Auteur : François Buot
Date de saisie : 19/12/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Pauvert, Paris, France
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-7202-1525-4
GENCOD : 9782720215254
Sorti le : 01/10/2008
Nancy Cunard est née avec le vingtième siècle. Elle l'a traversé avec passion et fureur en allant jusqu'au bout de ses désirs. Avec une certaine audace pour l'époque, cette Anglaise de bonne famille aristocratique fut tour à tour poète, éditrice, écrivain, journaliste, militante. Sans jamais transiger sur sa liberté de penser et d'agir, elle imposa sa silhouette d'égérie inquiète des années folles.
Immortalisée par son ami, le photographe Man Ray, la femme aux bracelets africains est toujours restée fidèle à ses révoltes et à ses rêves de jeunesse. Fille spirituelle de George Moore, elle fut très proche des surréalistes, plus particulièrement de Tzara et Crevel. Elle rencontra Pablo Neruda à Madrid, alors qu'elle combattait aux côtés des Républicains espagnols.
Elle croqua les hommes comme la vie avec frénésie. Mais elle n'eut véritablement que deux amours : Louis Aragon, dont elle fut la muse éternelle, et Henry Crowder, le musicien noir américain qui l'aida à publier la Negro Anthology, pour réhabiliter la culture noire.
Dans ce récit extrêmement vivant et richement documenté, François Buot retrace le destin unique de Nancy Cunard, à une époque exceptionnelle : on traverse avec elle l'Angleterre puritaine réveillée par le Bloomsbury, le Paris surréaliste et les virées au Boeuf sur le toit, les États-Unis du jazz noir et de l'intolérance, l'Amérique latine des exilés politiques...
François Buot, agrégé et docteur en Lettres, professeur d'histoire, a notamment écrit les biographies de René Crevel et de Tristan Tzara.
Elle était l'héritière des transatlantiques Cunard, mais elle dévora la vie, les hommes et son temps, à la vitesse d'un hors-bord. Nancy faisait des vagues. On la connaissait comme l'avant-Elsa d'Aragon : pour elle, il fit une tentative de suicide en 1927, brûla à Madrid un manuscrit de 1 500 pages, «La défense de l'infini», dont il sauva «Le con d'Irène», écrit érotique et douloureux...
Le nombre d'artistes qu'elle marqua de son empreinte est assez affolant...
Une fureur de vivre, qu'elle exalte chez les autres. Elle suscite des anthologies sur l'Espagne républicaine, sur la France résistante. Mais c'est elle qui résiste moins bien. Les excès en tout genre, l'âge qui est un naufrage, le saccage aussi en 1944 de ses collections de La Chapelle-Réanville par les paysans normands ont raison de ses illusions. Quand elle meurt le 16 mars 1965, à l'âge de 69 ans, dans une salle commune de Cochin, Aragon s'épanche devant Nourissier : «J'ai tellement de choses à dire.» Buot, lui, nous en dit beaucoup
Est-ce un mythe, une légende que Man Ray photographia en la personne de Nancy Cunard, avec sa fine silhouette, ses poses théâtrales, ses avant-bras chargés de bracelets ? Mythe évidemment renforcé par ce que l'on sait de son destin exceptionnel, cosmopolite, littéraire et mondain, politique et artistique. Mais pour décrire le vrai visage d'une personne, ne vaut-il pas mieux procéder par élimination et dire d'abord ce qu'elle ne fut pas ? Cela permet de ne pas tomber, ou pas complètement, dans le panneau de la légende simplificatrice...
Parfois le discernement de Cunard est altéré par la passion. François Buot a le mérite de ne pas séparer les chapitres amoureux, littéraire et politique de la très riche vie, des mille vies, de Nancy Cunard. Les dernières années ont quelque chose de crépusculaire... Elles ressemblent aux errances d'un spectre. Les traits du visage se brouillent alors, définitivement.
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