Passion du livre - tout sur le livre : Petite, allume un feu

. Petite, allume un feu

Couverture du livre Petite, allume un feu

Auteur : Martin Smaus

Traducteur : Christine Laferrière

Date de saisie : 21/12/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. des Syrtes, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-84545-145-2

GENCOD : 9782845451452

Sorti le : 19/02/2009

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  • La présentation de l'éditeur

Au dire de l'auteur, cette histoire puise sa source dans son émerveillement face au monde des Tziganes et sa fascination pour des gens qui n'ont pas encore oublié qu'eux aussi ont jadis été enfants, et qui arrivent encore à chercher et à rêver. Mais elle devient universelle face aux êtres marginaux qu'elle dépeint, tant elle saisit la profondeur de leur âme. L'histoire tragique d'Andrejko, arraché à son hameau et plongé dans le monde des voleurs à Prague, se double, en filigrane, de celle de son peuple. Les Dunka vivent au gré des changements politiques - ils fuient les nazis puis les Russes, sont déplacés de force et paient un lourd tribut à l'Histoire dans leur propre chair. Devenu voleur hors pair, Andrejko connaît l'injustice et la haine des gadjé, parfois aussi celle des siens, passe de Prague à Plzefi, de la maison de correction à la prison, lorsqu'il ne se réfugie pas dans sa campagne natale avec sa jolie cousine. Il tente de s'adapter à la société, sinon de retrouver ses racines, de placer certaines valeurs morales au-dessus de l'argent, mais il finit seul et le lecteur est aussi libre que lui d'imaginer la suite...
Petite, allume un feu... est un éloge du sentiment de liberté, une célébration de la quête, à travers l'expérience de la découverte tout comme de la perte. C'est aussi un hymne d'amour au romani chib, langue chargée d'émotion et de violence, émaillée de tout l'imaginaire des croyances populaires. Le destin d'Andrejko porte en lui le sublime et le tragique, dans une prose qui ne saurait laisser indifférent, tant par son réalisme que par sa poésie profonde.

Martin Šmaus est né à Jihlava, au sud-est de Prague, en 1965. Après des études d'électrotechnique il s'installe à Odry na Novojičinsku, où il vit avec son épouse et leurs deux enfants. Il travaille actuellement comme technicien hospitalier. Petite, allume un feu... est son premier roman, récompensé dès sa sortie en 2005 par le prix du Club du livre ; il sera ensuite lauréat du prix Magnesia Litera, dans la catégorie «Découverte de l'année».
En choisissant pour héros un Tzigane et sa famille, Martin Šmaus ose aborder, dans un style qui lui est propre, une réalité sociale qui dérange et nous offre ainsi un roman unique en son genre dans la littérature contemporaine.





  • Les premières lignes

La mère d'Andrejko, la belle Maria, était fiancée à Dezider Dunka, du hameau tzigane de Vyšná Poljana. Lors de la noce, selon le rituel, le vieux Laco Dunka leur noua un foulard autour des poignets et versa de l'eau-de-vie au creux de leurs mains, afin qu'ils s'offrent mutuellement à boire et scellent ainsi leur promesse de fidélité. Mais, au cours de la nuit de noces, il apparut que Maria avait déjà conçu et qu'en elle grandissait une nouvelle vie.
Son mari, en homme juste qui ne voulait pas exposer sa famille au ridicule et à la honte, décida de tuer sa femme, puis de se tuer lui-même. Il se leva et alla se donner du courage à la taverne de Poljana, mais on refusa de le servir tant qu'il n'aurait pas réglé ce qu'il devait, soi-disant, son ardoise était déjà trop longue. Dežo en oublia la douleur qui l'avait mené jusque-là et son sang ne fit qu'un tour. On ne donne même pas un dernier verre, maudits gadjé, maudites putains, pas plus tard qu'hier on me servait à boire et voilà qu'il n'y a plus rien pour un Tzigane, s'écria-t-il ; l'instant d'après, il revint en compagnie de ses frères, Imro et Gejza, tous trois se précipitèrent dans la taverne et brisèrent tout ce qui leur tombait sous la main, ils fracassèrent même les fenêtres et le pauvre tavernier put s'estimer heureux de réussir à s'enfuir par-derrière.
Mais les villageois non plus ne comptaient pas vendre leur fonds à si bas prix et ils réussirent finalement à chasser les Dunka. Pauvre Dežo ! Quand ses frères le ramenèrent chez lui, au hameau, il vomissait, crachait le sang, et sa tête ensanglantée retombait, inerte, sur le côté. Et de ses yeux noircis par les flammes, la suie et le sang séché, il aperçut sur le sentier, à quelques pas derrière, une vieille coiffée d'un voile, dont les os s'entrechoquaient et qui avançait péniblement en s'appuyant sur une faux rouillée et bien coupante... et, pris d'une telle terreur, Dežo s'évanouit.
Seuls quelques habitants du hameau croyaient qu'il s'en remettrait, mais Mária pansa soigneusement les plaies de son mari et veilla toute la nuit à son chevet, à le rassurer lorsqu'il criait dans son sommeil, tout en changeant les compresses d'eau froide sur son front brûlant. Mária, prête à accomplir son dernier voyage, avait revêtu sa robe blanche de mariée et, lorsqu'il revint à lui le lendemain, Dežo vit en elle un ange. Soudain, il n'eut plus la force de sortir son couteau et regretta toute cette affaire. Il se leva, non sans mal, puis resta longtemps agenouillé près du mur, s'y frottant la tête au point d'en effriter l'argile, il vomit et s'épancha contre ce monde maudit. Pour finir, il éclata en sanglots et, le soir suivant, accueillit de nouveau sa femme auprès de lui.
Mais ils vécurent séparément jusqu'à ce que Maria mette son fils au monde. Ils lui donnèrent pour nom Andrejko.


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