Auteur : Michèle Bernier | Cavanna | Delfeil de Ton | Stéphane Mazurier
Date de saisie : 27/11/2008
Genre : Information
Editeur : Hoëbeke, Paris, France
Prix : 32.00 € / 209.91 F
ISBN : 978-2-84230-333-4
GENCOD : 9782842303334
Sorti le : 16/10/2008
Le premier numéro du mensuel Hara-Kiri paraît en septembre 1960, né de la rencontre de François Cavanna, de Georges Bernier, alias le Professeur Choron, et de Fred. Le journal adopte immédiatement une ligne de conduite dont il ne se départira jamais : rire de tout. Autour de Cavanna se constitue rapidement une équipe de francs-tireurs d'élite composée, entre autres, de Reiser, Cabu, Wolinski, Gébé ou Delfeil de Ton.
Première victime : la presse de l'époque, que le mensuel pastiche avec entrain, en pervertissant les mièvres romans-photos de la presse populaire, les candides fiches cuisine des journaux féminins ou encore les fiches pratiques qui deviendront les délirantes «fiches bricolage du Professeur Choron», sans oublier l'érotisme édulcoré et hypocrite des revues spécialisées. Le mensuel invente aussi le détournement de la publicité : «La publicité nous prend pour des cons, la publicité nous rend cons», déclare le journal. Une démolition allègre, systématique et caustique de la société de consommation naissante.
Dès les premiers numéros, la joyeuse bande proclame le journal «Bête et méchant» pour passer aussi à la moulinette, dans un humour absurde souvent noir et brutal, tout ce qui mérite ailleurs respect et compassion : la patrie, la religion, l'armée, la morale, la maladie, la vieillesse. Victime d'interdictions de publication pour ses outrances et ses insolences, et en dépit de nombreux procès et saisies, l'aventure Hara-Kin se poursuit durant vingt-cinq ans (le petit frère Hara-Kiri Hebdo sera créé en 1969 par la même équipe).
Ces guérilleros aussi motivés qu'incontrôlables élargiront épisodiquement leur cercle à de nombreux artistes comme Francis Blanche, Romain Bouteille, Renaud ou Coluche. On voit passer au journal les amis de l'époque : Serge Gainsbourg, Christian Clavier, Thierry Le Luron, Pierre Perret, Alain Souchon, Carlos, chacun à son tour protagoniste des provocants romans-photos.
Hara-Kiri, une saga unique qui a révolutionné la presse et l'humour. Un humour dont la force n'a pas faibli, qui vit encore à travers les complices de la grande époque, Gourio, Vuillemin ou Berroyer et ses fils spirituels : ceux qui aujourd'hui à la télévision ou ailleurs propagent l'esprit de l'épopée féroce et éminemment inconvenante d'Hara-Kiri.
De 1960 à 1985, le journal de Cavanna et du professeur Choron a mis la France sens dessus dessous. Une anthologie montre qu'il n'a rien perdu de ses audaces. C'était il y a longtemps. On n'avait que 13 ou 14 ans, on ne savait rien de Platon, mais le bon, le beau, le vrai ressemblaient à de l'huile de foie de morue : c'était immonde. «Hara-Kiri», chaque mois, mettait son acide dans cette graisse écoeurante. Il fallait être intelligent et bon, «Hara-Kiri» était bête et méchant. On riait jaune, on n'était pas fier, mais cela faisait un peu grandir. Dans ce journal, un poisson d'avril était planté dans le dos avec un grand couteau, les tampons Jex devenaient périodiques, les pendus se serraient le kiki avec une ceinture Hermès, et on avortait grâce au couteau électrique Moulinex (ou avec un tire-bouchon : «Apprenez le geste qui avorte»). Toutes ces bonnes femmes dont on voyait les seins mous, la peau striée de vergetures, les fesses un peu tombantes, et qui n'étaient pas lisses comme dans les magazines, c'était le monde où on voulait entrer : dégoûtant, mais réel - comme nous, en somme.
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