Auteur : Nicole Avril
Date de saisie : 21/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Plon, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-259-19956-8
GENCOD : 9782259199568
"Je signe mes livres Kate Alison. J'ai porté d'autres noms. J'ai même affiché une autre apparence. Il y a vingt ans, un accident de voiture a tué l'homme que j'aimais. Nous formions un de ces couples mythiques : le metteur en scène et la comédienne. L'accident a détruit en partie mon visage et mes souvenirs. Sans doute me suis-je réfugiée dans l'amnésie pour fuir la vérité. Le glacis de la mémoire autorise parfois ce genre de seconde vie. Je suis de retour en France car c'est sur moi-même que doit porter aujourd'hui mon enquête. Je est une autre..." La passion qui se met en scène est tranchante et rouge comme une mise à mort. Il y a de la volupté jusque dans le désir de comprendre, et Nicole Avril approfondit ici des thèmes qui lui sont chers, l'identité - ses visages et ses variations - et la mémoire.
En fond sonore, le «Stabat Mater» de Pergolèse. Le nouveau roman de Nicole Avril, «Dernière Mise en scène», est un polar doublé d'un drame, qui nous entraîne vers les espaces énigmatiques de l'amnésie, où la fatalité a pris rendez-vous avec le malheur. Ces thèmes (jeu de dédoublement, recherche d'identité, quête de mémoire) sont, on le sait, chers à l'auteur. L'action se déroule, cette fois encore, dans le milieu du cinéma et dans celui de l'édition, deux univers que Nicole Avril, ancienne comédienne métamorphosée en «romancière de l'angoisse» (écrivit Jean-François Josselin), connaît bien. Avec, pour inspiration, ces grands couples du cinéma qui ne s'aimaient qu'en se déchirant, et construisaient leur légende en sacrifiant leur relation : Orson Welles-Rita Hayworth, Brigitte Bardot-Roger Vadim, Jean-Luc Godard-Anna Karina.
Au centre de ce roman à suspense, une femme sans visage, ou dont le visage, du moins, ne ressemble en rien à celui d'autrefois, quand Kate s'appelait encore Catherine Alexis... Qui est au juste Kate Alison, traits remodelés par la chirurgie réparatrice, lèvres gonflées en «mufle agressif» ? L'ancienne Catherine était-elle une criminelle ? Kate mène l'enquête, et «ça ferait un sacré film», comme le dit l'un des protagonistes du roman. Qu'on se le dise.
Elle était la Bardot de ce Vadim, la Dietrich de ce Sternberg, l'Anna Karina de ce Godard... Il était le cinéaste, elle était l'égérie.... Vingt ans après, l'actrice raconte pour se souvenir : que s'est-il passé, un soir d'après tournage, pour que la voiture qu'elle conduisait, avec lui sur le siège du mort, finisse dans le décor ? Pour qu'il meure et qu'elle soit défigurée ? Qu'elle refasse sa vie sous l'identité d'un auteur de best-sellers américain... Visages en lambeaux, bal masqué des identités, on aura reconnu les obsessions de Nicole Avril... Comme si Nicole Avril ne cessait, devant son miroir, de se réciter les vers de Pessoa qu'elle cite en épigraphe - «Qui est moi ?» - et qu'elle n'avait trouvé comme réponse que le besoin de se la poser par l'écriture. Cercle vicieux ? Non, cercle vertueux, puisqu'il produit de si jolis romans.
La fascination pour le flou des identités, les transformations physiques, le travestissement, est une constante chez Nicole Avril, qui publie, avec Dernière mise en scène, son dix-neuvième livre. Elle a su jouer de ces "variations sur le corps" de multiples manières... Le très singulier personnage de femme de Dernière mise en scène devrait séduire, outre les lectrices amoureuses d'histoires très romanesques, celles, qui, comme Nicole Avril, s'intéressent à tous les jeux des apparences et de la vérité d'une vie, aux aventures de la reconstruction de soi - physique et mentale -, aux frontières troubles entre fiction et réalité... Nicole Avril, au mieux de sa forme dans les méandres de cette double vie...
Elle le fascine ; il la façonne. Marlene Dietrich et Sternberg, Bardot et Vadim, Godard et Anna Karina, Rita Hayworth et Orson Welles, l'histoire du cinéma ne se lasse pas de ces Pygmalion et Galatée de la pellicule qui s'aiment, se déchirent et presque toujours se quittent. Sur le boulevard du crépuscule, c'est au tour de Catherine Alexis, l'actrice malléable, et de Philippe Arthur-Borel, le génie destructeur, de faire aujourd'hui quelques pas dans la lumière. Dernière Mise en scène est leur danse de mort, fiévreuse et superbe, sur fond d'amnésie, d'identité double et de Pergolèse, dont un air à deux voix du Stabat Mater accompagne le roman de Nicole Avril... Quoi de plus difficile, pour un romancier, que de créer une héroïne ? En voici une véritable, Catherine-Kate, battante et désemparée, inflexible et douce, amazone conquérante mais victime d'elle-même. Dernière Mise en scène est sa résurrection,... Rarement l'expression «regard d'un cinéaste» aura eu plus de sens qu'au cours de l'épilogue de cet excellent suspense amoureux...
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