Auteur : Gérard Durozoi
Date de saisie : 18/09/2008
Genre : Art - Peinture
Editeur : Hazan, Paris, France
Collection : Oeuvres, écrits, entretiens
Prix : 35.00 € / 229.58 F
ISBN : 978-2-7541-0320-6
GENCOD : 9782754103206
Sorti le : 10/09/2008
L'artiste est celui qui, au carrefour du monde, lorsque l'esprit tourne à tous les vents, est le point de coïncidence entre l'homme de l'art et le profane, le régulier et le séculier, le collectif et l'individu. [...]. Pour moi l'artiste est celui qui se laisse influencer par tous et non par un.
Jacques Villeglé
Né en 1926 à Quimper, Villeglé n'a connu, en fait de formation artistique (en peinture et architecture), que celle dispensée en une période où les informations sur l'art moderne étaient presque inexistantes.
En 1949, il décide de se consacrer à la collecte d'affiches lacérées. Ce choix déroutant, qui oriente définitivement son oeuvre, le situe à l'écart des débats qui, à l'époque, commencent à opposer les artistes de la figuration et les partisans de l'abstraction : tous sont également récusés comme attachés à un «fait main» avec lequel Villeglé veut en finir. Pour sa part, il lui suffit de ravir ce que les passants ont déjà fait. Cet intérêt pour certains aspects du paysage urbain et du réel quotidien fait de Villeglé l'initiateur, avec son complice Raymond Hains, de ce que Pierre Restany officialise en 1960 sous l'appellation de «Nouveau réalisme».
Les affiches lacérées, intitulées selon le lieu et la date de leur prélèvement, témoignent de l'irrespect du public pour la propagande commerciale et politique. Mais l'oeuvre négatrice du «Lacéré Anonyme» dont Villeglé s'institue le conservateur révèle l'histoire sociale - des techniques publicitaires, mais aussi des mentalités, des usages et des conflits. Elle change en même temps que son matériau, et constitue une nouvelle peinture d'histoire (s), domaine où s'entrechoquent images, mots et couleurs, qui produisent sans préméditation des métamorphoses authentiquement plastiques.
A partir de 1969, Villeglé, en complément aux affiches, élabore des écritures sociopolitiques avec un alphabet recueilli dans les graffiti contradictoires tracés sur les murs, résultant comme les lacérations d'une créativité collective.
Introduisant la rue dans le musée, Villeglé rappelle qu'au-delà des cimaises, le monde existe avec ses cris, ses fureurs, ses jouissances et la somme mouvante de ses conflits. Sa beauté imprévue se révèle, non par sa transposition «artistique» mais par le regard que Villeglé invite à porter sur les fragments qu'il en recueille.
COMPOSITION DE L'OUVRAGE
° Essai de Gérard Durozoi ;
° Choix d'Ecrits de Villeglé ;
° Entretiens (dont un inédit) avec Villeglé;
° Biographie, bibliographie, index
L'AUTEUR
Critique d'art contemporain, Gérard Durozoi a enseigné la philosophie, il est l'auteur de nombreuses monographies et de plusieurs ouvrages aux Editions Hazan dont Histoire du mouvement surréaliste, Dictionnaire d'art moderne et contemporain, le Journal des années 60 (juin 2008).
Avant-propos :
Lorsque les affiches, dans les dernières décennies du XIXe siècle, ont commencé à proliférer sur les murs des villes, elles ont suscité de durables débats entre les partisans d'une certaine modernité et d'une esthétisation de la vie quotidienne, et les détracteurs de leur invasion, synonyme d'une tyrannie du commerce et suspectée d'un véritable viol des consciences morales ou d'un affaiblissement de l'âme moderne, «si bien dans la mobilité et le caprice que la pierre et le fer eux-mêmes en sont devenus éphémères, et se changent en chiffons». Ainsi s'exprime Maurice Talmeyr (Henry Béranger, sénateur).
Indépendamment de leur relation avec l'économie, les affiches sont rapidement appréciées pour leurs qualités artistiques, et collectionnées; la revue La Plume ne se contente pas d'en reproduire depuis 1888, elle en propose aux amateurs ; mais ceux qui ne peuvent les acquérir peuvent toujours tenter de les décoller soigneusement. Dans les séries successives de ses Maîtres de l'affiche, Roger Marx exalte à partir de 1896 les innovations graphiques ou la maîtrise chromatique des Chéret, Toulouse-Lautrec, Berthon, Boutet, Mucha et de leurs nombreux confrères dont les oeuvres autorisent l'apparition d'une nouvelle beauté urbaine : «Au pittoresque de venelles étroites a succédé le pittoresque moderne des voies larges et bigarrées, un pittoresque qui possède aussi sa beauté, et dont l'affiche fournit l'élément essentiel.» Gustave Kahn, tout en reconnaissant qu'il en existe de piètres exemples, affirme lui aussi dans L'Esthétique de la rue (1901) que, grâce aux placards publicitaires, «les murs autrefois blafards [...] se couvrent de haut en bas de taches multicolores; des femmes dansent, des chefs d'État boivent. À la suite de Chéret, de beaux artistes, ou se sont consacrés à l'affiche, ou, de temps à autre, en exécutent une».
D'autres artistes que ceux évoqués par Kahn se sont intéressés à l'affiche, ne serait-ce que pour assurer la diffusion (les poèmes phonétiques de Hausmann) ou la promotion (Schwitters placarde Anna Blume sur les murs de Hanovre) de leurs oeuvres, et la publicité de leurs slogans (les dadaïstes y furent experts). C'est toujours en supposant que leur surface serait intègre, faute de quoi leurs efforts auraient été vains. Lorsque Léo Malet évoque la possibilité poétique du «décollage» dans les années 1930, c'est au contraire en profitant de leurs déchirures éventuelles. Et sans doute est-il le premier à admettre intellectuellement - même s'il n'est jamais passé à la pratique - qu'une affiche devient plus intéressante une fois modifiée.
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