Auteur : Charles Dantzig
Date de saisie : 15/01/2009
Genre : Littérature, essais
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 24.90 € / 163.33 F
ISBN : 978-2-246-74371-2
GENCOD : 9782246743712
Sorti le : 07/01/2009
Liste des plus belles routes du monde - Liste de Venise - Liste des choses douces - Liste des avantages et des désavantages de l'amour - Liste du sexy - Liste branlante du bonheur - Liste des femmes comme on en voudrait dans sa famille - Liste des mères - Liste des fessées perdues - Liste de l'horrible toc - Liste des convives qui ont le plus de succès dans les dîners - Liste de ce qu'on n'a jamais vu - Liste de la gloire et de la célébrité - Liste des acteurs - Liste des chansons de variétés tragiques - Liste d'écrivains que d'autres écrivains n'aiment pas - Liste des avions - Liste des prénoms - Liste des meilleurs «mots» que je connaisse - Liste de ce que je ne savais pas...
Voici, par l'auteur du Dictionnaire égoïste de la littérature française, un tour du monde et de la vie en huit cents pages de listes. Rangées par thèmes (les lieux, les peuples, les gens, les corps et le sexe, les arts, les mots, l'histoire...), elles nous permettent de retrouver son érudition, son esprit, son humour, et même des confidences. On rit, on est caressé ou griffé, on l'écoute avec passion parler de littérature, d'art, de géographie, de futilités et de choses graves, de mode et de mort, de télévision et de Grèce ancienne... Un livre sans équivalent.
Outre le Dictionnaire égoïste de la littérature française (2005, prix Décembre, grand prix des Lectrices de Elle, prix de l'Essai de l'Académie française), Charles Dantzig est l'auteur de plusieurs romans, dont Je m'appelle François (2007).
C'est un savant feu d'artifice, nourri de développements érudits, coloré de formules qui pétillent. On s'y sent bien. De loin, le maître d'oeuvre peut paraître un styliste un peu clinquant, vaguement superficiel; de près, on se laisse porter pour, soudain, céder devant le sentiment d'une vérité lumineuse. Il est question de Proust, qui «écrit comme un insecte très précautionneux», et de «ce qui pourrait déplaire dans Fitzgerald : son genre Ralph Lauren»; mais aussi du génie d'Orson Welles, du «premier vouvoiement de la Rome antique dans une lettre de «Pline Second»», de la discographie de The Divine Comedy, et de «l'amertume» dont «s'arrosent» Cioran, Debord et George Steiner (ses seules vraies têtes de Turc). On est d'accord ou pas, qu'importe : lui-même se contredit parfois.
Voici la suite du remarqué «Dictionnaire égoïste de la littérature française» de Charles Dantzig, sauf que ce recueil de listes parle de tout, de tous et de rien. Plus qu'un exploit, un bonheur...
Ne soyons pas dupes, cependant. Ces listes ne sont pas là que pour briller. Elles forment un autoportrait. Un homme apparaît entre (ou sur) les lignes, secret, mais qui finit par en dire beaucoup sur lui...
Oui, pour la route : ce livre est comme une conversation, dans un avion ou un train, en première classe, avec un des hommes les plus cultivés et les plus piquants d'aujourd'hui. Notre Chamfort ? Mais c'est aussi Fargue, Cocteau, Larbaud, Morand. C'est Dantzig. On ne sent pas le temps passer. À la fin du voyage, on voudrait repartir dans l'autre sens, pour en entendre encore plus.
Romancier, essayiste, éditeur, ce docteur en droit de 47 ans manie l'injustice avec jubilation. Il prend un malin plaisir à se mettre à dos la moitié de ses contemporains - à commencer par les critiques littéraires, ces incultes, ces moins que rien... Mais n'est-ce pas aussi une manière de séduire, les Français adorant la flagellation bien tournée ?...
Charles Dantzig nous propose plus de deux cents listes : les plus belles routes du monde, les aéroports charmants, les lieux de perdition, les petits pans de mur moches, une liste des Français, une liste des Anglais, une liste des cons, une liste des raisons d'ériger une statue à l'inventeur des piscines... Tantôt, c'est un simple inventaire, tantôt, des développements sur plusieurs pages...
Tout cela donne bel et bien une oeuvre littéraire. Au fil des pages, on s'insurge, on s'indigne, on sourit, on applaudit.
