Auteur : Michel Benoît
Date de saisie : 09/11/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 20.90 € / 137.10 F
ISBN : 978-2-226-18976-9
GENCOD : 9782226189769
Sorti le : 03/11/2008
«J'ai vingt-deux ans, deux diplômes, un métier... Je ne le sais pas, mais j'ai choisi la mort.»
Brillant étudiant, promis à une belle carrière auprès du Prix Nobel Jacques Monod, Michel Benoît choisit la voie de Dieu : il entre dans un monastère et devient frère Irénée. Vingt ans plus tard, l'idéal pour lequel il avait tout donné s'est effondré et il est exclu de l'Église.
Récit bouleversant d'une quête d'absolu, Prisonnier de Dieu est un témoignage inédit sur le monde mystérieux des abbayes, la façon dont les moines vivent la solitude, le silence et la sexualité. C'est aussi un document saisissant sur la démarche sectaire universelle : «Ce qui s'est passé là aurait pu se produire, de la même façon, dans n'importe quelle secte, évangélique ou musulmane.»
Michel Benoît est l'auteur aux éditions Albin Michel du Secret du Treizième Apôtre, best-seller international, et de Jésus et ses héritiers.
J'ai mis le réveil à 5 heures dans la chambre du sixième que j'occupe. Hier, j'ai déjeuné avec l'oncle. Il m'a interrogé :
- Alors, c'est pour demain ?
Son ton est inquiet, faussement détaché.
- Oui.
- Ta mère le sait ?
- Non. Je te demande de ne pas le lui dire.
Le réveil a sonné. Il fait nuit encore. J'agis comme un automate : il y a tout le temps... Je me suis assis devant la table et j'écris un mot pour ma mère. Le style est dramatique, comme tout ce qui a été dit depuis un an : «Quand tu liras ces lignes, je serai parti...»
J'ai descendu les escaliers sombres, et sur l'évier de la cuisine j'ai posé les clés. La chambre d'en haut est maintenant vide, il y a juste un feuillet sur la table.
Je n'ai rien pu manger. L'aboutissement de tant de tensions et de combats me laisse comme écrasé. Chaque geste prend tout son sens : je laisse les clés en évidence. Elle comprendra. Montera. Je ne veux pas penser au choc devant la pièce vide. Sans fermer la porte, elle ira à la table. S'assiéra de côté, mal, pour lire. Elle n'achèvera pas, car les larmes troubleront son regard. Alors elle repoussera la porte, se laissera tomber sur le lit, et pleurera.
Elle descendra l'escalier et commencera de faire chauffer l'eau du thé, le regard ailleurs. Lentement, en essuyant les larmes qui coulent toutes seules.
J'ai pris le métro : la gare est grise et froide. Le compartiment, vide au début. Puis une personne, je crois. J'ai laissé défiler la banlieue et la morne campagne devant mes yeux, appuyé contre la vitre. Je porte en moi un monde entier de désirs et de luttes.
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