Auteur : Leïla Sebbar
Date de saisie : 03/07/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. Elyzad, Tunis, Tunisie
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-9973-58-015-3
GENCOD : 9789973580153
Sorti le : 22/01/2009
Un vieil homme, ouvrier chez Renault, revient vivre à Alger après trente ans passés dans l'usine-forteresse de Boulogne-Billancourt, l'île Seguin. Il vit seul, dans une petite maison aux volets verts, face à la mer. Il a eu sept filles et un fils dont il est sans nouvelles depuis longtemps et à qui il n'a jamais réussi à parler. Avec la complicité de la jeune Aima, écrivain public à la Grande Poste, il lui écrit, il tente de lui écrire.
Un roman sur les silences de l'histoire, du roman familial dans l'exil, le silence qui sépare un père de son fils.
Leila Sebbar est née en Algérie d'un père algérien et d'une mère française. Elle vit à Paris. Elle a publié des essais, des romans, des nouvelles et a dirigé des recueils collectifs. Ses derniers titres parus : Les femmes au bain, L'arabe comme un chant secret, Voyages en Algéries autour de ma chambre, abécédaire (texte et images), Bleu autour. L'habit vert, Le ravin de la femme sauvage, Thierry Magnier. Le peintre et son modèle, M Manar-Alain Gorius. Ma mère, des écrivains du Maghreb racontent leur mère (collectif dirigé par Leïla Sebbar), Chèvre-feuille étoilée.
Leïla Sebbar nous propose un roman d'une considérable ampleur historique et humaine. Tout en silences et suggestions. Seulement commandé par une impressionnante retenue de la parole. Non pas recherche d'une ascèse esthétique, mais prise en compte au plus juste du retrait imposé à ceux dont il est ici question. L'écrivaine franco-algérienne compose en l'espèce un texte qui porte loin, interrogeant la mémoire de part et d'autre de la Méditerranée et amorçant sur le présent une réflexion assurément dérangeante. Disons-le tout net : Mon cher fils s'inscrit, avec le récent C'était notre terre, de Mathieu Bélézi, parmi les fictions qui s'élèvent au-dessus d'une littérature à tendance documentaire, non exempte de visées édifiantes.
Qu'ils soient algériens, tunisiens ou marocains, en arabe dialectal, on a coutume de les nommer les chibanis, les "cheveux blancs". Travailleurs immigrés, ils ont quitté leur pays lors des "trente glorieuses", quand la France avait besoin de bras...
De lui, Leïla Sebbar ne nous donnera ni le nom ni le prénom. Il est simplement le vieil homme que chaque jour Alma, jeune écrivain public (double de la romancière), retrouve près de la Grande Poste d'Alger. Sous sa dictée, elle recueille les mots simples, pudiques, qu'il n'a jamais pu dire à Tahar, son fils "unique", "préféré"...
En contrepoint de ce dialogue impossible avec un fils devenu un étranger, un autre se noue entre le vieil homme et la jeune scribe, mémorialiste. Un dialogue nourri de contes, de poèmes et de chants, mais aussi de destins heurtés, brisés, tronqués, dans lequel se dessine une histoire complexe, parcourue de silences et de non-dits. Celle de ces hommes aux cheveux blancs exilés dans leur pays et leur famille.
Le vieil homme est assis, face à la mer.
Elle habite loin de la poste. On l'appelle toujours la Grande Poste. Grande oui, et sombre, la lumière de la mer est comme interdite, trop de bleu, trop d'éclat pour un lieu où tout circule dans l'ombre, les mots, l'argent, les objets, les larmes et les rires... ça ressemble à une gare, licite, illicite, les pauvres et les riches. Que sait-on de chacun ? Qui voudrait savoir ? Des vies minuscules, on cache le mauvais on exagère malheur et bonheur. Qui parle vrai de soi, sinon peut-être ce vieil homme.
S'il ne pleut pas, elle va à pied. Attendre le bus, elle sera en retard et la bombe à la station il n'y a pas si longtemps, les attentats on sait qu'ils n'ont pas cessé, moins nombreux mais au hasard des civils, des civils pourquoi, chacun se dit non pas «ce ne sera pas moi cette fois-ci», mais «Dieu l'a voulu ainsi» si un éclat le blesse et le mutile, s'il meurt c'est la famille, les voisins, les amis «Dieu l'a voulu», Dieu a voulu le jour et l'heure de la mort, a-t-il voulu cette mort-là ? Et celui qui meurt ainsi, celle qui meurt ainsi de quoi sont-ils coupables ? Qui le sait ? Pas même les proches. On se rappelle ces années de fer, à peine quelques années de cela et on fait comme si la barbarie criminelle s'était exercée ailleurs, dans un autre pays, loin, très loin, un pays inconnu, disparu depuis ou qui n'a jamais figuré sur la carte du monde.
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