Passion du livre - tout sur le livre : Passeurs d'humanité

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Passeurs d'humanité

Couverture du livre Passeurs d'humanité

Auteur : Loïc Andrien

Préface : Jean-François Gomez

Date de saisie : 29/11/2008

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Erès, Ramonville-Saint-Agne, Haute-Garonne

Collection : L'éducation spécialisée au quotidien

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-7492-0989-0

GENCOD : 9782749209890

Sorti le : 13/11/2008

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Préface de Jean-François Gomez

Cet ouvrage a été constitué à l'initiative d'un éducateur aux prises avec une crise culturelle, une crise de l'autorité : comme l'artisan qui se forme au côté d'un maître, le compagnon qui explore les régions pour en tirer un savoir-faire d'exception, il a sollicité des personnes qui sont devenues des figures d'autorité dans le champ social pour qu'elles évoquent très librement leurs souvenirs, leurs expériences, certains de ces moments qui les ont faites ce qu'elles sont.

L'ouvrage n'est pas seulement un hommage rendu à quelques hommes et femmes, il est ancré dans un questionnement actuel. Quelle place pour la parole de nos prédécesseurs ? Quelle place pour notre parole ? Quelle parole pour demain ? Dans un contexte social aux prises avec une modernité individualiste, pouvons-nous cheminer vers un langage commun, vers un souci de partage et de transmission, remettant au centre de nos préoccupations le collectif et l'éducation - dans son sens premier visant à conduire hors de ? Et de ces pratiques passées, et plus récentes, de nos expériences communes, pouvons-nous tirer quelque enseignement et retisser de ce lien qui nous unit ? Une utopie était à la source de cet ouvrage, peut-être ira-t-elle jusqu'à faire parler, faire discuter, échanger...

Loïc Andrien est éducateur spécialisé (La Coordination adolescente Alsace-Nord), fondateur et rédacteur en chef de la revue électronique ZEO (zone entièrement ouverte), membre du comité de rédaction de la revue Cultures & Sociétés, Sciences de l'homme.

LOIC ANDRIEN (ed)

Co-Auteurs : PHILIPPE GABERAN - THIERRY GOGUEL D'ALLONDANS - JEAN-FRANCOIS GOMEZ - CHARLOTTE HERFRAY - JOCELYN LACHANCE - MARTINE LANI-BAYLE - JACQUES LOUBET - BERNARD MONTACLAIR - DIDIER MOULINIER - ANDRE PRODHOMME - JOSEPH ROUZEL - DANIEL TERRAL - JEAN-MARIE VAUCHEZ -





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction de Loïc Andrien :

Quelques gouttes d'encre dans une histoire

«L'histoire universelle est celle d'un seul homme.»
Jorge Luis Borges

C'était un des ces soirs calmes, le vent léger soulevait des par­fums de fleurs et de sapins. Humant ces fragrances, je m'asseyais sur l'escalier extérieur de l'appartement. Je pouvais admirer la forêt de pinèdes, le petit étang grouillant de poissons, le terrain de foot à l'herbe un peu jaunie, et les autres équipements sportifs du foyer, leur état proche du délabrement trahissant l'utilisation intensive qui en était faite. Cet établissement accueillait des garçons et des filles que l'on dit «placés». Oui, ils ont été placés, posés ici, comme des pièces rapportées, ils n'ont pas choisi de vivre ici. L'organisation était classiquement simple, on trouvait un groupe de petits, un groupe de garçons et un de filles. Tout ce petit monde habitait une énorme maison dont chaque niveau était aménagé en appartements. Au rez-de-chaussée, on découvrait le groupe des petits, ensuite les deux groupes d'adolescents occupaient chacun un étage, les filles vivant tout en haut de la bâtisse. Au premier étage, le groupe des garçons, des adolescents mâles, avait son territoire. C'était ici que je passais certaines journées, certaines soirées, et quelques nuits.
Les douze garçons étaient maintenant endormis. Les murs résonnaient encore des coups qu'ils leur avaient portés, coups de poing, coups de pied, coups de gueule. Je voyais encore les courses dans ce long couloir et j'entendais toujours leurs cris de joie et leurs pleurs. Tous ces chuintements et ces clameurs habillaient ces murs vides couleur beige pâle, d'une consternante neutralité. Assis sur cet escalier, je commençai à écrire. Je m'étais muni de l'outil indispensable de notre équipe : le classeur d'observation. Je l'ouvrai et soudain les mots filèrent. L'encre se déposait sur les pages déjà pleines de fragments de vie, de petites histoires. Et j'y rajoutais cette vision d'un jour de plus passé auprès de ces adolescents, une journée comme les autres avec son lot de banalités et sa dose d'extraordinaire, comme toujours une journée à part. Au fil des mots, se dessinaient, sous mon stylo, des moments de vie, de partage, de souffrance. L'armoire cassée parce que Justin l'avait escaladée, pensant qu'elle ne tomberait pas. Manifestement, il avait voulu rejouer, à sa façon, l'expérience de la pomme de Newton, mais il comprit que la gravité n'agissait pas que sur son petit corps menu et frêle. Il saisit également comment, par effet de levier, sa faible masse pouvait mouvoir la lourde armoire. L'expérience faite, vint le temps du rangement et de la réparation, les minutes passées, ensemble, à essayer de trouver comment il pouvait réparer ce meuble. Il y avait aussi le retour de Michael, qui rentrait de l'école avec une mine chagrinée. S'ensuivit une courte discussion qui lui permit d'exprimer son ras-le-bol de la gent féminine, et sa souffrance après s'être vu le coeur brisé en «mille morceaux», comme il le disait. Difficile entrée dans la vie d'homme, et apprentissage naturel de la douleur amoureuse, du chagrin d'aimer. Je me trouvais là, près de lui, et je ne pouvais que l'écouter, et l'accompagner dans ce moment de difficulté, dans cette douleur de grandir.


Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli