Auteur : Teodora Dimova
Traducteur : Marie Vrinat
Date de saisie : 18/09/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. des Syrtes, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-84545-138-4
GENCOD : 9782845451384
Sorti le : 11/09/2008
Peuplée d'enfances singulières ou d'adolescents en «mal de mères», l'oeuvre littéraire de Théodora Dimova se poursuit avec une «comédie humaine» d'une profondeur remarquable, abordant cette fois, sans tabou, la vieillesse dans ce qu'elle a d'admirable mais aussi de pitoyable.
Adriana est l'éblouissant portrait d'une femme blasée par l'argent, poussée par l'ennui et la solitude jusqu'à la déchéance. Et jusqu'à commettre l'irréparable. Adriana passera le reste de sa vie dans l'attente d'un «sauveur» qui puisse lui offrir sinon la rédemption, du moins un semblant d'harmonie. La flamboyante Ioura, jeune femme qu'elle finit par rencontrer, pourra-t-elle la comprendre ? Les voix et les vies se mêlent, la vieille dame sait se raconter sans complaisance, évoquer ce qu'elle fut, avec ses défauts, ses errances, et la tragédie qui la hante. Entre Adriana et Ioura naissent une admiration et une affection qui rendront plus doux le grand départ de la vieille femme.
Ce roman illustre, une fois encore, les obsessions de Théodora Dimova qui remonte aux sources de la violence rongeant la société, et pose une question entêtante : peut-on restaurer, envers et contre tout, ce qui a été brisé ?
À l'instar de Mères, Adriana bouscule le lecteur, avec la même force et la même écriture haletante au rythme saccadé, avec sa justesse de ton sans fausse pudeur et son extraordinaire virtuosité littéraire.
Théodora Dimova est née à Sofia en 1966. Auteur de théâtre reconnu, elle a publié son premier roman, Eminé, en 2001. Elle a connu la consécration littéraire grâce â Mères paru en 2005 (et en français aux éditions des Syrtes, en 2006), qui a été publié en plusieurs langues et obtenu le prix de Littérature est-européenne à Vienne en 2006.
Un jour, loura, mon adorable cousine germaine que toute la famille plaignait parce que sa mère était morte très tôt et que son père s'était presque aussitôt remarié avec une veuve originaire de la Bulgarie du Nord-Ouest -comme dans les contes les plus cauchemardesques où il était question de marâtres, il avait complètement cessé de s'occuper de sa fille aînée et de lui prêter attention, aiguillonné, bien entendu, par la veuve originaire du Nord-Ouest qui, après l'avoir taraudé et empoisonné pendant deux ans, réussit à chasser loura chez sa grand-mère, à la suite de quoi elle fit de furieuses tentatives pour concevoir un enfant à elle (elle allait de guérisseurs en rebouteux, de charlatans en sorcières, exorcistes, voyantes, Turques et hodjas, buvait des décoctions, accomplissait toutes sortes de trucs dégoûtants, comme faire le tour du quartier à minuit en saupoudrant les maisons de cendre depuis longtemps refroidie, ou rester accroupie durant des heures avant le point du jour au-dessus d'une casserole de chou bouillant, afin que ses entrailles s'imprègnent des vapeurs curatives du chou), quoi qu'il en soit, elle ne put avoir d'enfant capable de faire de l'ombre à la belle loura, d'adoucir le sentiment de culpabilité de son père, profondément refoulé, à l'égard de sa jolie fille unique ; ainsi donc, un dimanche, en fin d'après-midi, en plein milieu du mois d'août, dans la ville vidée de ses habitants comme en temps de peste, dans le désert de la canicule implacable de l'été qui ramollit à la fois le cerveau, le sang et les os des quelques Sofiotes demeurés en ville, par un tel soir d'été, dans l'odeur de poussière, d'asphalte et de rues désertes, la sensation des pierres chauffées à blanc et des nuits blanches qui s'ensuivent, sans m'appeler sur mon portable, ni me prévenir de sa visite, ni s'excuser d'avoir sonné l'alarme sans arrêt à l'interphone (il s'avéra ensuite qu'elle avait tout simplement appuyé la main sur le tableau de l'interphone, inconsciente de l'alarme qu'elle provoquait), sans prendre la peine de savoir si je n'étais pas en train de travailler, d'écrire, de rédiger un article à rendre deux heures plus tard, si je n'avais pas un engagement, si je ne devais pas sortir, si je n'attendais pas quelqu'un, si on ne m'attendait pas quelque part, bref si je n'avais pas d'autres projets, par un tel soir d'été, Ioura fit irruption dans mon atelier sans s'enquérir de tout cela et s'installa dans le fauteuil le plus confortable (l'unique, d'ailleurs).
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