Auteur : Alain de Botton
Traducteur : Jean-Pierre Aoustin
Date de saisie : 26/08/2006
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bibliothèque étrangère
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-7152-2502-2
GENCOD : 9782715225022
Fût-ce dans le Café des Sports le plus reculé du pays, on trouve aujourd'hui peu de quidams pour se risquer aux pittoresques outrances verbales du magnat américain Andrew Carnegie, qui voyait grosso modo en tout chômeur un fainéant alcoolique et une «source d'infection morale pour un quartier». La période n'est pas au darwinisme social décomplexé, du moins pas en France. On se gardera pour autant d'en conclure à un regard social plus favorable sur la pauvreté et ses vaisseaux fantômes errants dans le métro... Aujourd'hui, les sigles glacés de l'administration se sont imposés pour pointer le «maillon faible» : SDF ou RMiste. Devenues débitrices des exclus par le système des allocations, les sociétés marchandes occidentales n'en demeurent pas moins incapables d'offrir la moindre perspective consolante au vécu de la misère.
Aujourd'hui que «le succès terrestre est le total de ce qu'on sera jamais», constate le jeune philosophe anglais Alain de Botton, il y a même dans l'échec financier et l'état de chômeur comme «l'équivalent de la honte d'une lâcheté physique aux époques guerrières». Remarquable par sa limpidité, son nouveau livre, «Du statut social», aborde avec mélancolie et ironie swiftienne la question de la reconnaissance sociale, depuis la Grèce de Périclès jusqu'aux inénarrables self-made-men de l'ère Reagan. 400 pages donc, pour s'étonner avec Tocqueville ou Schopenhauer que plusieurs siècles de prospérité occidentale croissante se soient traduits par une notable «augmentation du niveau d'anxiété liée au statut social chez les citoyens ordinaires»...
... le très Britannique Alain de Botton... ce jeune homme (né à Zurich en 1969) a hérité une perception très particulière de nos comédies sociales ou affectives qu'il décrypte tantôt au téléobjectif, tantôt en se plaçant sur une haute orbite métaphysique... Avec ce «Du statut social» il combine délicieusement la logistique lourde de la sociologie et les grâces de la littérature, le concept et l'allusion, le labourage et le menuet. Tout le charme du milord tient, précisément, à la maîtrise de cet improbable dosage. Et au jus subtil qu'il en extrait... Au départ, une question : pourquoi les humains ont-ils davantage besoin de l'estime d'autrui que de leur propre considération ?... Pour Botton, expert en déconvenues et chagrins, la réponse est évidente : nous avons besoin d'être considérés afin d'oublier le néant d'où nous venons et où nous allons... Mais cette réponse importe moins que sa conséquence : puisque l'humain carbure à la panique (devant sa propre finitude), c'est la vanité, donc le regard des autres, qui va déclencher en lui ces petits ou grands délires dont l'ensemble compose un «statut social». On devine alors que l'envie, la jalousie, les signes extérieurs de bienséance, l'argent, les relations, les décorations, le dédain, l'obséquiosité (etc.) relèveront de sa démonstration... Tout cela a l'air simple, ou pas très neuf, mais c'est ici redit avec finesse, digressions, doigté. Il en ressort une vision du monde dans laquelle la vie est un processus limité où une nouvelle angoisse, inlassablement, chasse l'autre. Et c'est l'obsession de l'amour que l'on reçoit (ou pas) qui fait la loi de ce manège. Regardez autour de vous : n'est-ce pas pertinent ?...
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