Les ombres de l'angoisse : la peur d'être vivant / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. Les ombres de l'angoisse : la peur d'être vivant

Couverture du livre Les ombres de l'angoisse : la peur d'être vivant

Auteur : Christian Jeanclaude

Date de saisie : 01/02/2005

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : De Boeck, Bruxelles, Belgique

Collection : Oxalis

Prix : 29.00 €

ISBN : 2-8041-4791-6

GENCOD : 9782804147914

Sorti le : 01/02/2005

en vente sur


  • La dédicace de l'auteur

J'aurais pu intituler mon livre " Comment l'angoisse entraîne l'être humain à se structurer des symptômes pour s'éviter d'avoir à connaître la réalité de ses désirs ? ".

" L'art du camouflage " aurait assez bien convenu aussi.

Freud disait que l'homme ferait n'importe quoi pour nier la réalité de sa sexualité. Il ne mentionnait pas l'agressivité qu'il faudrait évidemment citer pour compléter cette réflexion freudienne.

L'être humain fait effectivement n'importe quoi pour fuir ce qui l'angoisse le plus, à savoir ses désirs inconscients qu'il vit comme inavouables.

L'angoisse complètement intriquée à l'appareil psychique dès la toute petite enfance jouera chez l'adulte un rôle fondamental dans la façon qu'il aura de gérer son désir.

L'angoisse est archaïquement le témoin d'une douleur psychique liée à une montée d'excitations, puis secondairement d'une peur devant le désir (le prototype étant le désir oedipien) et toujours le signe de l'anticipation d'une perte possible.

Perte du plaisir lié à la prise en charge fusionnelle (c'est la mère qui pourvoit aux besoins pulsionnels et dispense donc du plaisir), perte de l'objet maternel (angoisse d'abandon car le bébé doit arriver à une certaine autonomie pour chercher par lui-même son plaisir), perte de l'amour de l'objet (l'angoisse de rejet apparaît quand le bébé s'aperçoit que la mère a également d'autres objets d'amour), perte du pénis (l'angoisse de castration apparaît au moment de la découverte des sexes par l'enfant), perte de l'estime du surmoi (l'image que le sujet a de lui-même risque d'être dégradée par rapport à l'idéal qu'il s'est construit et par rapport aux regards des autres, donc le milieu social).

Donc, traduit autrement, cette angoisse de la perte est une angoisse de prise d'indépendance, une angoisse de prise de risque à vivre car ces pertes devront être acceptées pour espérer une réelle assomption du sujet dont le désir est désarrimé de toutes ces emprises psychiques infantiles. Le problème de la névrose est bien l'incapacité de se détacher de ces scories infantiles qui tiennent la personne ligotée.

La pulsion (le mouvement vital) devant s'exprimer, donc le désir, sous peine de tomber malade, l'appareil psychique invente des stratégies pour permettre à l'inconscient de s'exprimer tout en évitant soigneusement de rencontrer l'angoisse qui pourrait survenir en croisant le chemin de la signification fantasmatique des désirs.

La production de symptômes est le signe de ces montages complexes aveugles (aveugles car s'opérant à l'insu du sujet).

C'est pourquoi je parle d'ombres de l'angoisse.

° Ombres parce que le symptôme permet à l'inconscient d'agir dans l'ombre en toute tranquillité en excluant toute prise de responsabilité du sujet.
° Ombres en tant qu'ombres portées de l'angoisse inconsciente sur la scène extérieure de la réalité.
° Ombres aussi parce les symptômes occultent la réalité de l'angoisse, donc du désir.

Les effets sont loin d'être négligeables car paradoxalement, bien que déguisé par le symptôme, le désir inconscient s'exprime avec plus de brutalité de cette façon que par le biais d'une sublimation, processus au cours duquel le sujet est approximativement " au courant " de ce qui se joue.

Cette question du symptôme renvoie à la question de la responsabilité.

En effet, faire le choix (inconscient évidemment) du symptôme consiste à vouloir jouir (terme plus juste que réaliser le désir) sans rien vouloir savoir sur le sens de cette jouissance. Et chercher à savoir le contenu de son désir consiste invariablement à rencontrer l'angoisse, ne serait-ce, a minima, que l'angoisse de séparation, car chercher à cerner son désir, donc penser, introduit ipso facto une séparation de l'autre. Le désir singulier de chacun n'est jamais superposable à celui du voisin ; vouloir assumer sa vérité implique obligatoirement d'être seul (incroyablement seul) avec son désir.

Lorsque ce mécanisme de la formation de symptôme touche au collectif, le problème de cette responsabilité prend des proportions importantes.

En effet lorsque la complicité entre les désirs déguisés du discours dominant (idéologie telle que celle véhiculée par la publicité consumériste, responsables économiques, politiques, spirituels, etc.) et les désirs déguisés de la population prend en masse, tout devient possible jusqu'aux pires horreurs. La déresponsabilisation et l'infantilisation de la grande masse sont renforcées et elle va se sentir totalement amendée de laisser libre cours à ses désirs les plus inavouables sous forme de symptômes.

Très proches de nous, nous avons par exemple vu en ex-Yougoslavie des snippers tuer des enfants, des femmes et des vieillards dans les rues pour la " bonne cause " de la purification ethnique. Il a suffi qu'un chef criminel promulgue le concept de purification ethnique et le prenne sur les épaules pour que des individus, pour beaucoup probablement des " braves types " avant la guerre, mettent à profit cette situation pour assouvir leur désir criminel sous prétexte de se battre pour la patrie (le symptôme est ici ce mensonge auquel croit le sujet ; sans cette duperie de lui-même, on ne parlerait pas de symptômes mais de perversion, autre duperie mais organisée différemment).

Ce mensonge (ne rien vouloir savoir du désir et de l'angoisse associée), à la fois fondateur de l'inconscient et parallèlement aliénant le sujet, que la psychanalyse tente de comprendre, semble de plus en plus actif dans notre monde où seul le commerce (des biens et des personnes) et la passion perverse pour l'argent semblent devenir l'unique référence pour le plus grand nombre.

Le déni de l'inconscient accélère la perte de substance humaine (de l'âme) en préparant un avenir (en construisant un présent ?) de l'humanité particulièrement inquiétant.

Déni pour s'éviter la blessure d'orgueil insupportable que si peu de notre vie nous maîtrisons.

Être capable de repérer son désir (ou de simplement reconnaître sa réalité) et de le gérer au mieux me paraît être déjà une immense gageure. Il est évident dans ce cas qu'au préalable, il faille admettre que nous ne sommes pas maîtres de notre désir, mais seulement le dépositaire et, au mieux, le gestionnaire. Admettre la réalité de l'inconscient n'est pas autre chose.

Que penser alors de la folie de la maîtrise des événements qui animent notre monde contemporain ! Plus on veut maîtriser, plus ça échappe. Les États-Unis, champion en la matière, sont la preuve expérimentale de l'échec de cette conception défensive de l'homme (qu'il aurait prise sur sa conduite). Ne citons qu'un exemple avec la tentative américaine de plus en plus délirante de contrôler la diététique de ses concitoyens. Plus les programmes contre l'obésité se multiplient, plus il y a d'obèses (essentiellement chez les pauvres). Or l'obésité, dans beaucoup de culture, est signe de prospérité. Jamais s'est-on demandé pourquoi ce sont les plus démunis qui sont préférentiellement obèses ? Que leur restent-ils d'autres pour exister que de s'identifier à cette représentation de la prospérité dans une société par ailleurs elle-même " obèse " (surabondance des biens de consommation) qui méprise l'individu au profit du collectif en le rendant totalement indigent d'un point de vue culturel, en le crétinisant pour qu'il soit une meilleure proie des publicitaires, donc ici des industries agro-alimentaires.

" Prenez-vous en charge, maîtrisez votre vie " disent ceux qui savent (les dirigeants de toute obédience), alléguant que la pléthore de choix dans notre société permettrait à chacun de mieux trouver sa place alors que le quadrillage idéologique et consumériste interdit de plus en plus au sujet d'exister sinon en se coulant dans les identifications collectives. Discours cruel pour ceux qui n'ont aucun moyen (économique mais surtout intellectuel) de choisir sinon d'être ballottés et pris en otage par le discours dominant.

Évidemment, malgré cette énorme forteresse défensive que constitue le discours contemporain, l'angoisse s'éprouve chez de plus en plus de personnes.

Au lieu de nier cette angoisse en l'étouffant, ne serait-il pas plus intelligent de " l'écouter " et d'en traduire le message pour un mieux-être à la fois individuel et collectif ?

Cette nécessité de mieux-être n'est même plus une question d'éthique ou d'humanisme mais bien d'intelligence car les effets de la méconnaissance de l'inconscient, outre d'induire individuellement des souffrances chez la personne, a des effets collectifs dévastateurs sur notre planète, donc sur le l'écosystème qui nous abrite et nous fait vivre.

