Auteur : Jean d'Ormesson
Date de saisie : 02/10/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : R. Laffont, Paris, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-221-11198-7
GENCOD : 9782221111987
Sorti le : 02/10/2008
Dans Qu'ai-je donc fait, Jean d'Ormesson révèle sur lui et sur les siens des pans entiers d'existence qu'il a longtemps gommés. Sur les différents milieux auxquels il a appartenu, sur leur langage, sur leurs croyances, et leurs modes de vie, il jette avec précision et humour une lumière nouvelle. Il passe à quelques aveux et donne de lui-même une image nouvelle. Et du monde où nous vivons une vision ironique et enchantée.
Tant d'urbanité et de grâce font que, parfois, on serait presque tenté de le prendre à la légère. Oubliant du même coup le coup d'oeil acéré et la force des convictions de l'ancien normalien. Ainsi qu'à l'accoutumée, le voici donc, mine de rien, nous entretenant des grandes questions qui lui tiennent à coeur. La république, l'amour, les communistes, le ski, Dieu, et par-dessus tout ici sa famille. Entré maintenant dans l'âge, il prend un singulier plaisir à cultiver l'art du paradoxe. Non pas dans un exercice de mépris de son temps, comme il arrive trop souvent en la circonstance, mais au contraire avec une gourmandise et une curiosité inentamées.
Se raconter ainsi au passé composé, qui est le temps de l'accompli, voilà bien des manières d'Immortel. Dans l'ensemble, pourtant, l'académicien et ancien directeur du «Figaro» ne s'épargne guère...
Sans doute mérite-t-il, comme Chateaubriand, le mot de Sainte-Beuve que citait Gracq : «Le chat lascif, qui veut qu'on le caresse maintenant à rebrousse-poil !» N'importe. La stratégie de la coquetterie finit par être payante.
Un testament ? Méfions-nous. Jean d'Ormesson avait déjà tiré sa révérence en... 1966 avec Au revoir et merci (Gallimard). Son dernier livre est plutôt un bilan. "Que vais-je faire de ma vie ?", se demandait-il avec angoisse à la fin de son adolescence, tentant alors le grand écart entre deux mondes : le château familial de Saint-Fargeau et la khâgne d'Henri-IV, les bonnes manières et les camarades trotskistes. "Qu'ai-je donc fait ?", se demande-t-il aujourd'hui, à 83 ans, même si le point d'interrogation a disparu dans le titre, comme s'il s'agissait d'un constat attristé. Non, il n'est pas triste, Jean d'Ormesson. Il cultive la gaieté. Si l'Univers l'effraye, si l'Histoire l'affole, la vie, elle, le remplit toujours d'allégresse...
Il regarde en arrière, il regarde devant, il regarde aussi les instants fugitifs et tout ce qui l'entoure, l'eau, la lumière, l'espace... Ce livre est fait de nombreux chapitres, parfois très courts, où se mêlent les drames présents, les souvenirs, les interrogations sur l'origine de l'humanité et son devenir. Du big bang à la fin du monde, en passant par Basile II, empereur sanguinaire, et le gros nez de l'oncle Alexandre, alias Toto, on franchit allégrement les siècles, les millénaires, les millions d'années.
Avec ce mélange d'orgueil et d'ingénuité qui a fait de lui l'un de nos monuments nationaux, Jean d'Ormesson, 83 printemps, pose cette terrible question : Qu'ai-je donc fait ? «Il n'est pas exclu que la réponse soit : rien», prévient-il d'emblée. Il sait pourtant que la modestie est l'autre nom de la vanité. Mais, que voulez-vous, aimer, paresser, écrire, lire beaucoup, regarder le temps filer et méditer sur son cours sont des activités dans lesquelles Jean d'Ormesson excelle. Et ce n'est pas rien ! Peut-être même est-ce capital. Ce beau livre, écrit dans un style d'un admirable classicisme, est l'exploration d'une trajectoire.
Tout au long de cette lecture qui donne des ailes, on se dit que Jean d'Ormesson est décidément irremplaçable. Il reste à part : à la fois littéraire et très populaire, classique et non conventionnel, il occupe les devants de la scène tout en gardant son secret. Cet écrivain solaire et caracolant n'a pas son pareil pour dire comme en chantant la beauté d'une nuit italienne, citer un vers de poète oublié, évoquer un détail perdu et qui soudain prend tout son sens, croire aux autres, croire à la vie. La vie, qui est si belle et qui s'enfuit.
Voici un écrivain qui, n'ayant jamais eu l'ambition de réenchanter le monde, se contente d'enchanter son lecteur. Cet écrivain s'appelle Jean d'Ormesson. Dans son nouveau livre Qu'ai-je donc fait, il a fait sien un mot de Woody Allen : «Je m'intéresse à l'avenir parce que c'est là que j'ai l'intention de passer mes prochaines années.» Il est notre jeune homme.
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