fraîcheur que je crains d'avoir perdues depuis longtemps»... En quoi Nicolas Bouvier se distingue-t-il ? Sans doute par son écriture. Elle est d'une grande pureté. D'où la difficulté de la décrire. On voudrait vous dire, prenez et lisez ces textes ciselés, au bord de l'épure, balançant entre haïku et ellipses limpides. On entre dans les textes de Bouvier comme le fil dans le chas d'une aiguille...
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli