Auteur : Sophie Freud
Préface : Nicole Casanova
Traducteur : Nicole Casanova
Date de saisie : 09/09/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Des femmes-Antoinette Fouque, Paris, France
Collection : Biographie
Prix : 27.00 € / 177.11 F
ISBN : 978-2-7210-0581-6
GENCOD : 9782721005816
Sorti le : 22/05/2008
Esti Freud, épouse de Martin, deuxième fils de Sigmund est née à la fin du XIXe siècle dans la bourgeoisie viennoise. Elle a vu très jeune ses désirs contrariés par des interdits familiaux.
En 1938, elle fuit l'arrivée des nazis, traverse l'Europe en guerre et se réfugie brièvement en France. Mais ce n'est qu'aux États-Unis, son dernier pays d'accueil, qu'elle trouvera un certain apaisement à travers des études et le succès de sa vie professionnelle en tant qu'orthophoniste.
À l'aide de nombreux documents, lettres et témoignages, c'est à la fois la vie de sa mère et celles de toutes les femmes de sa lignée - sa grand-mère, ses tantes, sa fille - que retrace Sophie Freud dans cette biographie.
Sophie Freud est née à Vienne, en 1924. Elle a grandi dans l'entourage de son célèbre grand-père, jusqu'à son émigration forcée avec sa mère, en France, puis aux États-Unis. Professeure émérite de psychosociologie au Simmons College de Boston, elle continue aujourd'hui ses enseignements tout en se consacrant à l'écriture.
"A mes yeux, Hitler et Freud sont les deux faux prophètes du XXe siècle.» D'où surgit l'outrageant, le blasphématoire parallèle ? De la bouche de Sophie Freud, la petite-fille du maître, une dame alerte de 84 ans, professeur émérite de psychosociologie au Simmons College de Boston. «Oui, j'ai dit cela, il y a quelques années.1» Pourtant son livre, passionnante autobiographie croisée d'elle et de sa mère, est plein de vénération pour son grand-père...
Sophie Freud n'a pas entrepris d'analyse. D'ailleurs, cette héritière ne s'est jamais embarrassée du legs freudien. «Je suis très sceptique sur la psychanalyse, explique-t-elle. Freud n'a jamais été un pionnier avec les femmes. Il était un enfant de son temps et ne savait rien de la sexualité féminine. Il n'était pas misogyne mais la femme était pour lui une espèce à part, comme les singes. C'est ce fameux "continent noir" dont il parle, une moitié d'humanité au service de l'homme. Même son épouse Martha lui préparait, la veille, ses vêtements et son mouchoir.»
UN LONG VOYAGE
À présent, avec mes quatre-vingt-un ans, j'ai deux ans de plus que n'avait ma mère quand, encouragée par moi, elle commença à écrire son autobiographie, travail qu'elle trouva finalement excitant et captivant. Elle envoya son manuscrit (Vignettes of my Life) à ses deux enfants et à ses six petits-enfants. La plupart d'entre nous furent déçus ou pis encore, distants, voire désapprobateurs. Mon fils le qualifia, à sa manière caractéristique, de «document déprimant d'une vie presque sans amour. Les sentiments les plus importants y sont l'envie, la vengeance, l'amertume, le sectarisme». L'opinion de mon frère fut encore plus ravageuse. C'est que nous sommes une famille à l'esprit très critique.
Moi-même, j'ai été accablée et chagrinée en voyant à quel point sa conviction, acquise dans l'enfance et confirmée par son mariage, qu'elle n'était pas digne d'amour, a marqué le caractère de ma mère. Naturellement, je le savais depuis longtemps, mais n'y a-t-il pas toujours de nouveaux chemins qui vous mènent à comprendre autrement et plus profondément les mêmes faits ?
Le manuscrit de ma mère fut placé dans ma bibliothèque, à côté de mille autres livres, mais pourtant il ne fut pas tout à fait oublié.
En 1997, dix-sept ans après la mort de ma mère, je reçus la flatteuse invitation du professeur Stein Bräten à passer quelques mois à l'lnstitute for Higher Studies d'Oslo, en Norvège, avec un projet de mon choix. Je décidai, ou mieux : quelque chose en moi décida d'engranger dans un ordinateur les lettres de fiançailles de ma mère. Elles représentaient un paquet d'environ quarante lettres que ma mère avait adressées pendant plus d'un an à son futur mari, d'abord par la «poste aux armées», puis en Italie où il était prisonnier de guerre. Je les avais déjà lues dans mon adolescence, à Nice, et je les retrouvais maintenant dans ses papiers posthumes. Ma mère avait donc sauvé ses propres lettres en les emportant dans ses bagages de Vienne à Paris, puis à Nice et à Casablanca et enfin à New York. Les réponses de mon père n'étaient pas dans le paquet. Après que ces lettres eurent survécu à un si grand voyage, je voulus au dernier moment les conserver, en quelque sorte, pour l'avenir. Ce travail dura plus longtemps que mes deux mois à Oslo, bien que j'y aie travaillé souvent tard dans la nuit, car les lettres étaient écrites en caractères Sütterlin et difficilement déchiffrables.
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