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Turn the beat around : l'histoire secrète de la disco

Couverture du livre Turn the beat around : l'histoire secrète de la disco

Auteur : Peter Shapiro

Traducteur : Etienne Menu

Date de saisie : 18/11/2008

Genre : Musique, Chansons

Editeur : Allia, Paris, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-84485-292-2

GENCOD : 9782844852922

Sorti le : 24/10/2008

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  • Les premières lignes

Extrait du prologue :

LA POMME POURRIE

A dance is the devil's procession, and he that entereth into a dance, entereth into his possession.
ST FRANÇOIS DE SALES

Bien le bonjour des caniveaux de N.Y.C., qui charrient crottes de chien, vomi, vin éventé, urine et sang.
DAVID BERKOWITZ

Fee fie fo fum
Nous regardons dans le canon du fusil du démon
Nulle part où fuir
Nous devons nous battre contre le fusil du démon
CJ & CO.

POUR beaucoup, la disco se résume à ces trois petits noms : "Halston, Gucci, Fiorucci". D'autres auront sans aucun doute en tète les jambes interminables de glaciales Scandinaves en robes courtissimes et aux paupières métallisées qui dodelinent de la tête, l'air absent. Ou peut-être songera-t-on à un tête-à-tête entre Andy Warhol et Bianca Jagger dans le carré VIP du Studio 54, jouant à qui aura l'air le plus blasé. La disco n'est que surfaces brillantes et scintillantes, talons hauts, lèvres rouges et pulpeuses, jeans ultra-moulants et pectoraux saillants, envolées et descentes en piqué de cordes luxuriantes et tape-à-l'oeil des percussions latino-américaines, montées de cocaïne et vacillement béat des Quaaludes. Elle offrit au simple quidam de s'élever vers le firmament cosmique par la seule grâce de ses fringues et de ses pas de danse. Elle fut l'apogée du glamour, de la décadence et de la complaisance. Mais la disco pouvait bien briller de l'éclat du diamant, elle puait la merde. Quel que fût le vernis élégant et sophis­tiqué sous lequel elle se dissimulait, elle n'en était pas moins née, tel un ver, du trognon pourri de la Grosse Pomme.
Au début des années 70, les mots "New York City" devinrent l'expression consacrée pour résumer tout ce qui n'allait pas dans la société américaine. Des films comme Midnight Cowboy, French Connection ou Taxi Driver, ainsi que Panique à Needle Park, Prisonnier de la Seconde Avenue ou Ces drôles de provinciaux, sans oublier Un Après-midi de chien, Shaft, Meurtres dans la 110e rue ou encore Un Justicier dans la ville, dépeignaient une ville sur le point de s'effondrer : un cloaque suintant la déchéance morale et spirituelle, terrain de jeu pour dealers, macs et flics corrompus. L'administration municipale, une élite inefficace et affaiblie, dirigeait ses fiefs entre deux cocktails donnés dans ses appartements, situés au sommet de hauts immeubles qui semblaient surplomber de plusieurs kilomètres les rues jonchées d'ordures. Pour le citoyen ordinaire, la riposte armée paraissait la seule issue possible. Ainsi que l'écrivit Vincent Canby, critique cinéma au New York Times, "New York City" est devenue la métaphore de ce qui pourrait ressembler aux derniers jours de la civilisation américaine. Elle est gouvernée par des imbéciles. Ses citoyens vivent à la merci de ses criminels qui, plus souvent qu'on ne le croit, sont protégés par une entente contre-nature entre civils libertaires et flics pourris. L'air y est vicié. La circulation impossible. Les services diminuent et le moral est si bas que si vous ne commandez qu'un café dans un dîner, vous risquez de vous en prendre une.


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