Auteur : Jean-Pierre Guéno
Date de saisie : 14/09/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Librio, Paris, France | Radio-France, Paris, France
Collection : Librio. Document, n° 886
Prix : 3.00 € / 19.68 F
ISBN : 978-2-290-01157-7
GENCOD : 9782290011577
Sorti le : 10/09/2008
Librio vous propose une série de témoignages exceptionnels, recueillis par Jean-Pierre Guéno auprès des auditeurs de Radio France et des lecteurs du Nouvel Observateur. Ces extraits de lettres, de journaux intimes et de récits autobiographiques sont authentiques, tendres et poignants ; ils illustrent notre mémoire collective et rendent à l'histoire sa dimension humaine.
Cinq mètres de courrier : c'est la récolte consécutive à l'appel qui rappelait à tous que l'enfance est à la fois le pays des émotions, des rêves et des déceptions, et qui incitait ses destinataires à partager les plus belles lettres, les plus beaux récits d'enfance dormant dans leurs archives ou dans leurs souvenirs... Ainsi, grâce à la juxtaposition de ces milliers de regards, ce livre devient notre propre album de famille. Nous y retrouvons nos souvenirs. La petite musique de ces mots qui sont un peu les nôtres parce qu'ils nous parlent de nous en nous parlant des autres. Parfois il s'agit de «petites histoires», d'anecdotes. Parfois il s'agit de confessions, presque de thérapies. Parfois ce sont de simples impressions, de simples sensations qui pourraient donner à penser qu'il ne se passe rien, alors qu'elles nous plongent peut-être dans l'essentiel de la vie, au coeur de l'âme et à fleur de peau.
«Nous appartenons tous au pays de notre enfance», disait Saint-Exupéry...
Le temps suspendu
L'enfance était là, tout entière, forte, sans hier, sans demain, m'engloutissant dans le bonheur éternel de l'instant. J'étais totalement heureuse, immobile de bien-être. Accord total avec soi-même, un lieu, le temps, la douceur d'un soleil qui vous happe la joue, jouant à cache-cache avec les feuilles de la vigne et qui vous éblouit quand on lève les yeux. Parfois une brise légère faisait frissonner les branches du lilas tout proche, secouait ces fleurs séchées qu'aucune main n'avait décrochées, qui, au printemps prochain, égaieraient encore le regard et le nez. Tout cela, je ne le voyais pas, tout entière à mes jeux. Mais je savais tout ce qui m'entourait, j'en aimais l'existence, l'odeur, le murmure, la couleur, la saveur. Le silence entendu de cette vieille dame me ravissait. Elle eût parlé que le charme peut-être se serait envolé. Comme ces brumes d'été que le soleil estompe. Au coeur de ce calme que ne troublait que le léger et pétillant bruit de l'eau bondissant sur la pierre se faufilait la grâce de ces instants bénis où l'on ne désire rien.
Brigitte
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