Christian JEANCLAUDE,
auteur



  • La présentation de l'éditeur

Les ombres de l'angoisse

Après son livre Freud et la question de l'angoisse (De Boeck, 2003), dans lequel le rôle capital de cet affect comme motif essentiel des conduites humaines est mis à jour, l'auteur élargit dans Les ombres de l'angoisse l'exploration de cet affect en repérant cette fois-ci les effets de l'angoisse dans la fabrication de symptômes et les impasses vitales ainsi créées qui se traduisent par une peur d'être vivant.
Les ombres de l'angoisse sont pour l'essentiel les désirs camouflés (inconscients, donc dans l'ombre) qui s'expriment sous la forme de symptômes.

La fuite vers les ombres est une impasse quant au mouvement vital d'une personne : cette vaine tentative d'échapper au désir (s'organiser une vie immobile pour n'avoir rien à savoir de son désir) dans l'espoir de se soustraire à l'angoisse est un marché de dupe. Il s'agit en effet de s'interroger sur le prix exorbitant à payer pour ce leurre qui n'est ni plus ni moins qu'un renoncement à être. Renoncer à soi-même pour une illusion de tranquillité souvent au mépris de l'évidence (par exemple des symptômes très invalidants mais le plus souvent une aliénation qui, sans être spectaculaire, n'en est pas moins mortifère) ! Étrange conduite que de préférer être «mort» plutôt que vivant !

Cette peur inconsciente d'exister semble facilitée dans notre monde apeurant de compétition sévère où seul le commerce (y compris des per­sonnes !) et la passion perverse pour l'argent semblent être l'unique réfé­rence d'organisation de notre société. Où précisément la tendance spon­tanée de l'être humain à l'aliénation - la fuite devant l'angoisse, donc la névrose, est la pente «naturelle» de l'homme - est exploitée au profit de cette machine insensée à fabriquer du vide qu'est le cycle production-consommation.

Des formes d'angoisse de plus en plus paralysantes s'éprouvent dans notre monde technologique.
Au lieu de nier cette angoisse, ne serait-il pas plus intelligent de l'entendre et d'en traduire le message ?

Ce livre intéressera les psychanalystes, psychiatres, psychologues et psychothérapeutes, ainsi que tout professionnel de la relation. Écrit dans un style efficace et d'une lecture aisée, ce livre s'adresse également à un public plus large, qui se sent concerné par les débats de société.

Christian Jeanclaude

Analyste, auteur du livre de référence Freud et la question de l'angoisse et de plusieurs articles d'importance, il se distingue par sa formation antérieure d'orientation biologique (écologie à l'Enesad de Dijon, biologie du comportement et primatologie à l'Université de Strasbourg, éthologie humaine à l'Université Laval de Québec) qui imprègne ses écrits et son approche de la psychanalyse.

LA COLLECTION DE L'OXALIS

Sous la direction de Philippe van Meerbeeck et Alex Lefèbvre, elle offre aux praticiens, chercheurs et scientifiques venant d'horizons différents un lieu d'expression ouvert au débat contemporain.





  • Les premières lignes

Extrait de l'avant-propos :

Dans mon essai Freud et la question de l'angoisse1, je tente de démontrer que toutes les structures psychiques (aussi bien pathologiques que normales) s'organisent autour de l'angoisse inconsciente. Cette notion, très rarement abordée dans la littérature analytique, est, à l'instar de la découverte freudienne de l'inconscient, difficile à comprendre et à admettre. Comment, en effet, concevoir une angoisse qui ne s'éprouverait pas ?

En fait, quand elle ne s'éprouve pas - l'angoisse -, elle s'exprime sans arrêt en étant le motif du refoulement, refoulé qui rejaillit alors sous forme de symptômes névrotiques et/ou psychotiques, de perturbations psychosomatiques, d'organisation de la personnalité, de sublimations.

Il s'agira donc, à partir de ces développements, de démontrer en quoi les symptômes, réalisations des désirs inconscients par des voies substitutives, consistent en une fuite devant l'angoisse inconsciente, donc devant le désir responsable de l'angoisse, et empêchent du même coup tout processus évolutif du sujet.

Une fois cette démonstration faite, je tenterai d'appliquer cette réalité psychique à l'éclaircissement de différents thèmes tels l'angoisse existentielle et le narcissisme ainsi qu'à une tentative de compréhension du «collectif», donc du social.

C'est que le modèle psychanalytique de la formation de symptôme comme fuite devant le désir inconscient, fuite induite par l'angoisse inconsciente, me paraissait particulièrement éclairant pour tenter de mieux comprendre les aspects inquiétants de notre monde moderne quant à sa conduite de plus en plus irresponsable et incontrôlée. (Monde parce que la mondialisation, en transformant notre planète en un gros village, ne permet plus de parler uniquement de notre société occidentale : l'essentiel des pays, même pauvres, sont embarqués dans le même bateau, qu'ils le veuillent ou non.)


Copyright : Studio 108 2004-2019 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli