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L'île de cherté : chronique d'un délire économique

Couverture du livre L'île de cherté : chronique d'un délire économique

Auteur : François Schaller

Date de saisie : 09/11/2008

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Slatkine, Genève, Suisse

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-8321-0327-2

GENCOD : 9782832103272

Sorti le : 22/10/2008

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  • La présentation de l'éditeur

Peuplée de huit millions de personnes à peine, la Suisse fait partie des dix premières puissances industrielles du monde (l'Union Européenne comp­tant pour une). Sa politique économique tente de faire baisser les prix sur le marché intérieur depuis plus de vingt ans, pour les ramener aux niveaux européens. Or, l'on s'aperçoit aujourd'hui que ce sont au contraire les prix européens qui se sont his­sés à la hauteur des prix en Suisse !

Ce qui a été dit et répété à ce sujet en Suisse - à propos de concurrence en particulier, maître mot des raisonnements économiques sommaires - ne relève-t-il pas d'une sorte de mirage intellectuel ? D'un délire collectif comme il s'en produit parfois en économie, rendant la «science» impuissante ? La même question mérite sans doute d'être posée au sujet des lamentations sur le pouvoir d'achat, et des recettes politiques mises en oeuvre. En France et dans bien d'autres pays !

L'île de cherté rassemble divers textes de contro­verse rédigés sur plusieurs années, considérant la Suisse comme un cas d'école. L'analyse explore certains malentendus économiques au sens large, qui alimentent sans cesse le ressentiment populaire et politique.

François Schaller a une formation en philosophie et sciences humaines. Il est journaliste économique et financier à Genève, où il dirige PME Magazine et Private Banking, deux titres du groupe de presse européen Axel Springer.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Se plaindre du coût de la vie fait partie des comportements individuels et collectifs à peu près universels. En Suisse, en France, comme ailleurs, les consommateurs se livrent à ce banal rituel en enviant les pays voisins, «tellement moins chers, parce que bénéficiant d'une concurrence plus vive». Un phéno­mène assez rare s'est pourtant produit vers la fin des années 1980 en Suisse : le thème est progressivement entré dans la sphère politique. Après l'échec du référendum de décembre 1992 sur l'adhésion à l'Espace économique européen (la Suisse se contentant de négocier ensuite des accords sectoriels avec l'Union européenne), la réduction du niveau général des prix est même devenue un objectif prioritaire de politique économique. Il s'agissait d'ouvrir davantage les frontières, de mettre sur pied des conditions cadres destinées à renforcer la concurrence (mesures dites «de revitalisation de l'économie»). L'objectif était en définitive de rendre la Suisse plus «eurocompatible».

Depuis le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz, les ministres successifs de l'Economie ont placé cette préoccupation en tête de leurs priorités jusqu'à aujourd'hui. La Suisse doit, selon l'expression consacrée, cesser d'apparaître comme une «île de cherté» (Hochpreisinsel). L'objectif et le potentiel de baisse des prix n'ont jamais été précisés dans des textes officiels, mais une espèce de consensus plus ou moins explicite porte sur des ordres de grandeur allant de 20% à 40%.

Le caractère totalement inhabituel et dangereusement déflationniste de cette grande entreprise d'ajustement des prix n'a jamais été analysé. Ni dans les milieux économiques, ni dans le microcosme politique et médiatique. Fervent, enthousiaste, le ralliement fut spontané. Il ne laissait aucune place au doute. Il n'y eut à aucun moment la moindre interrogation sur les indicateurs qui allaient permettre un jour de mesurer le succès (ou l'échec) de cette politique.

Après deux décennies de constance dans l'effort, le bilan est aujourd'hui sans appel : les prix ont baissé dans certains domaines, comme dans tous les pays d'Europe et du monde. Ils ont augmenté dans d'autres. Pourtant, comme dans tous les pays, le niveau général ne s'est pas affaissé. Au contraire. Il est resté orienté à la hausse.

Une autre tendance est apparue, indépendante des effets monétaires. Les prix moyens ont davantage augmenté en Europe qu'en Suisse. En définitive, c'est le niveau des prix en Europe qui a rejoint le niveau des prix en Suisse. La politique économique poursuivie pendant si longtemps n'a été ni un succès, ni un échec, mais une sorte de non-lieu. Tout au plus peut-on dire qu'elle est peut-être parvenue à ralentir la progression de certains prix à la consommation. Mais sans pouvoir le démontrer, ni établir l'ordre de grandeur.


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