Auteur : Michel Henry
Date de saisie : 23/09/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : O. Jacob, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7381-2209-4
GENCOD : 9782738122094
Sorti le : 11/09/2008
Quand la Niçoise Agnès Le Roux, 29 ans, disparaît en 1977, son amant Maurice Agnelet devient le principal suspect. La justice n'établit rien de concret contre lui, l'enquête bégaie : il est inculpé, écroué, puis bénéficie d'un non-lieu en 1985.
On croit l'affaire terminée, elle redémarre. Il est à nouveau accusé en 2000, puis acquitté en 2006 au bénéfice du doute. Et puis, tout se retourne contre lui : en 2007, il est condamné en appel à vingt ans de réclusion criminelle. Le voilà reconnu coupable de l'assassinat d'Agnès. Trente ans après.
Et pourtant, pas d'éléments objectifs incontestables : l'enquête a été déficiente, il manque un cadavre, les circonstances du crime supposé ne sont pas connues. La condamnation ne repose que sur sa réputation sulfureuse, sa personnalité, son comportement curieux, ses contradictions.
Maurice Agnelet, 70 ans, a remis son sort entre les mains de la Cour de cassation, qui doit examiner son pourvoi.
Condamne-t-on un homme sur l'impression qu'il donne ? À travers cette affaire, sur fond de casinos et d'intrigues locales, retracée ici à la manière d'un film de Claude Chabrol, c'est aussi la justice qui est en question...
Michel Henry
Journaliste à Libération depuis 1985, Michel Henry a toujours été spécialisé dans les affaires judiciaires et les procès. Il est aujourd'hui correspondant régional à Marseille et pour la région PACA.
Extrait du prologue :
Maurice Agnelet a été condamné pour l'assassinat d'Agnès Le Roux sur une sale impression. Celle qu'il a laissée aux jurés de son procès en appel : l'image d'un personnage cynique, d'un goujat, d'un menteur, d'un manipulateur suffisant. Pourtant, en trente ans, l'enquête n'a produit contre lui aucune preuve incontestable. Il manque un cadavre et on ne sait ni où, ni quand, ni comment le crime aurait été commis, déplore Me François Saint-Pierre, l'avocat d'Agnelet, qui fustige un «Meccano mal monté».
L'accusation se fonde sur un faisceau d'indices qui tous convergent vers Agnelet, un mobile financier apparent, ainsi que sur ses incohérences et son comportement troublant : il a été le seul, après la disparition d'Agnès, à la Toussaint 1977, à agir comme si elle ne reviendrait jamais. À l'évidence, il détient des clefs de l'énigme, mais ne les livre pas. D'où l'interrogation de Me Georges Kiejman, partie civile au premier procès : «Pourquoi ne dit-il rien, sinon parce qu'il a participé à la disparition et au meurtre ?»
Mais, pour assassiner, il faut se saisir d'un couteau et l'enfoncer dans la chair d'Agnès, ou lui tirer une balle dans la tête, ou prendre un coussin et l'étouffer, ou l'étrangler de ses mains. Il faut un certain courage. Agnelet l'avait-il ? A-t-il assassiné son amante âgée de 29 ans ?
Non, ont répondu les juges, par deux fois, en 1985 et 1986, en lui délivrant un non-lieu, au bénéfice du doute.
Non, ont répondu les jurés des Alpes-Maritimes, en l'acquittant en décembre 2006.
Oui, ont répondu les jurés des Bouches-du-Rhône, en octobre 2007, lui infligeant en appel vingt ans de réclusion criminelle.
En retenant l'assassinat, l'incrimination la plus sévère, qui aurait pu lui valoir la peine de mort s'il avait été jugé avant 1981, on écarte d'autres hypothèses aussi plausibles : des coups mortels au cours d'une dispute qui tourne mal, un suicide qui aurait dû être à deux, un départ volontaire suivi d'un accident, un meurtre commis par quelqu'un d'autre, éventuellement en vertu d'un contrat. Aucune de ces thèses n'a été infirmée ni confirmée. Car l'enquête a été ratée.
Selon Me Hervé Temime, partie civile en appel, Agnelet fut le miraculé judiciaire d'un «Outreau à l'envers, avec une justice servile» qui a longtemps épargné ce notable niçois, avocat, franc-maçon, membre de la Ligue des droits de l'homme.
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