Auteur : Céline Minard
Date de saisie : 20/11/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : L. Scheer, Paris, France
Collection : Laureli
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-7561-0140-8
GENCOD : 9782756101408
Sorti le : 27/08/2008
Haute-Marne, 1437, Denysot-le-clerc raconte l'histoire sanglante qu'il a vécue. La ville de Chaumont est prise d'assaut par le Bastard de Bourbon. Pendant le massacre, un adversaire singulier fait face à ses troupes, semant la terreur. Ce personnage aux techniques de combat inconnues s'avère être une femme originaire d'Asie. À l'issue d'un affrontement de chevaliers, une poignée de combattants venus de tous les horizons reprend courageusement la ville au Bastard et en protège les portes. Car il s'agit à présent de préparer la population à la vengeance du tyran et de l'empêcher d'envahir à nouveau la ville. L'étrange coalition de résistants enseigne ainsi l'arbalète, la lance, mais aussi l'espionnage et le kung-fu... Les habitants de Chaumont sont prêts pour la bataille qui décidera de leur vie.
Entre la poésie de François Villon et les films de sabre, Céline Minard conjugue dans ce roman haletant histoire réelle et fantaisie anachronique. À travers une langue consciente de son histoire, elle crée une épopée à la fois drôle et cruelle, dans une surenchère de suspens et de fantastique.
Bastard Battle est le quatrième roman de Céline Minard après R. (Comp'Act, 2004), La Manadologie (MF, 2005) et Le Dernier Monde (Denoël, 2007).
Bienvenue au Moyen Age. Un temps de poix fondue. De massacres. De charniers, de gibets. Villon y fait sous-titre. "Pies, corbeaux nous ont les yeux cavez/Et arraché la barbe et les sourciz." Un an après Le Dernier Monde (Denoël, 2007), Céline Minard vient d'écrire un texte proprement hallucinant. Epastrouillant. Ebouillantant. Ecrabouillant. Et qui raconte une déroutante aventure. Déroutante, déjà, par sa forme et sa langue. Car Céline Minard, pour son Bastard Battle, nous jette dans un champ où les mots bataillent. Se mordent et se déchirent. Elle roule ses phrases dans une chapelure coriace où se mélangent les sables et les éclats rugueux d'un ancien françoué qu'elle remodèle syllabe à syllabe en d'inouïes inventions...
Le livre ne détone jamais. Et jamais on ne le quitte. Céline Minard y convoque tous les genres de l'épopée, le roman de chevalerie, les comics, le western, les récits héroïques de la lointaine Asie. Elle nous dit ici que la littérature s'écrit sans limites, sans carcans, sans frontières.
Sacrée surprise en effet, en pleine rentrée littéraire 2008, que ce roman médiéval-ou presque, dont le «françoys» sonne non seulement familier mais revigorant...
Un bain de jouvence «stylé» qui honore François Villon et dans lequel on voit très bien rappeurs et slameurs nager «bien dans leurs aises». Défense et illustration ? Bataille remportée.
Ce court roman après l'opulence du précédent est un défi langagier. Il est écrit dans une sorte d'ancien français, tourné dans des consonances propres à François Villon ou Rabelais. Une langue abrupte et âpre, dénuée de circonvolutions et de génuflexions, qui exsude la violence des corps et de la mort. Quelques mots d'anglais, voire d'espagnol ou de chinois, ne déparent pas. Pour l'auteur, il s'agit de confronter les styles narratifs de deux époques. La leur et la nôtre. D'où ce titre hybride. L'histoire ne l'est pas moins...
Bastard Battle absorbe toutes les énergies de la geste de chevalerie et du film de sabre, dans un bréviaire contemporain qui fait la nique aux siècles.
On n'a pas oublié Le Dernier Monde (éd. Denoël, 2007), la puissante et exubérante épopée planétaire du dernier survivant de l'espèce humaine imaginée par Céline Minard - l'une des très belles découvertes littéraires de ces derniers mois...
Bastard Battle n'apparaît pourtant jamais comme une compilation de références, mais plutôt comme un exercice de style virtuose, singulièrement violent et enivrant.
Les lendemains de la guerre de Cent Ans étaient tout sauf calmes...
Ces défis, ces combats, ces insultes, ces massacres, Céline Minard nous en donne un récit halluciné, «en beau langage bien françoys, bien sonnant». La langue du XVe siècle, entre Jeanne d'Arc et François Villon, est en effet le matériau de la folle entreprise qu'elle propose au lecteur. Pari insensé que de l'inviter à la suivre dans ces violences incroyables, et pourtant historiquement attestées - qu'on songe à celles, extrêmes, dont Gilles de Rais fut reconnu coupable - qui accompagnèrent ce qu'on nomma «l'automne du Moyen Âge». Pari tenu, grâce à un travail sur la langue qui fait de ce texte autre chose qu'une reconstitution. Il permet au lecteur moderne, passé les premières pages de surprise, de s'y sentir à son aise...
De livre en livre, Céline Minard nous stupéfie par la plasticité de son talent. Elle avait déjà étonné en passant allègrement des rêveries rousseauistes de R. aux discours leibniziens de la Manadologie et à la science-fiction post-humaine du Dernier monde. Refusant de camper dans les positions déjà acquises, elle prend à nouveau tous les risques, pour le plus grand plaisir du lecteur.
Mais qui peut dire où commence l'histoyre monseigneur ? On sait à peine où elle finit. Car il ne suffit pas de pendre. Voyez le Clerc-des-Loges, une pauvre teste encordée, un écouvillon, cinq siècles après, qui le sayt ? moi ! il continuera de chanter.
Jehan Rabustel - maudit syndic que les oeilz lui sortent par le nez ! a pris le reste de troupe, mais une histoyre, autant qu'on la conte, ne finit pas.
Pour Tartas, Régnier de Montigny, Oudinet, Pierrot Fagotin, Akira, Perrinot le petit dit Boichotte, le grand Bercoul, Hermonin le Normant et les aultres, dont la corde et le bouilli a réglé les comptes, pour ce salopiau du bourdeau qui les a tous escornés, on croit l'hystoire entendue, bien dicte et défaicte, mais la mémoire ne m'a point tari, le vent n'emporte que les os. Je suis là. Ouvre ce bréviaire monseigneur, belle dame. Je l'ai refait feuillet à feuillet et parfois dans la marge. Icy mon seel : maître Spencer Five. Et scellé de ma main, témoin ma chandelle, ce jour d'automne MCCCCXXXXIV, je dis que si pipeur j'étais, d'autant je fus pipé. Alléluia.
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