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Pourquoi êtes-vous pauvres ?

Couverture du livre Pourquoi êtes-vous pauvres ?

Auteur : William Tanner Vollmann

Traducteur : Christophe Claro

Date de saisie : 25/09/2008

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Lettres anglo-américaines

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-7427-7767-9

GENCOD : 9782742777679

Sorti le : 03/09/2008

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  • La présentation de l'éditeur

«Pourquoi êtes-vous pauvres ?» Cette question, William T. Vollmann a pris l'initiative de la poser, de par le monde, à quelques-unes de ces innombrables victimes de la pauvreté dont l'anonymat des statistiques s'entend à rendre «invisible» l'existence singulière, dans l'intention d'entendre, de leur bouche, des réponses susceptibles de jeter, sur un fléau planétaire, un éclairage permettant d'en prendre la juste et pleine mesure.
Chez ceux qui sont nés dans la pauvreté comme chez ceux qu'elle a brutalement pris à son piège à un moment quelconque de leur existence - au Yémen comme en Thaïlande, en Bosnie comme au Mexique, et du Japon à la Russie, en passant par le Vietnam, l'Afghanistan, la Chine, l'Irak, et des Philippines à la Colombie, sans oublier les Etats-Unis eux-mêmes -, la question a, dans son abrupte simplicité, suscité des réactions multiples en raison, notamment, de la manière dont l'appartenance culturelle régit, pour les individus réduits à la vivre dans leur chair, l'expérience d'une telle condition.
Soucieux de ne laisser aucun schéma préexistant confisquer la parole vive de ceux qu'il interroge (et photographie), émancipé de l'attitude commodément compassionnelle adoptée par des observateurs que les drames de la misère n'épouvantent ou n'émeuvent qu'«à distance», attentif aux détails qui pourraient échapper à un observateur trop pressé de formuler des conclusions définitives, l'écrivain brosse ici le portrait aussi inédit que subversif de la tragique communauté planétaire des pauvres.
En invitant le lecteur à une rencontre à ce point frontale et sans complaisance avec des individus auxquels il a à coeur de restituer leur nom et la dignité de leur différence, William T. Vollmann permet enfin d'ouvrir, sur une désespérante «donnée objective» de l'histoire collective, des yeux pour le moins dessillés.

William T. Vollmann est né en 1959 à Los Angeles et réside aujourd'hui à Sacramento. Chez Actes Sud ont été publiés La Famille Royale (Actes Sud, 2004 ; Babel n° 743, 2006), Les Fusils (Babel n° 832, 2006), Central Europe (2007).
Du même auteur paraîtra, aux éditions Tristram, en 2009, le monumental essai Le Livre des violences.





  • La revue de presse - Le Monde du 26 septembre 2008

Allergique aux bons sentiments et aux prêts-à-porter idéologiques, l'écrivain observe, écoute, saisit sur le vif une multitude d'"instantanés". Grâce à lui, le lecteur plonge dans le quotidien suffocant d'une famille thaïlandaise qui s'entasse sur trois générations dans une minuscule cabane nichée au coeur d'un bidonville. Lorsqu'il décrit la voix des putains de San Francisco éraillée par le crack, sa plume est si précise qu'on a l'impression de les entendre. Ce long périple dans l'archipel de la pauvreté, Vollmann l'achève avec les SDF installés autour de son domicile, à Sacramento (Californie). En brossant leur portrait, il se livre à une introspection étonnante d'honnêteté. Que lui inspirent ces parias ? Il les "aime". Mais il les craint aussi ; c'est la peur du "riche", du "propriétaire petit-bourgeois" qui redoute de se faire détrousser. Entre lui et eux, il y a un monde. Malgré cette distance, l'écrivain sait les rendre proches, authentiques. Son livre leur redonne une dignité.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 24 septembre 2008

Pourquoi êtes-vous pauvres ? est l'inverse d'un manifeste cynique : une ample et bouleversante démonstration de sensibilité, de respect, d'empathie à l'égard de l'autre, de la part d'un homme qui se définit d'emblée comme nanti et affirme qu'il n'en conçoit nulle culpabilité - ce n'est d'ailleurs pas si sûr. Un homme qui estime en outre n'avoir vocation ni à dénoncer l'existence de la pauvreté, ni à spéculer sur une explication historique, économique ou sociologique du phénomène...


  • La revue de presse Jérôme Dupuis - L'Express du 11 septembre

Dans la grande tradition des Hugo, des Orwell, des Agee, l'enfant terrible des lettres américaines, William T. Vollmann, National Book Award 2005 pour Central Europe (Actes Sud), a sillonné, durant quinze ans, bidonvilles thaïlandais, ruines afghanes, HLM russes et repaires de SDF californiens, une seule question - tragi-comique - à la bouche : «Pourquoi êtes-vous pauvres ?»...
Etrangement, ce voyage en extrême pauvreté, certes moins guilleret que le dernier Pennac, ne constitue pas une lecture déprimante - même si les portraits photographiques des témoins, dus à l'auteur, fixent une inquiétante galerie de difformités et de taudis. Peut-être parce que Vollmann énonce abruptement les choses. «Vous et moi sommes riches», assène-t-il à son lecteur (ne serait-ce déjà que parce que nous possédons un livre, le sien...). Et, en effet, en nous faisant toucher du doigt la sordide réalité quotidienne qui se cache derrière d'abstraites statistiques, le romancier américain parvient, sans jamais nous culpabiliser, à instiller en nous cette question dérangeante : «Pourquoi sommes-nous riches ?»


