Auteur : Marie Nimier
Date de saisie : 20/11/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 17.50 € / 114.79 F
ISBN : 978-2-07-078643-5
GENCOD : 9782070786435
Sorti le : 04/09/2008
«J'aimais la voix traînante de Léa, ses cheveux roux, son incroyable vitalité. Nous nous comblions, est-ce qu'on peut dire cela ? Se combler, comme deux pièces de puzzle qui s'ajusteraient parfaitement, mais ne viendraient pas de la même boîte.
Que nous est-il arrivé ? Où sont passées les deux amies perchées sur le tabouret du photomaton, les petites filles amoureuses, les adolescentes en colère ? Il faudrait retrourner dans la cabine, glisser une pièce dans la fente pour obtenir l'image vivante, la preuve tangible de cette force qui nous habitait. Au lieu de ça, un rideau se lève, et c'est Léa qui apparaît. Léa et son nouveau métier, rue Saint-Denis. Léa et ses bras troués.
Il n'est pas besoin d'aller très loin, parfois, pour être dans un autre monde.»
Il en faut du talent pour écrire un livre sur l'amitié qui ne verse ni dans le ravin des platitudes ni dans l'ornière de la mièvrerie. Marie Nimier, la «reine du silence», possède ce don qui, lorsqu'il est mis au service de la littérature, devient une grâce. Dans un récit à peine maquillé, elle retrace l'histoire d'une amitié absolue entre deux filles que tout sépare. Une amitié qui prit racine dans le terreau de l'enfance, mais aussi dans cette peur commune que l'on apprivoise «par les histoires que nous inventions à son sujet, semaine après semaine, année après année»...
Marie Nimier délaisse toute psychologie de bazar au profit de l'essentiel : les mots. C'est peut-être cela, la clef de l'amitié : être capable, avec le temps, d'agencer les mots. Une réussite !
C'est le puzzle de son enfance que l'auteur de La Reine du silence (prix Médicis, 2004) reconstitue dans Les Inséparables ; mieux, elle recherche les fragments à assembler pour reconstituer une image de cette enfance. Et "l'écriture a cet avantage de faire flotter le plus lourd des souvenirs". C'est ainsi que son dernier roman est construit : de courts chapitres comme autant de croquis de mémoire...
Toute l'ambition de ce roman autobiographique était de retrouver la pièce perdue du puzzle : l'image de cette amitié. C'est fait. Et le cliché, très contrasté, est réussi. Il émeut.
Léa, une gamine flamboyante avec laquelle elle avait scellé un pacte pour la vie dans la cour de récréation, lui a inspiré un beau récit sur la fidélité...
De son amie qui sombre, Marie Nimier dresse un portrait plus admiratif que larmoyant. Elle ne cherche pas à excuser ni surtout à juger. Cette amitié est si précieuse que rien ne peut l'atteindre, ainsi l'écrit Léa, du fond de la prison de Fleury-Mérogis, estimant «que chacune peut aider l'autre à exister» et qu'ensemble, elles arriveront «à toucher la lune». Dans la bouche d'une autre, cette formule pourrait relever d'une naïveté béate. Dans la sienne, elle est la marque d'une volonté de survie profondément liée à l'autre, comme si les fêlures de chacune pouvaient s'annuler l'une l'autre. Marie Nimier réussit ce qui manque souvent à ce genre d'exercice périlleux qu'est le roman autobiographique où la fiction se mêle à la réalité : écrire au plus juste pour donner le sentiment de la vérité
Lorsque Léa déraille, à 13 ans, son «inséparable» assiste, témoin impuissant, aux désillusions d'une adolescente. Viendra la chute, lente descente aux enfers d'une fille qui n'aime pas le monde dans lequel elle vit. Plus que ses tendres souvenirs, c'est ce basculement que tient à raconter la narratrice. «Il faudrait établir une liste des événements, dresser une chronologie : je repousse toujours le moment de le faire», écrit Marie Nimier, qui tente, dès lors, d'autopsier le fil des choses qui ont pu emporter l'une de ces deux «inséparables», toujours en préservant l'autre. Le roman - c'est du moins ainsi que la couverture le nomme - de Marie Nimier devient le livre de Léa...
Fiction ? Autobiographie ? La couverture du livre prétend que l'histoire pourrait bien être inventée. Lancinante, la question reste à la lecture des pages. Mais qu'importe, chacun saura trouver en lui l'écho de ces amitiés si particulières de l'enfance. Ultime pied de nez au lecteur (trop ?) curieux, l'écrivain lâchera sa réponse dans un dernier chapitre qui se joue des codes du roman. Ou de l'autobiographie ?
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