Auteur : Juliette Grange
Date de saisie : 04/09/2008
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Circé, Belval, France
Collection : Circé poche
Prix : 10.50 € / 68.88 F
ISBN : 978-2-84242-245-5
GENCOD : 9782842422455
Sorti le : 25/08/2008
Dans la rigueur qu'il met à la recherche de la vérité attachée à la forme même du roman, Balzac prend place parmi les plus grands. Il a pensé déjà le roman comme transitoire et finissant, il a pensé la prose comme devant contenir tous les styles, tous les objets. Myriades de variétés partielles, fragments indéfinis, mouvement bousculé ou lisse du récit, cette éclatante agonie de l'unité, le roman ne la poursuit-il pas avec Céline, Musil ou Joyce ?
Les théoriciens du roman pourtant ont fait de l'oeuvre de Balzac une sorte d'origine mythique, de naturalité romanesque, de miroir de la société française du XXe siècle...
Cet essai considère la Comédie humaine comme un unique roman qui, né du sentiment d'une ruine radicale du passé, d'une rupture consommée, indique sans l'exprimer, dans sa forme même, l'impossibilité d'écrire au XIXe une nouvelle Divine Comédie. Paradis et Enfer mêlés, les romans séparés sont comme des îles appartenant à un archipel ouvert, toute cohérence s'amenuisant en lisibilité de la description.
Extrait de l'introduction :
La Comédie humaine est un monument. On sait comment elle fut écrite : pour ainsi dire «spontanément», le principe du retour des personnages, le plan d'ensemble étant apparu après qu'un certain nombre de romans ont été écrits. Le «Tout» de l'oeuvre en effet, sa véritable portée furent perçus par Balzac dans un moment d'illumination : à travers les oeuvres terminées se faisait jour soudain un rébus qui se révéla être la trame d'une oeuvre monumentale, d'une somme inespérée, en écho à La Divine Comédie.
Cette vision du Tout monumental de l'oeuvre fit de Balzac un peu plus qu'un grand écrivain. Elle eut une importance décisive à la fois pour l'histoire du roman qu'elle inaugure, dont elle sera l'une des origines mythiques, mais aussi pour l'histoire des cohérences, des sommes et des systèmes. Car, on le verra, c est par elle singulièrement que le genre romanesque prend place parmi les tentatives de totalisation. Comme telle, hors d'une histoire uniquement littéraire, elle est au coeur du XIXe siècle et pour une part du XXe.
Il existe une ambiguïté dans la forme même de totalisation romanesque. Balzac ne l'invente pas à proprement parler, mais la réalise de manière éclatante. Le Tout de l'oeuvre, s'il existe, n est ici qu'apparemment fermé ou construit : les nombreux plans d'ensemble sont restés lettre morte, inadéquats, ils nous paraissent désuets, risibles face au génie de l'oeuvre. La Comédie humaine est bien un unique roman, unité vivante et non systématique, Tout non fermé, qui eût pu admettre de nombreux ajouts, archipel en équilibre car défini par l'idée d'une totalisation, idée qui porte le roman et qui le rend possible, mais que celui-ci ne réalise pas.
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