On pouvait craindre la fausse bonne idée, le casse-gueule assuré. Mais c'est merveille de voir ce Tristram Shandy du xxie siècle, débordant de verve et d'opinions tranchées, sortir sans relâche de sa manche d'éblouissantes colombes, et des kilomètres de pense-bêtes artistement noués les uns aux autres...
Pipelette comme un Français, snob comme un anglomane, cosmopolite comme un jet-setter, Dantzig retrouve ici son génie de la pointe, son art de l'entrechat et du triple salto qui faisaient la saveur de son Dictionnaire égoïste de la littérature française, publié il y a trois ans...
Pas de faux style Louis XV, mais une désinvolture de bon aloi, des brusqueries charmantes, et même des confidences. Car c'est bien sûr son autobiographie en pointillé que nous livre Dantzig, sous la forme de ce questionnaire de Proust à rallonge...
C'est la bonne nouvelle de ce début d'année : Bernard Frank et Françoise Sagan ont eu un fils caché, et il se nomme Charles Dantzig.
Trois ans après le «Dictionnaire égoïste de la littérature française», il revient avec l'«Encyclopédie capricieuse du tout et du rien». La sensation de la nouvelle année : un livre délicieux, mordant et doux...
Autoportrait déguisé, regard sur l'époque aussi subjectif qu'universel, son «Encyclopédie» (...) est la fourrure spirituelle idéale pour se tenir chaud à l'âme jusqu'au printemps. Cet hiver, portez du Dantzig.
LISTE D'ÉLIEN, DE LI YI-CHAN ET DE SEI SHÔNAGON, MES DÉDICATAIRES
La liste est la forme d'écrit la plus naturelle à l'homme : enfant, il envoie une liste au Père Noël; adulte, il fait des listes de courses, de comptes, de maîtresses ou d'amants. Tout le monde dresse des listes. On peut les en juger banales. Ou bien la forme la plus rudimentaire de littérature. Et le rudiment, comme l'ont montré les peintres, il suffît de le raffiner. De Lascaux faisons Picasso.
Je ne parle pas des listes de statistiques. Dans un New Yorker d'avril 2008, je lisais que 4,2 millions de trajets d'ascenseur sont effectués chaque jour dans New York. Cela ne me dit pas grand-chose de plus que : à New York, on utilise beaucoup les ascenseurs. La statistique ne prouve rien. C'est pour cela que les romans existent. Les romans sont la révélation d'une tendance au moyen d'un cas unique. Les statisticiens en sanglotent (taux de salinité d'une larme : 1 %o). Comprendre ? Oh ! sans doute on ne comprend jamais rien. Seuls les fous croient avoir compris.
D'où les listes, ces effleurements orientés. Une liste intelligente est une catégorie. On peut reprendre les catégories des autres, pour se rassurer, mais le monde n'est pas si domestiqué. Il me semble plus intéressant de créer ses propres listes en fonction de sa sensibilité. C'est ainsi que les listes peuvent devenir une forme de littérature.
Une liste me paraît intéressante dans la mesure où elle est incomplète et ne donne pas de raisons. Le lecteur remplit et conclut lui-même, si besoin. Plus le temps passe, plus je m'éloigne du conclure. Conclure, c'est trancher. Et qui va repasser où est tombée une hache ? Dans le vague, dans un courant d'air, dans un tremblement de soleil, on peut capter une poussière rêveuse qui nous mènera où nous n'aurions jamais pensé aller. Une liste serait-elle une boîte à papillons vivants ?
Une autre qualité des listes est qu'elles sont pleines de trous (si l'on peut dire). Mieux, elles sont faites de trous. Chacun les comble. Le lecteur de listes est le plus écrivain de tous les lecteurs. La majorité de la littérature antique nous est parvenue trouée, et elle est passionnante pour cela aussi. Que le premier roman occidental, du r siècle de notre ère, le Satiricon, soit percé de trous et néanmoins très compréhensible (et l'un des premiers romans d'adulte que j'ai lu), m'a sans doute marqué au point de vouloir écrire un de mes romans comme s'il avait été retrouvé dans cent ans et incomplet. J'y pense, il comprend des listes : «C'était l'année où...» En quelques mots, j'essayais de définir l'esprit de différentes périodes. Il y avait aussi une liste dans mon premier livre de poèmes. Au fond, j'en ai toujours écrit, comme tout le monde. La liste serait-elle le livre de tout le monde ?
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