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La révolte de Guadalajara

Couverture du livre La révolte de Guadalajara

Auteur : Jan Jacob Slauerhoff

Postface : Cees Noteboom

Traducteur : Daniel Cunin

Date de saisie : 04/09/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Circé, Belval, France

Collection : Circé poche

Prix : 8.00 € / 52.48 F

ISBN : 978-2-84242-246-2

GENCOD : 9782842422462

Sorti le : 25/08/2008

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  • La présentation de l'éditeur

Dans le Mexique révolutionnaire des années vingt, Guadalajara vit dans l'isolement, dans une torpeur immobile, qu'elle alimente de ses ambitions et de ses illusions dangereuses. Elle perdure dans un climat d'attente mes­sianique qu'a compris El Vidriero, un vagabond agité et insatisfait. Pourquoi ne pas croire, ou du moins ne pas faire croire, qu'il est le Rédempteur, apte à racheter les vies dépourvues de sens des Indiens ? À mi-chemin entre réalité et légende, le roman raconte avec une cruauté impitoyable la parabole d'une révolte, ce mélange de fanatisme et d'intérêts personnels, d'idéalisme et de corruption.





  • Les premières lignes

Parfois, sur la rive d'une mer qu'aucun bateau n'a encore sillonnée, au pied d'une montagne lunaire et inhabitée, au milieu d'une plaine aride et désertique, où l'on désespère de voir un hameau ou la moindre maison, s'étend une ville. Alors que la raison de sa fondation, riche gisement ou port bien situé, a depuis longtemps disparu, la ville a pour sa part subsisté, ses habitants se perpétuent, sans le moindre apport de sang ni de richesses extérieurs, la race dégénère et s'appauvrit, celle de la population indigène des environs en même temps que celle de la ville. La laissant tranquille, le monde extérieur lui permet de mener son existence rabougrie ; elle est inoffensive.
Elle ne présente un certain danger que pour le voyageur de passage en quête d'un monde meilleur. Harassé par de longues traites, ce solitaire tient malgré tout à s'y reposer puisqu'elle est la seule ville dans cette contrée désolée. Située sur le littoral, au pied d'une montagne ou au milieu d'une plaine, elle est pareille à un récif qu'il est difficile d'éviter. Si le voyageur se risque trop près d'elle, tout l'espoir, tout le désir de vivre une autre vie, de connaître un sort meilleur, qui habitent les habitants de la ville et de la plaine comme ils habitent n'importe quel mortel, se déversent sur lui. Il n'en remarque rien ; ce qu'il ressent, il l'interprète comme la fatigue extrême qui suit son long voyage, si bien qu'il se décide à passer quelques jours dans la ville ou dans la plaine pour se remettre un peu. Néanmoins, il est saisi de peur en découvrant les visages affamés et avides que les indigènes lèvent sur lui, en hésitant quant au chemin à prendre sur une place privée de soleil où l'ont amené venelles et rues, en relevant un degré de consanguinité avancée sur des figures pâles et dans des membres mous. Malgré sa fatigue, à mesure qu'il avance, il se met à accélérer le pas ; si la chance lui sourit et si son sens de l'orientation ne le trahit pas, il s'en sort, le voici une heure plus tard de l'autre côté avec, devant lui, la même plaine, qui cette fois lui semble, dans toute son immensité, tentante et tout à fait propice à être traversée. Et si jamais, poisseux de sueur, il a la chance de trouver un ruisseau où se baigner, où se laver de la fatigue et de ce contact avec la ville, il est sauvé.


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