  • La revue de presse Mathieu Lindon - Libération du 4 septembre 2008

Pourquoi êtes-vous pauvres ? Ce titre - qui est la question que William T. Vollmann, né en 1959 à Los Angeles, pose à des flopées de gens de l'Afghanistan à la Colombie et des Etats-Unis à la Russie en passant par les Philippines, la Chine, le Yémen, l'Australie, la Hongrie et le Kenya (le monde entier, quoi) - montre bien que le livre ne se présente pas comme une enquête caritative...
Pourquoi êtes-vous pauvres ?, plus qu'une explication, est une description où on lit aussi la situation des riches quand ils parlent aux pauvres - et une enquête, grouillante de vies, de destins, puisque c'est la fatalité que beaucoup disent la cause de leur pauvreté. Selon l'auteur, «la pauvreté n'est jamais politique»...
Un riche ne peut rien imaginer des pauvres, car l'invisibilité est leur patrie. «Pourquoi une tombe ouverte effraie-t-elle ? Pour la même raison qu'une pauvreté visible effraie.»


  • La revue de presse Didier Jacob - Le Nouvel Observateur du 28 aout 2008

Voici un livre unique. On dira, pour une fois, essentiel. Un livre qui n'a pas d'équivalent sur le monde tel qu'il va, tel qu'il va mal, tel qu'il ne s'est jamais aussi mal porté. Un livre qui n'est pas seulement un livre, par un écrivain qui n'est pas juste un écrivain...
L'imagination la plus brillante actuellement. Des phrases qui vous déboulent dessus et qui vous laissent sur le trottoir un bon moment avant que les secours arrivent...
Sur la misère, on dira que d'autres livres avaient déjà presque tout fait comprendre. Et Vollmann cite, en effet, dans son introduction, les deux plus grands : «les Raisins de la colère», de John Steinbeck, et le mythique «Louons maintenant les grands hommes», enquête lyrique, à la fois documentaire et amoureuse, menée par le photographe Walker Evans et l'écrivain James Agee dans le sud des Etats-Unis, au moment de la Grande Dépression. Le livre de Vollmann s'inscrit dans cette lignée : des portraits tracés avec cette tendresse froide, si typique de la manière vollmannienne, faite à la fois d'écoute passionnée, de détachement lucide et de compassion sincère - mais sans jamais de sentiment ni de pathos.



  • Les premières lignes

JE PENSE QUE JE SUIS RICHE
(Thaïlande, 2001)

La première fois que j'ai rencontré Sunee, j'étais à Klong Toey afin de trouver un pauvre à qui demander pourquoi la pauvreté existait, et elle s'est jetée sur moi, ivre, en tirant sur ma manche et en me suppliant de venir chez elle. D'après mon interprète, c'était sûrement une ancienne prostituée car elle connaissait quelques mots de japonais, et quand elle nous servit de l'eau elle s'écria jovialement, en anglais, exactement comme les entraîneuses des bars de Patpong : Dlink, dlink !
Contre l'avis de mon interprète, je décidai d'accepter la propo­sition de Sunee [photographies 19-21]. Nous n'étions à Klong Toey que depuis à peine cinq minutes. Une fois dans le plus proche bidonville, qui se trouvait à une cinquantaine de mètres, nous nous sommes enfoncés dans un dédale de rues aux trottoirs humides et affaissés, avec des maisons-boîtes suffisamment proches les unes des autres pour que leurs cloisons se touchent. Les habitants m'inspectaient timidement depuis leurs fenêtres-trous : Voulais-je acheter de l'héroïne ou des petites filles ? Sunee s'est avancée fièrement vers nous en titubant, et en se comprimant la poitrine. Deux minutes plus tard nous arrivions chez elle, ou, plus précisément, dans la cabane de sa mère, dont le plafond et les murs se résumaient à des planches clouées ensemble, avec des fentes ici et là pour la plus grande commodité des moustiques thaïlandais. Nous nous sommes assis tous les quatre en tailleur sur une bâche en vinyle bleu qui recouvrait le sol en béton. La première chose que je remarquai, ce fut le chat roux et maigre qui se léchait et se mordillait - sans doute avait-il des puces - puis le cercle d'un miroir qui réfléchissait immanquablement la paroi de tôle ondulé (des bocaux sur une étagère), et enfin l'odeur d'eau croupie qui régnait partout.


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