Auteur : Eric Holder
Date de saisie : 15/01/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Dilettante, Paris, France
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 978-2-84263-097-3
GENCOD : 9782842630973
Partir, dit-on, c'est mourir un peu. À suivre Éric Holder dans les méandres de ses sentiers délicats, on aurait l'impression de revivre. Bien plus que la destination, c'est le voyage qui compte. Un voyage à l'intérieur de huit nouvelles et par tous moyens : à pied, en chemin de fer, à moto, en voiture, etc. Mais qu'importe, pourvu qu'on ait l'ivresse. Celle du jeune narrateur qui par son échappée belle parachèvera son éducation. Celle de cet écumeur de rivières qui a pour maison le monde sur un coup de volant. Le motard n'est pas en reste : pesanteur abolie au profit de la force centripète, halte impromptue, plaidoyer pro moto. Se souvenir d'une Alfa Romeo rouge, et Anne Deux apparaît sur le siège conducteur. Dans le train, la conversation oiseuse d'un couple anglais se révèle être le déclencheur d'un cocorico d'anthologie. Et parfois suffit au bonheur de marcher dans la campagne tout en écoutant le pèlerin, frère Jean. Ne reste plus qu'à s'accommoder du jet lag où le songe peut l'emporter sur la réalité, à moins que ce ne soit le contraire.
Vingt ans après Nouvelles du Nord, premier livre d'Éric Holder et des éditions Le Dilettante, voici huit nouvelles qui défilent à l'allure d'un phrasé délicat. Holder écrit comme il entend vivre : sur la roue arrière.
... Dans le recueil de textes qui paraît aujourd'hui, le romancier semble réconcilié avec lui-même. Il revient au récit où l'autobiographie affleure. Et nous livre ce qu'il sait faire de mieux : raconter, en quelques pages, des fragments de sa propre vie. Une vie éprise de légèreté et de liberté. La fugue, la fuite, la mise au rancart des liens inutiles, la recherche de la vérité, même si elle est douloureuse, étant ses thèmes préférés.
Huit récits ponctuent une trentaine d'années, de la fin de l'adolescence à l'orée de la quarantaine, cet âge où l'homme commence à regretter le temps qu'il a perdu avec ses chimères et ses illusions. Des petites histoires bâties à partir de souvenirs en bataille, écrites à l'économie, sans autre effet de style que la rapidité, l'allusion, l'esquisse... Ne demandez pas à Eric Holder des analyses ou des explications. Il note, il montre. Il dit simplement. Et ne souhaite, au fond, que ranimer avec élégance les moments intenses d'une vie, sachant toujours trouver les «sentiers délicats» qui mènent au coeur du lecteur.
... Vingt ans après «Nouvelles du Nord», qui fut non seulement son premier ouvrage mais aussi le titre inaugural du Dilettante, Eric Holder signe, avec «les Sentiers délicats», bouquet de récits autobiographiques, un merveilleux éloge de la fuite. Ça commence à Ramatuelle, au début des années 1970, où un doux rêveur qui construit son bateau dans la colline initie le garçon à Cendrars, Miller et Kerouac. Ça se prolonge dans un pensionnat de Saint-Raphaël où, en déshabillant devant ses condisciples une fille imaginaire, il découvre, très tôt, sa vocation d'écrivain. Et ça se poursuit sur les routes : à 15 ans, il s'échappe de l'internat et décide de partir pour l'Afghanistan. «Les Fleurs du mal» en poche, il remonte vers Paris en prêtant ses jeunes bras de journalier aux vendangeurs. Mais il ne va pas jusqu'à Kaboul. Qu'importe, eût dit Gide, c'est le désir qui compte, pas la destination... Quels que soient les chemins vicinaux, les routes forestières, les bords de mer qu'il emprunte dans ce livre en mouvement perpétuel, à chaque page souffle le vent de la liberté... C'est un écrivain sans bagages qui rend le lecteur plus léger, plus humain, et reconnaissant.
Depuis toujours, ou presque, qu'il écrit - à 15 ans, il bouclait son premier roman ! -, Eric Holder fait de l'escapade un genre littéraire. Il va, à pied, à vélo, à moto, traverse la vie doucement, embraye, s'échappe à vive allure, s'arrête, regarde, respire, écrit. Il unit dans une même prose, délicate, gens et lieux, donne aux événements de rien un souffle universel, à la fugacité un air d'éternité. Il parle de murets de pierres, de vallons embrumés sur les bords de Marne, tombe en pâmoison devant une limace orange éprise de lenteur ou se fige dans le regard d'une fille en déroute.
Holder, l'écrivain, est un musicien des mots. Poète des grands chemins, il a en lui l'art de la fugue... En équilibre sur l'infime, Eric Holder sait parler des photos de sa maîtresse qu'il n'a jamais prises, imaginer les à-côtés et leur trouver les mots de la sincérité. Il donne de la poésie (de l'espoir ?) aux choses et aux gens qui n'en ont plus. Il lui suffit d'aller, à pied, à vélo, à moto, de traverser le monde doucement, d'embrayer, de s'échapper à vive allure, de s'arrêter, de regarder, de respirer. D'écrire.
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