Auteur : Denis Johnson
Traducteur : Brice Matthieussent
Date de saisie : 08/10/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 28.00 € / 183.67 F
ISBN : 978-2-267-01991-9
GENCOD : 9782267019919
Sorti le : 21/08/2008
«Il était une fois une guerre... et un jeune Américain qui se prenait tantôt pour l'Américain bien tranquille tantôt pour l'Affreux Américain et qui souhaitait n'être ni l'un ni l'autre, qui désirait plutôt être le Sage Américain ou le Bon Américain, mais qui finit par se considérer lui-même comme l'Authentique Américain et enfin, plus simplement, comme l'Enfoiré Américain.»
Du jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy en 1963 au début des années quatre-vingt, Arbre de fumée accompagne les (més)aventures de Skip Sands, un jeune agent de la CIA engagé dans des opérations contre le Viêt-cong. Croisant les parcours d'une demi-douzaine de personnages pris dans la guerre, Denis Johnson plonge le lecteur au plus noir du conflit et de l'espionnage. Il parvient ainsi à rendre compte de l'influence à la fois dramatique et hallucinatoire de la guerre du Vietnam avec un talent aussi maîtrisé qu'un Michael Cimino ou un Francis Ford Coppola, et décrit de manière bouleversante la lente chute de ses personnages.
«Le Dieu auquel je veux croire a la voix et le sens de l'humour de Denis Johnson.» Jonathan Franzen
«La prose de Johnson est d'une puissance et d'un style incroyables.» Philip Roth
Arbre de fumée a obtenu le National Book Award en 2007.
Denis Johnson retrace les années de l'engagement américain au Vietnam, en dressant le portrait sombre d'une génération perdue...
On songe à tous les films déjà vus sur cette guerre qui n'en finit pas de hanter les Américains. Sauf que chez Johnson, le propos n'est pas l'action - à laquelle il donne pourtant parfaitement corps avec d'étonnantes scènes de combat, aux dialogues puissants et omniprésents. Quand partout ailleurs, la violence fait rage, les (non-) héros d'Arbre de fumée auraient plutôt tendance à s'ennuyer. On avait promis à Skip Sands la «troisième guerre mondiale», un «combat entre le bien et le mal», mais le voilà affecté dans une villa de la CIA, à la campagne. Sous l'identité d'un prêtre canadien chargé de recueillir les contes locaux, le jeune agent secret traduit Artaud et Cioran pour occuper ses journées...
Une génération s'est perdue dans l'enfer de la jungle.
Qu'est-ce qu'un roman de guerre ? Des pages tumultueuses, de la violence et de l'éclat, des scènes de feu et de com-bats, une prose ardente aux accents héroïques ? Rien de cela dans ce roman de Denis Johnson, abyssale plongée dans le morne enfer du conflit vietnamien. Juste des hommes longuement broyés par le quotidien d'une guerre dont le sens n'en finit pas de se perdre...
Sept cents pages durant, et bien après en avoir achevé la lecture, le roman déploie ainsi sa puissance. A la manière d'une lente déflagration.
Denis Johnson, l'auteur de «Jesus'Son» donne sa vision de la guerre du Vietnam dans un roman d'une puissance et d'une noirceur rares...
On a beau connaître la chanson, avoir en tête les images de Coppola, de Terrence Malick, de Michael Cimino, le ballet des hélicos, les rizières rouges de sang, les forêts brûlées au napalm, on pénètre dans la jungle de mots de Denis Johnson avec l'espoir de n'être pas déçu. Et on ne l'est pas...
Johnson décrit ce chaos avec maestria. Pour un peu, on croirait entendre Brando-Kurtz murmurer sous la pluie asiatique : «L'horreur ! l'horreur !»
La technique de composition du roman est classique : on suit chaque personnage, par flashs intermittents, sur vingt ans. Les informations sont connues : le Vietnam appartient à la mémoire des livres - celui-ci fait nettement écho à Putain de mort, de Michael Herr - et du cinéma - il y a, comme dans Voyage au bout de l'enfer, un chasseur de daim. On n'apprend donc rien en lisant Arbre de fumée. Mais on sent physiquement toute cette matière tropicale, paranoïaque et bureaucratique, qui fond dans les bavardages et que résument ces phrases d'Artaud : «Nous retombons dans cet état de pure indétermination où, la moindre certitude nous apparaissant comme un égarement, toute prise de position, tout ce que l'esprit avance ou proclame, prend l'allure d'une divagation.» Skip les note, les traduit. Quinze ans plus tard, on le pend pour trafic d'armes en Malaisie, sous un faux nom.
Dans un roman d'une puissance exceptionnelle, l'écrivain raconte l'Amérique au miroir de la guerre du Vietnam. Saignant...
Si le roman de Johnson est aussi fascinant, c'est qu'il représente la guerre comme un parc d'attractions de la violence et du meurtre, une parfaite incarnation de cette industrie du plaisir que l'Amérique n'a fait que transporter, au fond, de Hollywood à Saigon. La guerre, jouée comme un film, exportée comme un divertissement des studios Amérique, n'était-elle pas perdue d'avance ? Johnson montre que tuer, se faire tuer, ou faire l'amour, c'est chercher toujours à s'ennuyer le moins possible...
Sur le plan de la linguistique, on verra en tout cas que, de toutes les armées qui se sont jamais mises en rang par deux, c'est la soldatesque américaine qui, de loin la plus grossière, a inventé la langue de la guerre. Les «baise-moi le cul» et les «pute dégueulasse» crépitent au fil des paragraphes comme un chargeur de M60 (du gros calibre). Ce qui permet aussi au roman de Johnson de restituer ce son de la trouille et de la blessure grave, de l'attente interminable et de la baise rapide, de la course désespérée pour se mettre à couvert et du tireur embusqué qui nargue, du bruissement des rizières avant le lâcher de bombes et des salutations distinguées de l'US Air Force sur la jungle immémoriale. Non, la guerre n'est pas jolie à voir, mais son texte est fascinant à écouter.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli