Auteur : Catherine Cusset
Date de saisie : 01/11/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-012198-4
GENCOD : 9782070121984
Sorti le : 25/08/2008
Elena, une jeune Roumaine née en Bessarabie et ballottée par l'Histoire, rencontre à un bal en 1958 un homme dont elle tombe passionnément amoureuse. Il est juif, et ses parents s'opposent au mariage. Elena finit par épouser Jacob et par réaliser son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceausescu. Émigrer aux États-Unis.
Elle devient américaine, et se fait appeler Helen. Elle a rompu avec le passé, mais l'avenir n'est plus un rêve. Helen est maintenant confrontée à une réalité qui lui échappe : la maladie et la dépression de son mari ; l'indépendance de ce fils à qui elle a tout sacrifié, et qui épouse une Française malgré l'opposition de ses parents.
Cette jeune femme égoïste, arrogante, imbue d'un sentiment de supériorité presque national, Helen ne l'aime pas. Cette belle-mère dont le silence recèle une hostilité croissante. Marie en a peur. Pourtant, entre ces deux femmes que tout oppose - leur origine, leurs valeurs et leur attachement au même homme -, quelque chose grandit qui ressemble à de l'amour.
Catherine Cusset vit à New York depuis vingt ans. Elle a publié huit livres aux Éditions Gallimard, parmi lesquels Le problème avec Jane (Grand Prix des lectrices de Elle 2000), La haine de la famille et Confessions d'une radine.
Catherine Cusset signe un roman ample sur le lien entre parents et enfants à l'heure où ceux-ci prennent leur envol. Sans doute fallait-il, comme Catherine Cusset, vivre depuis longtemps aux États-Unis, être expatrié pour imaginer un roman qui traite avant tout du déracinement, du réenracinement et de la difficile construction d'une famille. Le tout vu à travers le destin, plus que chaotique, d'une femme exceptionnelle...
L'histoire est longue, la chronologie déstructurée, les personnages annexes nombreux. Mais grâce à tout son talent et à un travail à plein-temps de trois ans, Catherine Cusset a parfaitement réussi dans son entreprise ambitieuse. Avec Un brillant avenir, l'écrivain change aussi de registre. Finie l'autofiction qui avait fait sa réputation. On est ici dans le roman-monde, la somme qui tente d'embrasser toute une vie.
En inscrivant cette histoire de famille dans la grande Histoire des années 1940 à aujourd'hui -, en ajoutant à la spéléologie des émotions la géographie de l'exil, en bousculant la chronologie des événements pour mieux témoigner de la persistance des sentiments, Catherine Cusset élargit le roman psychologique à la dimension de la fresque. On passe ainsi de la Roumanie tyrannisée par la dictature au Paris de Mai-68 vu par une étrangère, des falaises du New Jersey à celles du Morbihan, du Louvre au MoMA, du cauchemar proche-oriental au rêve américain, du noeud de vipères au nid d'ange. Si l'auteur de «Confessions d'une radine», adepte du «Paris pas cher» et du «Guide du routard», peut faire preuve, dans la vie, d'une épuisante pingrerie, elle prouve, avec «Un brillant avenir», combien elle est généreuse avec ses personnages, prodigue avec ses lecteurs et magnanime envers la littérature. Ce serait bien que, à son tour, l'académie Goncourt ne soit pas avare d'éloges pour ce roman vif, rapide, gigogne, profond et universel qui porte tous les malheurs du monde, et rend si heureux. Allez comprendre.
De ce puzzle virtuose surgissent de superbes portraits de femmes. Helen-Elena, Marie bien sûr - et même Camille, la petite-fille -, mais aussi la fausse-vraie mère roumaine de Bucarest, rompue au mensonge et qu'Elena ne veut plus revoir. Même si elle finit in extremis par se mentir à elle-même, elle aussi, pour ne pas mourir de chagrin. La beauté lancinante de ce grand roman étrangement vif et mélancolique est peut-être là : devoir sa force non à l'échange, à la vérité, mais au silence, au presque mensonge. Et à la solitude.
Tour à tour poignant et drôle, d'une lecture de bout en bout captivante, Un brillant avenir s'étire sur presque un siècle. Il donne à voir, dans une langue simple et fluide qui alterne avec de nombreux dialogues, la grande fresque historique du Vieux Continent autant qu'une saga intime sur trois générations, voire quatre puisque le livre s'ouvre et se clôt sur la naissance de Camille, la petite-fille, promesse des lendemains. Il se cristallise autour de la relation houleuse d'Helen et de sa bru, Marie, une Française qu'elle croit venue lui voler son fils.Une des grandes réussites de ce roman est de tracer imperceptiblement, en même temps que celle de la personnalité d'Helen, la lente évolution de leurs rapports, de la défiance à la haine, du mutisme au dialogue. Si elles n'en ont pas conscience, le lien qui se tisse malgré elles est plus beau et plus fort qu'elles n'auraient pu l'entrevoir. Il leur faudra faire un chemin l'une vers l'autre et peu à peu ressentir le besoin de leur solidarité, autour de la petite fille à laquelle Helen fait écouter Hava Nagila, cette chanson du folklore hébreu dont le refrain enjoint de se réjouir. Catherine Cusset l'avait écrit dans La Haine de la famille : «Chaque je n'a d'existence qu'en empiétant un tout petit peu sur celui des autres.» C'est tout aussi vrai pour ces deux femmes, exilées en quête d'une terre bien à elles, qui ont plus en partage qu'elles ne le croient.
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